Derrière les portes closes, les victimes de la traite des êtres humains

Le coronavirus a rendu encore plus opaque la situation des victimes de la traite des êtres humains. Le centre fédéral Migration lance un appel à ce que les citoyens soient sensibilisés. 

En 2019, 60 % des victimes de traite des êtres humains ont été exploitées économiquement et 36% sexuellement

Isolées, sans papiers, enfermées. Elles échappent aux radars. Souvent elles ne parlent ni français, néerlandais ou anglais. Et cela se passe dans notre pays. En 2019, 145 nouvelles victimes de traite des êtres humains ont bénéficié de l’accompagnement d’un centre d’accueil spécialisé (augmentation importante par rapport à 2018). 60 % d’entre elles ont été exploitées économiquement, 36% sexuellement, 2% dans la mendicité et 2% ont commis des infractions sous la contrainte. Le rapport de Myria, le Centre fédéral Migration, est particulièrement alarmant. De nombreux esclaves ne sortent jamais de leur isolement et de leur position de victime.  Avec la crise du coronavirus, les centres spécialisés pour victimes de la traite des êtres humains ont tiré la sonnette d’alarme. Peu de nouvelles victimes ont été signalées. Le coronavirus a rendu encore plus opaque la situation.

La construction, l’horticulture, les stations de lavage de voitures et les ongleries sont des secteurs à risque concernant les possibilités d’exploitation économique. Les mesures contre la Covid ne sont, en effet, pas toujours ou insuffisamment appliquées. Les contrôles sont effectués par des services de première ligne, incompétents pour la traite des êtres humains qui n’ont que peu ou pas d’expertise dans ce domaine. En cas d’exploitation sexuelle, les services de police et les magistrats doivent continuer à effectuer les contrôles nécessaires pour détecter les victimes de la traite des êtres humains. Ils ont, pour cela, besoin de moyens. Ils devraient également être sensibilisés à la nécessité d’effectuer davantage de contrôles sur les sites de rencontre dédiés à la prostitution privée, qui échappent aux contrôles liés au coronavirus.

Nous sommes tous concernés

Enfin, le personnel domestique diplomatique constitue une catégorie particulière d’employés domestiques, encore plus vulnérables en raison de l’immunité dont jouissent leurs employeurs et de leur position de force, voire même vis-à-vis de leur famille dans le pays d’origine. Ces travailleurs reçoivent, par le biais de leur employeur, une carte d’identité diplomatique spéciale, qu’ils viennent chercher ou renouveler personnellement à la Direction du Protocole du SPF Affaires étrangères. Avant que le travailleur ne se rende en Belgique, l’employeur et le travailleur concluent un contrat de travail pour personnel domestique exécuté en Belgique et soumis au respect de la législation belge sur le travail.

Myria rappelle que la lutte contre la traite des êtres humains doit rester une priorité constante à tous les niveaux politiques, sur le terrain, au niveau du pouvoir judiciaire et au sein du Parlement. Il se réjouit que la lutte contre la traite des êtres humains et l’assistance aux victimes, ainsi que le renforcement des moyens octroyés à la police, aux services d’inspection et à la magistrature figurent parmi les priorités du prochain gouvernement fédéral. Il espère que ces points de l’accord pourront être effectivement mis en œuvre. S’adressant au gouvernement et au parlement, Myria réclame une nécessaire sensibilisation du grand public, des voisins, des particuliers ou encore de la société civile, aux signes d’abus. « Il est également important de sensibiliser les employeurs potentiels et les employés domestiques à l’existence de la traite des êtres humains et à ses conséquences », souligne Myria.

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