Dans la tourmente, Pornhub fait le ménage

Accusé d'héberger des contenus illégaux, le site porno le plus visité du monde a supprimé la majorité de son catalogue. Explications.

Pornhub est au coeur d'un vaste scandale. - BELGA

Pornhub a pris une décision radicale pour tenter de faire taire les critiques à son encontre. Le géant du X a supprimé ce lundi toutes les vidéos publiées par des comptes non vérifiés. Désormais, le site pornographique le plus visité au monde – le dixième, tous genres confondus – héberge uniquement du contenu publié par ses partenaires et « modèles » officiels. Un changement fondamental pour la plateforme qui permettait depuis son lancement en 2007 à n’importe qui de publier des vidéos. Ce qui a conduit sans surprise à de nombreux abus.

« Les enfants de Pornhub »

Le 4 décembre dernier, le New York Times a mis en lumière la modération défectueuse de Pornhub, relançant les polémiques sur le site pour adultes. Le quotidien américain affirme ainsi que, parmi les 6,8 millions de nouvelles vidéos publiées sur le site chaque année, « beaucoup montrent des abus perpétrés sur des enfants et de la violence non consentie ». « Ce site est infesté de vidéos de viols. Il se fait de l’argent avec des viols d’enfants, du revenge porn, des images volées de femmes sous la douche, des contenus racistes et misogynes, des vidéos de femmes se faisant étouffer dans des sacs plastiques », accuse dans son texte le journaliste Nicholas Kristof, récompensé à deux reprises d’un prix Pulitzer. L’article partage également les témoignages édifiants de femmes, mineures au moment des faits, dont les vidéos intimes ont été publiées sur la plateforme, contre leur gré. Des vidéos souvent supprimées, mais aussi souvent remises en ligne.

Nouvelles mesures, nouvelles sanctions

Après avoir nié ces accusations, le site aux 3,5 milliards de visites par mois a assuré qu’il allait changer ses procédures de diffusion et procéder à des vérifications d’identité avant toute mise en ligne de vidéos pornographiques, tout en créant une équipe chargée de détecter les contenus illégaux. Autant de mesures qui, selon Pornhub, devraient permettre « de rendre difficile la possibilité de remettre en ligne sur la plate-forme des contenus précédemment modérés ».  

Cela n’a pas suffi pour autant à éteindre la polémique. Au point que, jeudi 10 décembre, les entreprises Visa et Mastercard ont décidé de couper leurs liens avec la plateforme, annonçant que leurs cartes de crédit ne pourraient plus être utilisées dans l’immédiat pour effectuer des paiements sur le site.

Plus de 10 millions de vidéos en moins

Face à ce boycott, Pornhub s’est vu contraint de sortir l’artillerie lourde, ce lundi 14 décembre, avec la suspension de toutes les vidéos publiées par des comptes non vérifiés. Le mastodonte de l’industrie pornographique compte désormais pas moins de 2,9 millions de vidéos, contre 13,5 millions dimanche soir. Ces 10 millions de vidéos ne sont toutefois pas perdues à tout jamais, ou supprimées définitivement. Une partie du contenu suspendu pourra en effet être restau­rée lorsque le proces­sus de véri­fi­ca­tion des utili­sa­teurs sera opérationnel, soit l’année prochaine. En attendant, les vidéos concernées sont accompagnées d’un message d’avertissement, indiquant que le contenu « a été signalé pour véri­fi­ca­tion confor­mé­ment à notre poli­tique de confiance et de sécu­rité ».

Dans un communiqué, l’entreprise canadienne MindGeek, la maison mère de Pornhub, se targue ainsi d’avoir pris une décision que « Facebook, Instagram, TikTok, YouTube, Snapchat et Twitter » n’ont encore osé prendre. Si une telle exigence ne mettra certainement pas fin aux abus, elle permettra en tout cas de les réduire considérablement. « Dans le monde d’aujourd’hui, toutes les plateformes de réseaux sociaux partagent la responsabilité de lutter contre le matériel illégal, indique la société. Nous espérons avoir démontré notre volonté de donner l’exemple. »

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