Entre décrochage et précarité, la détresse des étudiants

Contraint à un enseignement à distance, le monde étudiant, parfois précarisé, souvent isolé, souffre en silence. À la veille du blocus, leur situation est préoccupante.

Différents facteurs de stress plongent les étudiants dans un situation préoccupante. - BELGA

Si la crise sanitaire et les restrictions qui en découlent affectent la santé mentale de l’ensemble de la population, la situation est d’autant plus valable pour les étudiants. Privés de campus et de vie sociale, ces derniers dépriment. Leur mal-être est palpable: dans le contexte actuel, 80% d’entre eux se sentent « partiellement ou totalement fragilisés psychologiquement », selon une enquête de la Fédération des étudiants francophones (FEF) publiée en novembre. Parmi les sondés, un sentiment prédomine durant ce second confinement: la solitude.

Contrairement aux idées reçues, la plupart des jeunes ont bien conscience de la dangerosité du virus et respectent les mesures sanitaires, même si celles-ci sont perçues par certains comme un sacrifice, celui d’une génération encore en construction. Alors qu’ils ont l’impression que la pandémie leur vole leurs plus belles années, les étudiants s’isolent et s’inquiètent pour leur avenir. Cette incertitude risque fortement de les décourager. Sur plus de 7.700 étudiants interrogés par la FEF, pas moins de 60% se sentent d’ailleurs « complètement ou partiellement en décrochage scolaire ». « Je n’ai plus envie de rien faire, je ne m’en sors plus, je n’ai quasi pas de vie sociale, je ne m’épanouis pas », énumère l’un d’entre eux. « Beaucoup d’employeurs sont réticents à embaucher des jeunes diplômés des années covid, je ne veux pas faire cinq ans d’étude pour rien », confie un autre.  

Une précarité grandissante

Parmi ces oubliés – devenus les stigmatisés – de la crise, ils sont nombreux à devoir faire face à un autre problème: la perte de leur job. Près d’un tiers des étudiants jobistes sont concernés, selon le Soir. Pour les autres, le nombre d’heures prestées a aussi été revu à la baisse (moins de 25%) après la première vague de coronavirus. Ceci n’est pas sans conséquence sur le portefeuille de ces étudiants qui dépendent parfois de ce revenu pour payer les frais scolaires, leur loyer ainsi que les frais alimentaires et de santé.  

L'action de la FEF contre la précarité étudiante

L’action de la FEF contre la précarité étudiante, à l’occasion de la journée internationale des étudiants, le 17 novembre. – BELGA

Comme pour l’ensemble de la société, la crise sanitaire a également exacerbé les inégalités dans l’enseignement supérieur, aggravant une précarité déjà grandissante. Selon l’enquête de la FEF, près de 32% des étudiants éprouvent des difficultés supplémentaires à payer leurs études cette année. Difficile dès lors de se focaliser sur ses cours. « Il faut un plan de lutte contre la précarité étudiante », alertait en novembre la présidente de l’organisation étudiante Chems Mabrouk, lors d’une action devant le siège du gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Depuis, la ministre de l’Enseignement supérieur, Valérie Glatigny, a sollicité l’Académie de recherche et d’enseignement supérieur (ARES) pour trouver des pistes de solution.

Cours à distance, examens en présentiel

C’est donc dans ce contexte difficile que les étudiants s’apprêtent à passer leurs examens. Si d’ordinaire cette période est déjà rarement synonyme de bien-être, cette session placée sous le signe de la pandémie s’annonce particulièrement anxiogène. Alors que les cours se donnent à distance depuis fin octobre et jusqu’en février au moins, les examens, eux, seront en grande partie organisés en présentiel. Ce qui inquiète de nombreux étudiants, craignant d’être contaminés ou de contaminer leurs proches. « Nous allons être 200 étudiants dans un amphithéâtre pendant plusieurs heures pour la majorité des examens », alertent des étudiants de la faculté de psychologie, logopédie et sciences de l’éducation de l’Université de Liège dans une lettre envoyée aux autorités académiques ainsi qu’à la ministre de l’Enseignement supérieur. Ils s’inquiètent également des modalités pour les étudiants en quarantaine au moment des examens. « Organiser des examens à distance pour certains étudiants uniquement reviendrait à accroître les inégalités. »

Dans une lettre similaire adressée à Valérie Glatigny, les étudiants de la faculté de droit et de la faculté ESPO de l’UCLouvain questionnent également la cohérence de rester en code rouge jusqu’en février mais d’autoriser une si grande proportion d’examens en présentiel, alors que 50% des examens se dérouleront sur le campus. « Ceci ne sera pour nous finalement qu’un facteur de stress supplémentaire après des mois à nous battre pour tenir bon et s’accrocher pour ne pas décrocher », écrivent-ils, « complètement abattus ».

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