Accord de Paris: Cinq ans après, où en sommes-nous?

Le 12 décembre 2015, 195 pays adoptaient un traité historique visant à réduire les émissions mondiales de gaz à effet de serre afin de contenir le réchauffement climatique. Qu'en est-il aujourd'hui?

Lors de l’adoption de l’accord de Paris à la COP21, le 12 décembre 2015 - AFP

« Je regarde la salle, je vois que la réaction est positive, je n’entends pas d’objection. L’accord de Paris pour le climat est adopté ! » Il y a cinq ans jour pour jour, le 12 décembre 2015, le président de la COP21 Laurent Fabius, muni de son petit marteau vert, acte l’adoption, par 195 pays, d’un traité relativement ambitieux sur le climat. Cet accord historique, désormais ratifié par 188 pays, a pour objectif de contenir le réchauffement climatique « nettement en dessous de 2°C » en « poursuivant l’action menée pour limiter l’élévation de la température à 1,5°C ».

Cinq ans plus tard, le bilan est plutôt décevant. « Le monde n’est absolument pas sur la bonne trajectoire pour respecter les objectifs de l’accord de Paris », alerte le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) dans son dernier rapport. Au contraire, les actions – ou plutôt l’inaction – des Etats nous amènent plutôt à un réchauffement de 3,2°C. Il y a tout de même une légère progression: en 2015, le monde se dirigeait vers +3,9°C. Et à cette époque, la lutte contre le réchauffement climatique n’était pas la norme.

La planète continue de se réchauffer

Devenu un cadre de référence dans l’action climatique, l’accord de Paris dépend avant tout de la bonne volonté des différentes parties. Ce qui explique notamment pourquoi les progrès sont largement insuffisants. Loin d’avoir diminué, les émissions mondiales de gaz à effet de serre ont continué d’augmenter, atteignant un nouveau record en 2019 de 59 milliards de tonnes équivalent CO2, soit une augmentation de 5% par rapport à 2015. Cette année, sous l’effet des mesures de confinement prises contre la pandémie de Covid-19, les rejets de CO2 devraient baisser de 7%. Même avec une crise sanitaire, c’est toujours moins que l’objectif calculé par les Nations unies pour limiter le réchauffement climatique: -7,6% par an.

Pas de nature, pas de futur

– Unsplash

De plus, les scientifiques craignent que cette diminution record de 2020 ne soit de courte durée, de nombreux pays ayant basé leur plan de relance économique sur les énergies fossiles. Cette baisse n’a pas non plus freiné l’augmentation de la concentration de CO2 dans l’atmosphère. Résultat: la planète continue de se réchauffer. L’année 2020 devrait se classer parmi les trois plus chaudes jamais enregistrées, avec 2016 et 2019.

La bataille climatique est-elle déjà perdue?

Face à un tel bilan, les écologistes sont partagés entre inquiétude et déception. « Nous fonçons toujours dans la mauvaise direction », a regretté Greta Thunberg vendredi. La veille du cinquième anniversaire de l’Accord de Paris, la militante suédoise a partagé sa frustration dans une vidéo sur Instagram: « Des engagements sont pris, des objectifs lointains et hypothétiques sont fixés et de grands discours sont donnés. Mais quand il s’agit d’agir immédiatement comme il le faudrait, nous sommes toujours dans un déni total. »

En dépit de la pression de l’opinion publique, aujourd’hui « les politiques climatiques ne sont toujours pas à la hauteur de l’enjeu », a dénoncé récemment le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres. « Nous en sommes à 1,2°C de réchauffement et nous observons déjà des extrêmes climatiques et une volatilité sans précédent. »

Nicolas Hulot, lui, se montre plus pessimiste. Ou plutôt réaliste? « Nous avons déjà perdu le combat climatique », déplorait l’écologiste français jeudi dans Le Parisien. « Nous pouvons encore agir » pour réduire l’intensité des phénomènes et de leurs impacts, et éviter des réactions en chaîne irréversibles, « mais nous n’avons que dix ans devant nous ».

Vent d’optimisme

Au rythme actuel des émissions, le seuil du 1,5ºC sera franchi entre 2030 et 2032, celui des 2ºC en 2043. La prochaine décennie sera donc cruciale. Troisième pollueur mondial (Royaume-Uni compris), l’Union européenne s’est mis d’accord vendredi pour rehausser ses objectifs climatiques pour 2030: à cette date, les émissions de CO2 devront avoir baissé d’au moins 55%, au lieu des 40% prévus actuellement, par rapport au niveau de 1990. Une annonce qui arrive juste à temps pour présenter cette nouvelle ambition au sommet réunissant ce samedi des dizaines de chefs d’État et de gouvernement, et destiné à relancer les efforts pour le climat.

Depuis plusieurs mois, d’autres déclarations ont apporté un vent d’optimisme, comme les promesses de neutralité carbone en 2050 par l’Union européenne, le Japon ou encore la Corée du Sud, et en 2060 pour la Chine, plus grand pollueur au monde. Reste que ces belles paroles doivent encore se traduire en actes concrets. Et pour l’instant, les stratégies pour atteindre cet objectif restent incertaines. Il s’avère en tout cas plus facile de s’engager à l’horizon 2050 qu’à 2030. Pourtant, c’est avec des objectifs intermédiaires et des politiques ambitieuses à court terme que l’on atteindra cette neutralité promise.

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