Quand les cartels Mexicains débarquent chez nous

En deux ans, 19 « chimistes » mexicains ont été arrêtés aux Pays-Bas et en Belgique. Et rien que pour 2020, plus de 30 laboratoires clandestins de méthamphétamine ont été démantelés, ressort-il d’une enquête menée par un consortium international de journalistes. Les services de police craignent une alliance entre narcotrafiquants des deux continents.

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L’Europe serait devenue l’arrière-cuisine des « narcos » mexicains ? C’est la question qui est posée par Forbidden Stories, un réseau de journalistes de 25 rédactions internationales, dont le Washington Post, El Pais, Le Monde ou pour la Belgique, Le Soir et l’hebdomadaire flamand Knack. Dans son enquête, qui poursuit l’investigation de la journaliste Regina Martinez (assassinée en 2012), le réseau s’est attaqué au business européen des cartels mexicains. En quête de nouveaux marchés à envahir après avoir inondé de méthamphétamine les États-Unis, les « narcos » envoient de la drogue sur le Vieux Continent. De la drogue, mais aussi, semble-t-il, des hommes.

Sur les deux dernières années, 19 « chimistes » mexicains ont été arrêtés aux Pays-Bas et en Belgique, dans 9 laboratoires clandestins. En juin 2019, à Wuustwezel (à quelques kilomètres de la frontière néerlandaise) une ancienne porcherie, transformée en labo façon Breaking Bad, était perquisitionnée. Les enquêteurs de la police judiciaire d’Anvers y ont retrouvé près de 5 kilos de cristaux de meth. Après analyse, il s’est avéré qu’au moins 460 kilos de drogue avaient été produits sur les lieux. Pour avoir une idée de l’ampleur de cette production, un chiffre : 646 kilos de méthamphétamine ont été saisis en 2019… pour l’ensemble de l’UE. En un peu moins de trois ans, neuf laboratoires clandestins ont été découverts en Belgique, à Peer, Hasselt, Huy ou Lendelede (Flandre occidentale), il y a quelques semaines.

Milliards de chiffre d’affaires

Le phénomène semble encore plus développé aux Pays-Bas. Rien qu’en 2020, 32 labo de meth ont été démantelés. « C’est une augmentation explosive. Quand vous savez qu’un laboratoire peut rapporter environ 5 millions d’euros par semaine, le chiffre d’affaires de cette trentaine de labos se chiffre en milliards ! », a expliqué au Volkskrant Andy Kraag, chef de la division d’enquête criminelle de la police néerlandaise, cité par Le Soir. Jusqu’à il y a peu, l’Europe occidentale comptait peu de labos de ce genre. « Il y avait de la production de méthamphétamine depuis un certain temps en Europe de l’Est », a commenté au Soir Marc Vancoillie, de la Direction centrale de la lutte contre la criminalité grave et organisée (DJSOC) de la police fédérale. « Surtout en République Tchèque et en Slovaquie. Il s’agissait de laboratoires de cuisine gérés, entre autres, par des Vietnamiens. Mais leur taille est totalement incomparable au gros labo découvert à Wuustwezel ».

Pour les spécialistes, la présence des cartels mexicains en Europe est potentiellement synonyme d’une alliance avec gangs européens, dans laquelle les Mexicains tireraient « avantage de la grosse plateforme logistique d’exportation » des Européens, comme l’expliquait au Monde Laurent Laniel, de l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (EMCDDA). De leur côté, les gangs européens profiteraient de l’expertise technique des « chimistes » mexicains dans la fabrication de la meth. Un win-win aujourd’hui, qui pourrait se transformer demain en concurrence, si les gangs, notamment néerlandais, devenaient capables de produire une qualité de drogue équivalente, sans l’aide des cartels.

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