Ce que nous fabriquons pèse désormais « plus lourd » que la nature

Mauvaise nouvelle. Pour la toute première fois de l'histoire, le poids de la production humaine a dépassé celui du vivant sur Terre.

Une étude bouleversante. - Unsplash

C’est une autre manière de voir l’ampleur de l’empreinte des humains sur la planète: en comparant deux masses sensiblement différentes et pourtant interconnectées. D’une part, celle du béton, du plastique, du métal, des briques, de l’asphalte… soit tout ce que fabrique l’être humain. De l’autre, celle de la faune et de la flore, soit tout le vivant sur Terre. Et, d’après une étude publiée dans la revue Nature, la première est désormais supérieure à la seconde.

« En 2020, la masse anthropique qui double tous les 20 ans environ dépassera toute la biomasse vivante mondiale », estiment les auteurs, atteignant ainsi 1,1 tératonne, soit 1.100 milliards de tonnes. Une autre façon de voir ce nombre obscur: pour chaque être humain, une masse anthropique représentant bien plus que son poids corporel individuel est produite chaque semaine.

Le plastique plus lourd que les animaux

Alors qu’il ne s’élevait au début du XXe siècle qu’à 3% de la biomasse naturelle, le poids des produits fabriqués par les humains s’est envolé après la Seconde Guerre mondiale, avec le développement urbain et la consommation de masse. Sous l’effet de cette croissance insatiable, qui utilise et détruit les ressources naturelles, le poids de la biomasse s’est, quant à lui, effondré.  

Des routes

L’arrivée de nouveaux matériaux comme le béton et l’asphalte dans les années 50 et 60 ont contribué à alourdir la masse anthropique, faisant du secteur de la construction le premier responsable de son augmentation. Le poids des immeubles et autres grandes infrastructures dépasse d’ailleurs celui des arbres et arbustes, selon les chercheurs de l’Institut des sciences de Rehovot, en Israël. Plus étonnant encore, la quantité de plastique dans le monde pèse, à elle seule, deux fois plus que la totalité des animaux terrestres et marins combinés.

3 tératonnes en 2040

« L’évolution de la masse anthropique est liée à des événements mondiaux, comme les guerres mondiales et les crises économiques », notent par ailleurs les auteurs de l’étude citée par The Guardian. Pendant ces périodes, le poids de l’empreinte humaine diminue, avant de repartir de plus belle, atteignant ces cinq dernières années plus de 30 gigatonnes, soit 30 milliards de tonnes, par an. À ce rythme, notre impact sur la planète dépassera les 3 tératonnes en 2040, estiment les chercheurs, tandis que la biomasse continuera sa décrue.

Face à de tels constats, il n’est plus possible de croire en l’infinité apparente du monde naturel qui nous entoure. L’impact de notre activité sur la nature est tel que les auteurs de cette étude se rallient à la proposition de nommer l’ère géologique en cours l’Anthropocène, caractérisée par le fait que l’humain soit devenu une force majeure, avec une incidence globale significative sur l’écosystème terrestre. « Certains pensent que l’humanité n’est qu’une espèce parmi tant d’autres, que nous sommes minuscules et que le monde est immense. Mais notre impact n’est pas minime », interpelle Ron Milo, chercheur au département des plantes et sciences environnementales de l’Institut Weizmann des Sciences. Bien au contraire.

Plus d'actualité