Comment s’assurer du respect de la quarantaine ?

À partir du 18 décembre, la quarantaine sera à nouveau obligatoire pour les retours de zones rouges. Les contrôles de police, aux frontières, sur la route ou au domicile, seront renforcés. D’autres options, moins coercitives, pourraient cependant être envisagées pour faire respecter la mesure.

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Énième changement dans la stratégie belge de testing. Comme l’a annoncé lundi Karine Moykens, qui dirige la task-force « Testing et tracing », à partir du 18 décembre, toute personne revenant d’un voyage de plus de deux jours dans une zone rouge devra obligatoirement se soumettre à un test et à une quarantaine de dix jours. Depuis la mi-octobre, les voyageurs revenant de zones rouges n’étaient plus automatiquement tenus de se faire dépister et de rester à l’isolement. Sur base des informations transmises via le Passenger Locator Form (PLF) et d’un questionnaire d’« auto-évaluation », une quarantaine était ou non exigée.

À la mi-décembre, les règles seront à nouveau plus strictes. Rester à la maison sera obligatoire pendant 10 jours, avec test PCR au bout du 7ème jour. En cas de résultat négatif, la quarantaine pourra être écourtée, et prolongée d’une semaine si le test est positif. De quoi décourager les vacanciers qui comptaient sur les fêtes pour aller se dorer la pilule à Antalya ou à Marrakech ? De fait, voyager risque de devenir plus fastidieux, la quasi-totalité de la planète, mis à part quelques exceptions comme l’Irlande ou la Norvège, étant classée en zone rouge.

On serre la vis

Deuxième nouveauté : le respect de la quarantaine obligatoire sera davantage contrôlé. Les contrôles seront renforcés aux frontières et sur les routes. Avec, pour les contrevenants, des amendes pouvant aller jusqu’à 500 euros, voire une peine de prison. Et les récalcitrants qui ignoreraient l’appel des agents de tracing ou n’ouvriraient pas aux autorités régionales, pourraient même voir la police sonner à leur porte. « Les personnes seront susceptibles d’être contrôlées par la police, a confirmé Eli Di Rupo à la DH. On ne va pas contrôler tout le monde, bien sûr, mais par coup de sonde et avec des sanctions à la clé ». La carte policière avait déjà été brandie par Annelies Verlinden (CD&V) il y a quelques semaines, la ministre de l’Intérieur annonçant vouloir envoyer la police chez les gens pour faire respecter les mesures sanitaires à Noel.

Même si la police sera cantonnée à la porte des habitations et n’aura pas le droit de pénétrer dans le domicile, l’option des contrôles à la maison est intrusive. C’est en tout cas l’avis d’Inge Neven, la directrice du service d’hygiène de la Région bruxelloise, qui dans Le Soir, a déploré le caractère « contre-productif » de la démarche, craignant une perte de confiance dans le sytème de tracing. D’autant qu’à partir du 18 décembre, la police devrait pouvoir accéder à la base de données des Passenger Locator Forms, et ainsi pouvoir vérifier le respect des mesures.

Réprimer ou inciter ?

Reste à voir si ces contrôles seront effectifs, vu la charge supplémentaire qu’ils feront porter sur les policiers. « Je crois que la police a des missions plus importantes », a indiqué à BX1 Didier Gosuin, bourgmestre de Auderghem, à Bruxelles. Et puis, on voit bien que les informations ne circulent pas. Depuis le début, en tant que bourgmestre, je ne sais pas s’il y a un cluster dans ma commune et où. Alors aller vérifier que les personnes respectent leur quarantaine parce qu’elles sont allées une journée à l’étranger, c’est impossible ».

D’autres alternatives sont pourtant disponibles ; à Taiwan ou en Corée du Sud, des cas positifs sont envoyés dans des hôtels réquisitionnés pour rester à l’isolement le temps nécessaire. Moins radical mais sans doute pas moins efficace, la France réfléchit à une stratégie plus incitative. Certains aussi en Belgique, comme le microbiologiste Herman Goossens : « Les gens ne respectent pas la quarantaine car les politiques pensent que tester résout tous les problèmes, jugeait-il dans Le Soir. C’est faux, le traçage et l’isolement sont les deux autres piliers du système. On doit réfléchir à proposer une compensation financière, les aider à résister à la pression de leur patron quand c’est nécessaire et mieux s’occuper des isolés ». Pour l’instant, les travailleurs du secteur privé placés en quarantaine et pour qui le télétravail n’est pas possible perçoivent des allocations de chômage temporaire, dont le montant équivaut à 70% du salaire brut.

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