La Belgique recule encore dans la lutte contre le réchauffement climatique

En matière de performances climatiques, le bilan est désastreux pour la Belgique, mais également pour les pays les plus riches d'Europe.

Deux jours avant le Conseil européen sur le climat, les ONG environnementales demandent une politique plus ambitieuse. - Unsplash

Quarantième. C’est la place peu glorieuse qu’occupe la Belgique dans le Climate Change Performance Index, dressé chaque année par plusieurs ONG environnementales. Soit cinq rangs de moins que l’an dernier. Sur les 57 pays analysés, qui représentent ensemble 90 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, notre pays apparaît comme l’un des plus mauvais élèves d’Europe de l’Ouest, loin derrière l’Allemagne (19), la France (23) ou encore les Pays-Bas (29).

Depuis 2005, cet index classe les performances climatiques des pays en fonction de 14 critères répartis en quatre catégories: les émissions de gaz à effet de serre, le recours aux énergies renouvelables, l’efficacité énergétique et la politique climatique. Dans l’ensemble de ces catégories, la Belgique s’est vu affubler d’une note « basse », en inadéquation avec les objectifs de l’accord de Paris de contenir le réchauffement bien en-deçà de 2°C et si possible à 1,5°C.

« L’absence de réduction d’émissions sur plusieurs années pénalise particulièrement la Belgique dans le classement, et signe l’absence d’effet des politiques climatiques dans notre pays ces dernières années », explique Noé Lecocq, expert climat à Inter-Environnement Wallonie, dont l’organisation a participé à la récolte des données. Il demande ainsi que les prochaines politiques de relance post-Covid réduisent « structurellement » les activités polluantes et enclenchent « une transition résolue vers un modèle décarboné, résilient et durable ».

Adélaïde Charlier lors de la plus longue manifestation pour le climat

Adélaïde Charlier à Namur, lors de la plus longue manifestation de l’histoire pour le climat. – BELGA

Et le reste du classement?

Puisqu’aucun pays ne mène une politique suffisamment ambitieuse, selon les auteurs du comparatif, le podium est symboliquement laissé vacant. Derrière ces sièges vides, la Suède est à nouveau le pays le plus méritant du classement, à la quatrième place, devant le Royaume-Uni (5), le Danemark (6) et le Maroc (7). Largement sous la moyenne de l’Union européenne (16), la Belgique se situe également derrière l’Inde (10), le Brésil (25) ou la Chine (33), mais devant l’Australie (54) et le Canada (58). L’Iran, l’Arabie Saoudite et les Etats-Unis ferment la marche.

Une lutte inégalitaire pour le climat

En parallèle, Oxfam a publié mardi un rapport révélant que les émissions de gaz à effet de serre des Européens à revenu faible et moyen ont baissé entre 1990 et 2015, tandis que celles des 10% les plus riches ont augmenté. « Jusqu’à présent, la réduction des émissions de l’Union européenne a coïncidé avec une augmentation des inégalités économiques, laissant les émissions des Européens les plus riches à un niveau inacceptable », dénonce l’ONG, appelant les dirigeants européens à mener une transition écologique juste.

Menée avec l’Institut de l’environnement de Stockholm, cette étude révèle de fortes inégalités en matière d’émissions à l’intérieur des États membres de l’UE, mais aussi entre les pays. Elle épingle d’ailleurs la Belgique, où les 10% des habitants les plus riches sont responsables d’autant d’émissions que l’ensemble de la population de la Hongrie, de la Suède, de la Finlande ou du Danemark. En termes d’émissions par habitant, les 10% des Belges les plus riches sont les deuxièmes plus gros pollueurs de l’UE. Seuls les Luxembourgeois font moins bien.  

Nouvel objectif européen

La publication presque simultanée de ces deux rapports n’est pas un hasard. Elle intervient quelques jours avant un Conseil européen devant fixer un nouvel objectif de réduction pour 2030. Les 10 et 11 décembre prochains, les chefs d’Etat des Vingt-Sept doivent y discuter d’un relèvement de l’objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre, qui est actuellement de -40%. La Belgique soutiendra la proposition de la Commission européenne de le porter à -55%, par rapport à 1990. Insuffisant, selon Oxfam. L’ONG plaide pour une réduction de 60% telle que demandée par le Parlement européen. « La Belgique ne peut pas se satisfaire de ce mauvais classement. Au contraire, elle doit montrer plus d’ambition climatique », prône-t-elle dans son rapport. Plus ambitieux encore, pour respecter l’accord de Paris de 2015, l’UE « doit réduire ses émissions d’au moins 65 % d’ici à 2030 par rapport au niveau de 1990 ».

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