La gestion belge de la crise encore remise en question

Hier, l’infectiologue Erika Vlieghe a commenté la gestion de la crise par le gouvernement, pointant la complexité politique belge qui a posé problème au début de l’épidémie. Elle a aussi prévenu:  la Belgique n’a pas de plan en cas de troisième vague. Dans les centres de test, on s’étonne aussi de quelques dysfonctionnements.

Pour Erika Vlieghe, la Belgique n'a pas encore de plan pour une troisième vague. ©Belga

Face à l’épidémie de coronavirus, la Belgique n’a pas brillé. On peut même dire qu’elle a plutôt fait partie des mauvais élèves. Encore aujourd’hui, la gestion de la crise et les décisions du Gouvernement fédéral continuent d’être critiquées et remises en question. Ce vendredi Erika Vlieghe, infectiologue à l’Université d’Anvers et ancienne présidente du Gees, le groupe d’experts chargé du premier déconfinement, s’est présentée devant la commission spéciale Covid de la Chambre pour s’exprimer sur l’épidémie de Covid-19 dans notre pays.

Selon elle, sans la complexité de la politique belge, plus de vies auraient pu être sauvées. «L’éparpillement des compétences santé, le nombre de ministres, les tiraillements et les discussions sans fin entre niveaux de pouvoir ont été un killing factor dans l’épidémie», a-t-elle notamment déclaré. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle n’est ni rassurée, ni rassurante pour la suite. Pour l’experte, « il n’y a pas de plan solide » pour faire face à une potentielle nouvelle vague. Ce qu’il faudrait, ce sont des mesures toutes prêtes, que la Belgique pourrait mettre en place rapidement, avec tout le matériel et les médicaments nécessaires en stock en permanence, au cas où.

« Le premier déconfinement a été trop rapide », a-t-elle expliqué. Pour l’experte, il sera primordial, en sortie de ce deuxième confinement, d’assouplir les mesures petit à petit mais pas avant d’être descendus sous les 75 hospitalisations et 800 nouveaux cas par jour. Parce « nous avons été associés à des décisions que nous n’avons pas prises et différentes de nos recommandations », Erika Vlieghe aimerait que l’avis des scientifiques et autres spécialistes soit rendu public, en toute transparence. Cela permettrait aux citoyens de se rendre compte des choix du monde politique qui s’en écarte parfois. « Quand quelqu’un qui n’y connait rien dit qu’il n’y a pas de problème et que c’est lui qu’on écoute, alors que tous les épidémiologistes disent qu’on va dans le mur, je m’inquiète. »

« Quasi plus de résultats »

Mais les critiques sur la crise et sa gestion ne viennent pas que de tout en haut. Dans les centres de testing aussi, on remarque beaucoup de dysfonctionnements. Dans le Brabant wallon, à Lasne, on s’étonne du temps que mettent les résultats pour arriver, quand ils ne sont pas perdus. « Depuis une dizaine de jours, on a quasi plus de résultats. Ce qui fait que   Les gens n’ont plus confiance alors qu’ici tout est encodé comme il faut. Je crois que les laboratoires font leur possible mais je crois que c’est dans le système complexe de transmission qu’il y a des soucis », commente le docteur Gael Thiry, médecin et coordinateur du centre de Lasne.

Ce système complexe, c’est la nouvelle plateforme de testing fédérale, mise en place depuis peu. Réunissant universités et labos, elle devrait permettre d’atteindre les 56.000 échantillons analysés par jour mais aussi des délais courts d’obtention des résultats. Mais elle souffre encore de petits soucis, probablement liés à sa nouveauté.

Par exemple, les demandes d’analyses et les échantillons n’arrivent pas toujours par deux. Parfois, l’un arrive sans l’autre… Il arrive aussi que certains résultats, pourtant envoyés au demandeur (médecin, maison de repos…) puis au patient, ne soient jamais retrouvés par ceux-ci. Enfin, il y a aussi de temps en temps des erreurs dans le transport des échantillons. Bref, de petits soucis mais qui ralentissent  tout le processus et obligent  une partie des Belges testés à attendre  longuement leurs résultats. Résultat, ils sont donc bloqués chez eux plus longtemps que prévu.

Heureusement, d’après la Task force en charge du testing et du tracing, il ne s’écoule désormais plus que quatre jours en moyenne entre les premiers symptômes et l’appel à la personne testée positive. En revanche, au niveau transmission de données, ça coince encore un peu. Un labo sur cinq n’enverrait pas ses résultats aussi vite que prévu. 

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