Les cinq vies de Valéry Giscard d’Estaing

L'ancien président français, dont l'une des plus fameuses répliques fut un solennel "au revoir" un jour de défaite, est décédé le 2 décembre de la Covid-19. Sans mise en scène cette fois. Il avait 94 ans.

Les cinq vies de Valéry Giscard d’Estaing

Valéry Giscard d’Estaing est le président de la République française à la plus grande longévité (mais pas à l’Elysée). Son parcours politique s’étend sur près de sept décennies. Retour sur une vie pas comme les autres en cinq moments.

1. Le noble résistant

Né en 1926 dans une ancienne famille de la haute bourgeoisie dont les liens avec la sphère politique remontent au temps de Louis XIV, Valéry Giscard d’Estaing a dix-huit ans quand il participe à la Libération de Paris en août 1944. Ayant suivi le général De Gaulle, il s’engage dans comme brigadier à la fin de la guerre. Après huit mois de campagne et 28 jours au combat, il est décoré de la croix de guerre et défile devant le général de Gaulle le 14 juillet 1945.

2. « Kennedy français »

Giscard (comme on l’appellera familièrement) se lance en politique en 1955, à l’âge de 29 ans. Quatre ans plus tard, il est nommé secrétaire d’Etat aux Finances dans le gouvernement De Gaulle avant de devenir ministre de plein exercice en 1962. Un poste qu’il gardera quasiment jusqu’à son élection à la présidence en 1974. En 1967, il prend ses distances avec De Gaulle en créant son parti qui se veut centriste. A la fois moderne, progressiste et rassurant, comme il le résumera dans son slogan de campagne présidentielle : « Le changement dans la continuité ». Au début des années 70, sous Pompidou, Giscard est vu comme un homme politique moderne, « le Kennedy français », la figure qui sera à même de rajeunir la France et répondre aux exigences des révolutionnaires de 1968.

3. Moderne mais déchu

Elu avec 50,81% des voix devant François Mitterrand le 27 mai 1974 (on se souvient de sa petite phrase qui fit mouche lors du débat télévisuel : « Vous n’avez pas le monopole du coeur »), Giscard entame son septennat sur les chapeaux de roue avec des réformes sociales progressistes (son gouvernement sera d’ailleurs le premier de la Ve République à inclure des personnalités de la société civile) : majorité abaissée à 18 ans, libéralisation de la contraception, réforme du divorce et loi sur l’IVG controversée mais portée avec passion par sa ministre de la Santé Simone Veil.

En 1976, c’est la cassure avec son premier ministre Jacques Chirac, qui quitte le gouvernement pour fonder le RPR. Dans le même temps, Giscard est empêtré dans un scandale de diamants offerts par l’Empereur de Centrafrique alors qu’il était ministre des Finances. Sa popularité décline d’autant plus vite que le chômage augmente. La France, comme le reste de l’Europe (et du monde occidental) est victime des deux chocs pétroliers, c’est la fin des trente glorieuses. Giscard entame alors un virage sécuritaire qui ne passera pas auprès de la population.

Le 10 mai 1981, il perd le match retour contre Mitterrand et met son départ en scène avec ce fameux « au revoir » face caméra, avant de laisser sa chaise vide à l’Elysée. Une scène reprise des années plus tard par Thierry Ardisson dans son émission « Tout le monde en parle » et qui sera longtemps objet de moqueries.

4. L’Européen

Abandonnant toute idée de revanche présidentielle en mars 1995, Giscard rebondit en tant qu’Européen convaincu. Déjà du temps de son septennat, il avait oeuvré pour la construction européenne avec le chancelier Helmut Schmidt : création du Conseil de l’Europe, élection du Parlement européen au suffrage universel, mise en place des prémices d’une monnaie unique… En 2000, il est chargé de présider le Conseil qui rédigera la Constitution européenne. Las, il se heurtera à nouveau à la volonté du peuple français qui dit « non » à cette Constitution en novembre 2005. Qu’à cela ne tienne, elle sera tout de même adoptée, moyennant quelques amendements.

5. L’écrivain

Auteur de mémoires, essais et de nombreux romans (la plupart historiques), Giscard est élu en 2003 à l’Académie française. En 2009, dans son roman « La Princesse et le Président », il met en scène une histoire d’amour entre deux personnages qui font fortement penser à lui-même et à Lady Diana. La presse britannique se jette sur cette affaire… Mais l’ancien président précisera avoir inventé les faits.

 

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