Ahmadreza Djalali, professeur de la VUB bientôt exécuté par l’Iran

Le scientifique iranien Ahmadreza Djalali risque d'être exécuté d'un jour à l'autre. Et ce n'est pas un hasard du calendrier si cette annonce intervient avant le procès d'un diplomate iranien, jugé pour un projet d'attentat. Condamné pour espionnage, ce professeur invité à la VUB pourrait servir de monnaie d'échange dans une « diplomatie des otages » déployée sans scrupule par l'Iran.

Une action d'Amnesty en Italie pour la libération d'Ahmadreza Djalali - Belga

La situation est extrêmement préoccupante. Ahmadreza Djalali, un professeur irano-suédois invité à la VUB incarcéré en Iran depuis avril 2016, a été placé en isolement mardi en vue d’être exécuté. « L’exécution pourrait avoir lieu de manière imminente. C’est intolérable. Nous appelons les responsables politiques et diplomates à faire tout ce qui est en leur pouvoir pour convaincre les autorités iraniennes d’annuler la condamnation à mort du Dr Djalali avant qu’il ne soit trop tard », a déclaré le lendemain Amnesty International.

Son crime? Le médecin urgentiste est accusé d’espionnage au profit d’Israël. Il aurait, selon l’Iran, transmis au Mossad, les services de renseignement israéliens, des informations sur deux experts iraniens du nucléaire qui ont abouti à leur assassinat. Mais pour Philippe Hensmans, directeur de la section belge francophone de l’ONG, c’est plutôt l’inverse. « Ahmadreza Djalali a été condamné à l’issue d’un procès inique, entaché de torture, pour avoir refusé d’espionner pour le compte des autorités iraniennes », explique-t-il. « Il n’a rien à faire dans le couloir de la mort et doit être libéré au plus vite. »

Monnaie d’échange

« Sa situation s’est drastiquement dégradée », a-t-on appris cette semaine, alors que peu d’informations circulaient sur son cas depuis plusieurs mois. Le scientifique a pu téléphoner à sa femme Vida Mehrannia mardi depuis son lieu de détention, pour lui faire ses adieux. Pour son épouse, qui habite avec leurs deux enfants à Stockholm, cette annonce n’est pas arrivée par hasard. Dans une interview accordée au journal De Standaard début novembre, elle soupçonnait que son mari soit utilisé comme moyen de pression pour libérer un diplomate iranien jugé pour son implication dans un attentat déjoué en 2018. Ce coup de téléphone lui annonçant sa mise à mort est tombé trois jours avant le début de ce procès.

Une action d'Amnesty en 2017 contre la condamnation à mort d'Ahmadreza Djalali

Une action d’Amnesty à Bruxelles en 2017 contre la condamnation à mort d’Ahmadreza Djalali. – BELGA

Tom Sauer, professeur en politiques internationales à l’Université d’Anvers, partage ces soupçons. Au micro de la VRT, le chercheur anversois a expliqué, tout en restant prudent avec de telles déclarations, que l’Iran a pu envoyer « un signal à notre pays », utilisant Ahmadreza Djalali comme « une sorte de monnaie d’échange » pour faire pression sur la justice belge.

Instrument puissant

Cela n’aurait rien d’étonnant. L’arrestation de citoyens étrangers, souvent binationaux et universitaires, est une méthode sordide utilisée par un certain nombre d’États pour arracher des concessions aux pays occidentaux avec lesquels ils sont en conflit. Plus d’une dizaine de personnes binationales seraient ainsi encore retenues en Iran, dans le cadre de ce qu’on appelle « la diplomatie des otages », en référence à une prise d’otages.

La communauté internationale peine à affronter cet instrument puissant, qui a déjà donné des fruits. Pas plus tard que mercredi, la chercheuse australo-britannique Kylie Moore-Gilbert, détenue en Iran depuis 2018 et condamnée pour espionnage au profit d’Israël, a été libérée, en échange de trois prisonniers iraniens. Reste à savoir si cette méthode fonctionnera à nouveau pour le diplomate iranien, jugé pour un projet d’attentat, et le professeur Ahmadreza Djalali.

Rappel des faits

Le 30 juin 2018, la Belgique a déjoué un attentat qui devait être commis près de Paris, lors d’un rassemblement d’opposants au régime de Téhéran. La police a intercepté un couple de Belgo-Iraniens à Bruxelles, en possession de 500 grammes d’explosif TATP et d’un détonateur dans leur voiture, ainsi qu’un complice présumé, présenté comme un agent du renseignement iranien agissant depuis le sol belge. Le lendemain, la police allemande a arrêté une quatrième personne: Assadollah Assadi, 48 ans, en poste à l’ambassade d’Iran à Vienne au moment des faits. Ce qui vaudra aux autorités iraniennes d’être accusées d’être derrière cette tentative d’attentat. « L’Iran condamne sans équivoque toute forme de violence et de terrorisme, où que ce soit, et est prêt à travailler avec toutes les parties concernées pour dévoiler ce qui est un stratagème sinistre mené sous une fausse bannière », avait répondu à l’époque le ministre des Affaires étrangères iranien Mohammad Javad Zarif. Téhéran avait également fustigé « une violation de l’immunité diplomatique » d’Assadollah Assadi, jugeant son arrestation « illégale ».

Plus de deux ans plus tard, le dossier mêlant espionnage et terrorisme était sur la table du tribunal correctionnel d’Anvers ce vendredi. Une peine de 20 ans de prison a été requise contre le diplomate iranien, considéré par le parquet fédéral comme le coordinateur de ce projet terroriste. Les trois autres prévenus risquent des peines allant de 15 à 18 ans, ainsi que la déchéance de leur nationalité belge. La prochaine audience est prévue jeudi.

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