Violences policières en France : « Sans les vidéos, il se serait passé quoi ? »

La loi de « sécurité globale » fait craindre à une dérive sécuritaire de l'Hexagone. Surtout que ces derniers jours, les violences policières ont été dévoilées grâce aux vidéos que l'article 24 de la loi veut pénaliser. Explications.

Manifestation contre la loi de

« Cette vidéo, on dirait le Chili sous Pinochet ! ». Cette réaction à la vidéo du passage à tabac de Michel Zecler, un producteur de musique noir, par trois policiers dans le sas de son studio d’enregistrement, ne vient pas d’un militant de gauche ou d’un citoyen lambda, mais d’un conseiller du président Macron. Elle dit bien tout le trouble qui a cours en France en ce moment autour du projet de loi de « sécurité globale », y compris au sein de la majorité. D’autant que depuis son vote au Parlement, les exemples de violences policières ont été nombreux. Résumé de la situation.

1. Loi de « sécurité globale » et son article 24

Depuis l’été et la série d’attentats qui a de nouveau secoué la France, Emmanuel Macron a pris un virage sécuritaire. Il entend montrer qu’il n’est pas trop libéral sur la sécurité, comme l’a laissé entendre la droite et l’extrême droite. C’est donc à son ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, un ancien protégé de Nicolas Sarkozy, que revient la tâche d’incarner ce virage. Et celui-ci ne se fait pas prier, en proposant une loi de « sécurité globale » qui inquiète beaucoup de monde : des sympathisants de gauche aux associations pour les libertés publiques, de la presse au Conseil de l’ONU sur les droits humains.

En cause, notamment, l’article 24 de ce projet de loi qui entend pénaliser toute diffusion « malveillante » d’images des forces de l’ordre. Il est question de flouter l’image de policiers, d’amendes records et de peines de prison en cas de non respect de cette loi, qui, malgré avoir été votée au Parlement il y a quelques jours, n’est pas encore gravée dans le marbre. Déjà, parce qu’il faut savoir par ce qu’on entend par image « malveillante ». Ensuite, parce que depuis, les exemples de dérives policières n’ont pas manqué. Et que c’est par la diffusion d’ « images » qu’elles ont été mises au grand jour.

Belga

2. Violences policières

Il y a d’abord eu l’évacuation musclée de migrants sur la place de la République à Paris. Ces derniers s’étaient installés sur la demande d’associations de défense de migrants voulant marquer le coup et montrer la réalité de ces gens. La manifestation était pacifique, statique, même, mais pas autorisée. La police a donc dégagé tout ce petit monde. Mais elle ne l’a pas fait avec le dos de la cuillère.

Des journalistes et membres d’associations ont ainsi filmé le démantèlement, témoins d’empoignes pas vraiment nécessaires ou de petits gestes tel un croche-pied fait par un policier à un manifestant. Voyant qu’ils étaient filmés, certains policiers se sont ensuite retourné contre ces témoins en les passant à tabac. A noter qu’il s’agissait de brigades anticriminalité, pas de gendarmes.

 

Jeudi est apparue une autre vidéo sur le site Loopsider. Celle du passage à tabac d’un producteur de musique, Michel Zecler, lequel rentrait dans son studio d’enregistrement. Trois policiers l’ont poursuivi dans le sas, l’empêchant de rentrer et le frappant pendant près de huit minutes en le traitant, selon le producteur, de « sale nègre ».

De leur côté, les policiers ont parlé de légitime défense, portant plainte pour « violences sur personne dépositaire de l’autorité publique » et « rébellion ». C’était avant que la vidéo ne montre ce qu’il s’était réellement passé. Une nouvelle enquête pour « violences par dépositaire de l’autorité publique » et « faux en écriture publique » a été ouverte.

3. Réactions contre les « dérives liberticides » de la loi de « sécurité globale »

Suite à cela, les réactions se font entendre. Le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a beau se défendre sur France 2, condamnant les violences, mais « en même temps », assurant les bienfaits de sa loi, cela ne passe pas. Les syndicats de presse y voient une entrave à l’exercice de leur métier, les associations de défenses de droits des citoyens montent au créneau, même les sportifs s’y mettent.

Les footballeurs champions du monde Kylian Mbappé et Antoine Griezmann ont réagi sur Twitter à ces images : « une vidéo insoutenable », « des violences inadmissibles », « J’ai mal à ma France ». Leur coéquipier chez les Bleus Benjamin Mendy a été encore plus explicite : « Sans les vidéos, il se serait passé quoi pour Michel ? On aurait préféré croire la version des policiers sous serment ? #commedhab ». Il ajoute une photo d’un tag sur un mur : « Qui nous protège de la police ? ».

 

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