Pollution atmosphérique : les Européens respirent (un peu) mieux

En dix ans, la qualité de l’air s’est améliorée, note l’Agence européenne pour l’environnement. La réduction des polluants s’est accompagnée d’une diminution des décès prématurés. Pour autant, le bilan est loin d’être tout rose : trois citadins sur quatre respirent toujours un air dangereux pour la santé. Et en Belgique, près de 9.000 personnes meurent chaque année du fait de la pollution atmosphérique.

©belgaimage-164772482

60.000 décès en moins. Dans son rapport annuel sur la qualité de l’air, l’Agence européenne pour l’environnement (AEE) estime que le nombre de décès prématurés (c’est-à-dire avant d’avoir atteint l’espérance de vie moyenne) liés à l’exposition aux particules fines a baissé d’autant en dix ans. Selon l’AEE, en 2018 (année des dernières données disponibles), ces polluants particulièrement nocifs pour la santé ont causé la mort de 417.000 personnes en Europe, contre 477.000 en 2009.

Basé sur les relevés de plus de 4000 stations de surveillance sur le continent, le rapport souligne une amélioration notable de la qualité de l’air. La concentration en particules fines, en dioxyde d’azote et en ozone a connue une évolution positive, ce qui a eu un impact direct sur la santé publique, note l’AEE. Entre 2009 et 2018, la mortalité due au dioxyde d’azote a ainsi chuté de 54%.

8.950 décès prématurés en Belgique par an

Ces « bonne[s] nouvelle [s] » ont été accueillies à leur juste mesure par l’Europe. Comme l’a reconnu le commissaire en charge de l’Environnement, Virginijus Sinkevicius, impossible d’en ignorer « les aspects négatifs ». Soit en premier lieu, « le nombre de décès prématurés survenant en Europe en raison de la pollution de l’air », qui demeure « bien trop élevé ». 417.000 morts par an : difficile en effet de voir une vraie bonne nouvelle dans ce bilan, encore bien trop important. Les principales victimes concernées sont les personnes âgées (plus de 75 ans), ainsi que d’autres publics fragiles comme les enfants, les femmes enceintes et les patients souffrant d’une affection cardiaque. Concernant la Belgique, l’AEE recense pas moins de 8.950 décès prématurés en 2018 causés par la pollution atmosphérique.

Les données avancées par l’agence européenne pourraient même être en deçà de la réalité. En 2019, une étude de chercheurs allemands publiée dans l’European Heart Journal, la revue médicale de la Société européenne de cardiologie, estimait plutôt à environ 800.000 le nombre de morts prématurées imputables à la mauvaise qualité de l’air.

Toujours selon l’AEE, la majorité des Européens continuent de respirer un air dangereux pour leur santé. Particulièrement dans les villes, où les effets de la pollution et de ses sources multiples (trafic routier, chauffage, industrie, etc.) sont prégnants. En 2018, les trois quarts (77% environ) de la population urbaine européenne étaient exposés à des niveaux de particules fines dépassant les plafonds recommandés par l’OMS.

Les normes de l’OMS explosées

C’est l’autre ombre au tableau : le fossé entre les normes européennes actuelles et celles prescrites par l’Organisation mondiale de la santé. Sur base des seuils européens, 34% des habitants des villes étaient ainsi exposés à une pollution à l’ozone en 2018. Mais si on change de focale et qu’on se réfère aux normes de l’OMS, cette proportion était de l’ordre… du triple (99%). En prenant l’exemple de la Wallonie, il n’y a que dans certaines zones rurales du sud que les normes de l’OMS sur les particules fines ne sont pas dépassées, rappelait à Moustique Philippe Maetz, collaborateur à l’Awac (Agence wallonne de l’air et du climat).

Hormis quelques bons élèves comme l’Estonie ou l’Islande, aucun pays ne respecte les prescrits de l’OMS. Six États membres (Bulgarie, Roumanie, Croatie, République tchèque, Pologne et Italie) sont eux, au-dessus des limites fixées par l’Europe, pourtant beaucoup moins strictes. Dans son rapport, l’AEE pointe le grand écart (du simple au double) entre les normes édictées par l’UE et celles de l’OMS. De quoi handicaper l’un des objectifs du Green Deal européen, à savoir le « zéro pollution » en Europe ? Du côté de la Commission, on dit préparer une révision des directives sur les plafonds d’émission et sur la qualité de l’air.

Plus d'actualité