Elections américaines : les réactions du monde politique belge

Tous les partis se réjouissent de l’élection de Biden et Harris, mais parfois avec quelques réserves. Quant à la N-VA, seul parti démocratique à ne pas avoir félicité le duo présidentiel, elle tire des conclusions pour le moins originales du résultat du scrutin.

Joe Biden, lors d'un de ses derniers passages en Belgique comme vice-président, en 2015. ©Reuters

Ces dernières semaines, les yeux du monde entier étaient rivés sur les États-Unis. Les élections présidentielles passionnent, et pour certains, parfois plus que les scrutins qui les concernent directement.

Les figures politique de notre pays n’avaient donc pas vraiment d’autre choix que de commenter, chacun à sa façon, l’accès de Joe Biden à la Maison Blanche.

Le premier ministre Alexander de Croo (Open VLD) s’est exprimé à s’adressant directement au nouveau président et à sa colistière sur Twitter en anglais, afin de les féliciter.

Il a souligné deux points importants de ces résultats : le nombre records d’Américains qui ont choisi de voter, « ce qui illustre le dynamisme de la vie politique américaine et de sa démocratie », mais également le fait que la nouvelle vice-président soit une femme de couleur, « qui sera un exemple incroyable et un modèle important pour les jeunes filles du monde entier, leur prouvant que filles et garçons peuvent profiter des mêmes droits et opportunités. »

La Wallonie se réjouit

En Wallonie, sans surprise, tous les présidents de parti se réjouissent du choix de la majorité des Américains, mais certains plus que d’autres, et ont majoritairement choisi Twitter pour le faire savoir.

Du côté du MR, Georges-Louis Bouchez a également congratulé Joe Biden dans sa langue natale, reprenant et adaptant légèrement le slogan de son adversaire « Make America and the World Great Again ! ». Un détournement selon le Montois, mais que plusieurs de ses détracteurs ont pris pour une erreur, ce qui a poussé le libéral à se justifier plusieurs fois…

L’éloge a d’ailleurs poussé un internaute à se demander si le MR était « encore de droite ». Ce à quoi Bouchez a répondu qu’« aucun des deux [candidats] ne l’enthousiasmait » mais « qu’il était indispensable de mettre un terme à la furie permanente ».

Au cdH, pas de félicitations mais plutôt un ouf de soulagement. « Cette fois, ça semble être la bonne : la dignité a gagné l’élection américaine », a commenté Maxime Prévot, qui pense que ces 4 ans au pouvoir risquent d’être un long combat pour le nouveau président, mais qui reste optimiste. « Biden aura du fil à retordre car le trumpisme, lui, n’a pas perdu. Mais ça donne espoir pour l’avenir des enjeux multilatéraux (santé, climat, humanisme, échanges commerciaux…). »

Jean-Michel Javaux, co-président d’Ecolo, lui, a beaucoup commenté ces élections américaines sur les réseaux sociaux. Au moment de l’annonce de la victoire de Biden, le bourgmestre d’Amay s’est fendu d’un « Yes !!! », souhaitant au duo démocrate « un Bon travail, loin des divisions, vers le rassemblement. » Rajae Marouane, la seconde co-présidente, espère que cette accession des démocrates à la Maison Blanche, sera un premier pas « vers un horizon plus vert et plus démocratique », rappelant les noms de plusieurs élus progressistes à la Chambre et au Sénat. Elle ajoute : « Un chapitre sombre se ferme. Ne reste plus qu’à espérer que cette nouvelle administration saura remettre l’humain au centre dans une véritable démarche de multilatéralisme, au service de la paix et du dialogue. »

Publiée par Rajae Maouane sur Samedi 7 novembre 2020

A gauche, le PS a loué le départ de Trump, qu’il décrit comme « la fin d’une parenthèse » a et félicité son remplaçant par la voix de Paul Magnette, mais non sans préciser que le plus gros du travail reste à faire. « Le nouveau président doit maintenant travailler à réconcilier le pays, lutter efficacement contre la pandémie mais aussi entendre les aspirations à plus de justice sociale des Américains qui l’ont soutenu. »

Des propos sur lesquels a rebondi François De Smet, pour DéFI, soulagé par ce résultat mais pour qui « l’ère Trump » n’est pas à voir comme une parenthèse. Il a aussi marqué sa joie de voir une femme accéder au poste de vice-présidente.

Enfin, tout à gauche de l’échiquier politique, le PTB, est ravi du départ de Trump, qu’il attribue à la mobilisation de plusieurs mouvements sociaux. Mais son porte-parole Raoul Hedebouw émet plus de réserves sur le 46e président qu’il décrit comme « un membre de l’establishment US depuis 40 ans »,  qui « a voté notamment les réformes fiscales de Reagan, la guerre en Irak et le Patriot Act ».

La NV-A seule contre tous

Au nord du pays, Egbert Lachaert, président de l’Open VLD, va dans le sens de son premier ministre, congratulant Joe Biden et lui souhaitant d’unir le peuple américain durant ces moments difficiles.

Au CD&V, Joachim Coens a rapidement félicité Biden pour plutôt souligner l’histoire familiale de Kamala Harris, née d’une mère indienne et d’un père jamaicain, ayant tous deux migrés vers les USA. « The American Dream », a ajouté le président centriste.

 Chez Groen, on a l’espoir que l’équipe Biden-Harris remette les Etats-Unis sur la voie de l’écologie. « Cela ouvre de nouvelles perspective pour l’UE, parce que son ambition climatique rejoint notre Green Deal européen. L’importance de ceci est sous-estimée », a écrit la présidente Meryem Almaci, qui est aussi réjouie des perspectives qu’implique le fait d’avoir une femme à la vice-présidence.

Pour le sp.a, Conner Rousseau, a été un peu moins loquace sur le sujet que ses confrères présidents de parti, félicitant les vainqueurs, et comme Georges-Louis Bouchez, reprenant le slogan de Trump. « Et maintenant, faisons du monde un meilleur endroit. And Make America Great Again », a-t-il écrit.

La N-VA est par contre le seul parti démocratique dont le président ne s’est pas exprimé sur les réseaux sociaux. Pas de bravo au duo Biden-Harris de De Wever ou même du compte officiel du parti. Seul Jan Jambon a congratulé le vainqueur sur Twitter.

Pour un commentaire plus détaillé de ces élections par le parti, on doit se tourner vers De Tijd, qui a interrogé Bart De Wever et Theo Francken sur le sujet. Pour le président, ces élections prouvent que le peuple se désintéresse de la politique. « Cela crée partout une atmosphère particulièrement hostile dans le débat public. Aux États-Unis, c’est très tangible, à la manière américaine, mais c’est pareil ici. Ajoutez à cela une perte de prospérité due à une crise économique aiguë et à une certaine terreur islamiste, et cela pourrait devenir féroce dans les années à venir ». 

Mais c’est Francken qui a les propos les plus surprenants sur le résultat des urnes. Pour l’ancien ministre, la défaite de Trump est « un accident de parcours, tout comme le gouvernement Vivaldi ». Un commentaire qu’il a précisé sur les réseaux sociaux. Selon lui, Trump a perdu à cause de la crise du Covid et Biden est un président de transition. « Ce que Trump fait maintenant, c’est attiser les sentiments de vengeance pour récolter des voix en 2022 et 2024. Les républicains sont furieux parce qu’ils pensent que les élections ont été volées », a-t-il argumenté. Et pour la Vivaldi, selon lui, c’est un sentiment d’injustice comparable qui grandit en Flandre depuis le gouvernement Wilmès.

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