Donald Trump: Le dangereux pouvoir d’un président qui n’a plus rien à perdre

72 jours. C'est le temps qui nous sépare de l'investiture du nouveau président des Etats-Unis Joe Biden. D'ici là, Donald Trump reste aux commandes. Ce qui laisse craindre le pire.

Donald Trump - AFP

Des milliers d’Américains ont laissé éclater leur joie et leur soulagement, après la victoire de Joe Biden samedi. « Trump, c’est fini », pouvait-on entendre à New York, Washington ou encore Philadelphie, au milieu des chants et des klaxons. Pas tout à fait. Jusqu’à ce que le vainqueur de l’élection prête serment le 20 janvier prochain, Donald Trump reste président. Le Républicain a encore plus de deux mois pour utiliser son pouvoir comme il l’entend. Et ses quatre ans à la tête des Etats-Unis ont montré qu’il était capable de tout, tant il n’a cessé de mépriser les normes et de vouloir soumettre les institutions à sa volonté.

Personne ne s’attend à ce que la période de transition entre les deux camps soit facile et pacifique. Celui qui est désormais qualifié de « canard boiteux », traduction littérale du « lame duck » – qui désigne aux Etats-Unis un président toujours en poste, alors que son successeur est déjà élu – a déjà prouvé qu’il ne quittera pas tranquillement la Maison-Blanche, en multipliant les recours en justice et en refusant de concéder sa défaite. Dans le même esprit, il pourrait bien profiter des derniers jours de sa présidence pour mettre des bâtons dans les roues de son successeur et semer le chaos. C’est en tout cas ce que craignent de nombreux spécialistes.

Vengeance ou pardon?

Durant cette période de transition, rien ne change. En conservant les rênes du pouvoir, le président sortant peut encore faire adopter des lois ou imposer son veto. Par convention, la plupart des présidents sortants ont choisi de se faire plus discrets, et donc de ne pas prendre de décision fondamentale durant cette période. Mais la discrétion n’a jamais été le fort de Donald Trump. Libéré de contraintes électorales, le milliardaire pourrait profiter des semaines à venir pour signer une rafale de décrets présidentiels et mettre une dernière fois en oeuvre son programme: détruire l’héritage de Barack Obama. Tous ces textes pourront toutefois être annulés par Joe Biden, dès sa prise de fonction. La manoeuvre est donc limitée.

Donald Trump

– AFP

Autre possibilité: la vengeance. Le futur ex-président pourrait vouloir régler ses comptes et limoger des officiels qui ont osé le contredire ces derniers mois, comme l’immunologue Anthony Fauci, à la tête de la cellule de crise chargée de la gestion de la pandémie de Covid-19 ou encore l’actuel directeur du FBI, Christopher A. Wray qui a refusé d’enquêter sur la famille Biden.

Habituellement, les présidents en fin de mandat utilisent leurs derniers mois pour gracier certaines personnes. Barack Obama se targue d’avoir été le plus généreux en la matière, avec plus de 200 peines réduites, dont celle de Chelsea Manning. Donald Trump pourrait également profiter de ce pouvoir présidentiel pour gracier ses proches empêtrés dans des affaires judiciaires. Plusieurs noms ressortent dans les médias américains, dont ceux de Michael Flynn, son ancien conseiller à la sécurité nationale, Paul Manafort, son ancien président de campagne, ou encore Steve Bannon, son ancien conseiller stratégique.

Des dégâts pour les décennies à venir

Mais ces décisions ne nuiraient pas directement ou durablement à la future administration Biden. Dans cette optique, Donald Trump pourrait détruire les documents liés au gouvernement, aux questions de sécurité nationale et à d’autres questions qui sont du ressort du président. Ce ne serait pas inédit. Après la victoire controversée de Georges W. Bush face à Al Gore en 2000, le clamp Clinton, furieux que son vice-président ait perdu l’élection après une décision de la Cour suprême concernant la Floride, a joué quelques tours de haut niveau à son successeur, par exemple en arrachant les touches « W » des claviers des ordinateurs de la Maison Blanche, en collant des tiroirs ou encore en démontant des poignées de portes.

Un graffiti de Donald Trump en tortue

– AFP

Le Républicain pourrait nommer autant de juges conservateurs que possible, comme il l’a fait tout au long de son mandat, transformant ainsi durablement le paysage judiciaire américain. Pire encore, en conservant ses prérogatives présidentielles, y compris son rôle de chef des forces armées et de l’arme nucléaire, il pourrait « mettre en danger la vie des Américains et de leurs alliés, miner la confiance dans les institutions et faire reculer la sécurité nationale pour les décennies à venir », redoute l’historienne Lindsay M. Chervinsky auprès de CNN. « Trump pourrait faire de réels dégâts pendant la transition et nous ne devrions pas ignorer ses actions, même si nous avons déjà vu un comportement similaire de sa part. »

Un scénario inattendu, mais plausible

Il existe toutefois un scénario plus positif. Selon le New York Times, Donald Trump pourrait bien se montrer « plus résilient » que ce à quoi s’attendent la plupart des observateurs, tout en continuant à jouer un rôle « disruptif » sur la scène politique américaine après avoir remis les clés de la Maison-Blanche.

D’autres encore, comme son ancien directeur de communication Anthony Scaramucci, affirment que le programme le plus probable du président en fin de mandat ressemblera à ce qu’il faisait au moment où sa défaite a été annoncée au monde entier: jouer au golf.

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