La vice-présidente Kamala Harris, le véritable espoir des démocrates

Ancienne procureure et fille d'immigrés, Kamala Harris entre dans l'Histoire en devenant la première femme à accéder à la vice-présidence des Etats-Unis. Parcours.

Kamala Harris - AFP

« Je suis peut-être la première femme à occuper ce poste, mais je ne serai pas la dernière ». C’est tout de blanc vêtue, en hommage aux suffragettes américaines, que Kamala Harris a prononcé samedi soir son premier discours en tant que future vice-présidente des Etats-Unis. Si la course à la Maison Blanche a été remportée par Joe Biden, c’est bien vers elle que les regards se tournent. Son élection est triplemement historique: celle que l’on présente comme l’« Obama au féminin » est la première femme, la personne noire et la première personne d’origine asiatique à accéder à la deuxième fonction la plus importante du pays. Une consécration pour cette Américaine de première génération, fille d’un père jamaïcain et d’une mère indienne, dont à presque chaque tournant, la carrière a brisé des barrières raciales et de genre.

Procureure de San Francisco, puis en tant que procureure générale de Californie, elle était déjà la première femme et la première personne de couleur à occuper ces fonctions. Pendant six ans, cette pionnière dirige les services judiciaires de l’Etat le plus peuplé du pays, avant de se tourner vers la politique. En 2017, la démocrate prête serment au Sénat à Washington, s’inscrivant comme seulement la seconde sénatrice noire dans l’histoire américaine. Son ascension fulgurante l’amène à se présenter deux ans plus tard aux primaires démocrates (qu’elle abandonne le 3 décembre 2019). Preuve qu’à 56 ans, cette briseuse de plafond de verre n’a pas froid aux yeux.

Kamala Harris et Joe Biden

– AFP

Un passé controversé

Cette détermination sans faille, Kamala Harris la doit à ses parents, militants des droits civiques. Mais ce caractère tenace lui a aussi valu une réputation de dure à cuire, qui aurait pu jouer en sa défaveur. À propos de son passé de procureure, les associations antiracistes lui ont reproché son laxisme face aux policiers tuant des personnes de couleur ou ses décisions de punir durement les petits délits qui ont affecté surtout les minorités. Une image qu’elle s’est efforcée d’estomper par ses interventions libérales au Sénat. «Elle est perçue par certains, surtout chez les jeunes noirs, comme faisant partie du problème, pas de la solution», mettait en garde David Barker, professeur en sciences politiques à l’American University. Malgré ces critiques, il leur semblait toutefois évident de soutenir la candidate démocrate, qui se positionne entre les ailes progressiste et modérée du parti, face à un Donald Trump qui promettait de faire régner «la loi et l’ordre» dans le pays.

Bras droit

Forte d’un parcours brillant, digne du rêve américain malgré des chapitres controversés, Kamala Harris est l’atout maître de Joe Biden, grâce à sa jeunesse, sa souplesse idéologique et son image de femme moderne – elle se présente en « Momala », fière de sa famille mixte et recomposée. Les Démocrates les plus progressistes reposent ainsi leurs espoirs sur ses épaules pour reconstruire et faire avancer le pays, certainement plus que sur celles du plus vieux président des Etats-Unis, réputé pour ses positions centristes. Désormais vice-présidente, bras droit de celui qu’elle attaquait au début de sa campagne, elle garde sans doute un œil sur la présidentielle de 2024 et l’espoir de briser l’ultime plafond de verre. Vu l’âge avancé du futur locataire de la Maison Blanche (78 ans), certains n’écartent pas l’idée de la voir promue chef d’État plus tôt encore.

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