Présidentielle américaine: Joe Biden, le vote par défaut

Le candidat démocrate ne représente pas le renouvellement auquel aspirent certains Américains. Ces derniers ont dû passer outre sa position centriste et son passé controversé pour former un front commun contre Donald Trump. Vont-ils le regretter?  

Joe Biden. - AFP

« Choisir entre la peste et le choléra. » L’analogie avait été faite en 2016, lors de l’élection opposant Donald Trump et Hillary Clinton. Elle est encore valable quatre ans plus tard, avec Joe Biden. Le démocrate modéré n’est pas le candidat révolutionnaire qu’espérait une certaine jeunesse progressiste. Réputé pour ses positions plutôt conservatrices, l’ancien vice-président, présent dans le paysage politique américain depuis près d’un demi-siècle, est un choix par dépit, dont l’unique objectif est de battre le milliardaire républicain. À force de capitaliser sur le rejet qu’inspire son adversaire, le candidat démocrate a réussi à unir son camp, sans pour autant faire oublier son passé parfois problématique.

Armes à feu, avortement, mariage homosexuel…

De notre côté de l’Atlantique, Joe Biden est davantage connu pour avoir été le bras droit de Barack Obama durant ses deux mandats que pour sa carrière en tant que sénateur pour le Delaware pendant trois décennies. C’est pourtant durant cette première vie politique que l’homme surnommé « la machine à gaffes » a pris des décisions controversées.

À commencer par son soutien appuyé à une « loi sur la criminalité » de 1994, signée par le président de l’époque Bill Clinton et jugée responsable de l’incarcération de masse aux Etats-Unis, touchant de façon disproportionnée les minorités. « Une erreur », se défend l’ex-sénateur aujourd’hui. C’est loin d’être la seule.

Dans les années 70, dans une Amérique post-ségrégation, il s’oppose à la politique gouvernementale dite de « busing », qui organise le transport en bus d’enfants noirs de quartiers défavorisés dans des écoles à majorité blanche d’un meilleur niveau pour favoriser la mixité. Quelques années plus tard, en 1986, il vote pour « The Firearm Owners Protection Act », la loi qui, selon la NRA, a sauvé les droits des armes à feu, facilitant la vente et l’achat de ces dernières. Depuis, Joe Biden a fait marche arrière. Il est désormais favorable à un contrôle renforcé de la vente des armes à feu, souhaitant rétablir l’interdiction de la vente des fusils d’assaut. Son vote pour la guerre en Irak de 2003, alors qu’il est président de la commission des Affaires étrangères du Sénat, lui attire également de vives critiques. Là encore, avec le recul, il admet aujourd’hui que c’était une « erreur ». Catholique pur et dur, il est opposé au mariage homosexuel durant ses premiers mandats avant de changer progressivement d’avis et de s’y déclarer favorable en 2012.

Manifestation contre Trump

– AFP

Pour compenser ces « erreurs » du passé, Joe Biden aime rappeler qu’il est à l’initiative d’une des premières lois sur les changements climatiques en 1986 et d’une loi pour lutter contre les violences faites aux femmes en 1994. Pourtant, à propos des droits des femmes, le vétéran de la politique n’est pas tout rose. Lui-même accusé d’agression sexuelle et de gestes inappropriés, il s’est longtemps opposé à l’usage de fonds fédéraux pour financer les avortements, sauf en cas de viol, d’inceste ou de danger pour la vie de la mère, comme le stipule l’amendement Hyde datant de 1976. En 1991, soit trois avant sa loi dont il est le plus fier, alors qu’il supervise le processus de confirmation du juge Clarence Thomas à la Cour suprême, accusé de harcèlement sexuel, le démocrate organise une audition télévisée de sa victime présumée, son ancienne assistance Anita Hill. Celle-ci sera soumise à un torrent de questions indiscrètes par un jury exclusivement masculin et blanc, qui remet en cause sa parole et sa crédibilité sans aucune retenue.  

L’Amérique selon Biden

À 77 ans, Joe Biden l’affirme lui-même, il a évolué sur un tas de sujets. Ses huit ans à la Maison Blanche, aux côtés de Barack Obama, l’ont prouvé, en partie, même s’il reste un candidat conservateur. Après quatre ans de présidence Trump, le politicien aguerri entend surtout marquer une différence, moins avec son programme qu’avec son expérience et ses qualités personnelles. Face à son adversaire qui divise, le centriste veut se poser en rassembleur empathique et rassurant. Un défi de taille dans un pays profondément polarisé. Mais les spécialistes ont déjà prévenu: la politique américaine ne changera pas fondamentalement avec lui.

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