Les élections américaines en cinq points positifs

Les résultats des élections américaines ne sont pas encore connus. En attendant, voici les bonnes nouvelles que l'on peut déjà retenir de ce scrutin historique.

Belga

Le suspense se poursuit Outre-Atlantique. Deux jours après le début du scrutin, les Américains ne savent pas encore qui sera le prochain président des Etats-Unis, ni le futur de ce pays particulièrement clivé et en proie à une forte tension. En attendant de connaître les résultats de cette course très serrée, concentrons-nous d’abord sur le positif.

Une élection historique

Jamais autant d’Américains n’avaient participé à l’élection présidentielle depuis que les femmes ont le droit de vote. 160 millions d’électeurs se sont déplacés dans les bureaux de vote ou voté par correspondance pour élire, entre autres, leur président, soit un taux de participation estimé à 66,9%, selon le « US Elections Project ». Du jamais vu. En guise de comparaison, le duel précédent entre Hillary Clinton et Donald Trump avait rassemblé 59,2% des électeurs en 2016.

Même si le décompte n’est pas encore terminé, Joe Biden a déjà recueilli plus de 70 millions de voix – contre 68 millions pour son adversaire républicain -, battant ainsi le record détenu par Barack Obama. En 2008, l’ancien président démocrate, dont le rival était John McCain, avait reçu 69.490.000 votes populaires.

Joe Biden

Joe Biden – Reuters

La diversité marque des points

Ce 3 novembre, les Américains n’étaient pas seulement appelés à voter pour leur président, mais aussi pour de nombreuses autres élections locales. L’ensemble de la Chambre des représentants et un tiers du Sénat doivent être ainsi renouvelés. Résultats: les démocrates conservent leur majorité à la première, tandis que les républicains sont bien partis pour garder le second. Dans les deux organes formant le Congrès américain, des femmes, des Afro-Américains, des Amérindiens, des Latinos et des membres de la communauté LGBTQ ont réalisé de nouvelles percées dans de nombreux Etats, avec leur lot de victoires historiques.

On retiendra notamment le Nouveau-Mexique qui a choisi un trio de femmes issues de minorités pour siéger à la Chambre des représentants: la démocrate Deb Haaland et la républicaine Yvette Herrell, deux Améridiennes, ainsi que la démocrate Teresa Leger Fernandez, d’origine latino-américaine. À New York, Ritchie Torres et Mondaire Jones ont écrit l’histoire, en devenant les premiers hommes noirs ouvertement homosexuels élus au Congrès. Dans le Missouri, la démocrate et figure du mouvement Black Lives Matter Cori Bush est, quant à elle, devenue la première femme noire à représenter cet Etat au Congrès. Quant aux États du Delaware, du Vermont et du Kansas, ils ont élu trois femmes transgenres, Sarah McBride au Sénat, ainsi que Taylor Small et Stephanie Byers à la Chambre des représentants.

À côté des ces visages qui incarnent une société américaine progressiste, d’autres victoires marquent la montée de la droite, comme celle du plus jeune Républicain jamais élu au Congrès, Madison Cawthorn. À 25 ans, paralysé à partir de la taille à la suite d’un grave accident de voiture, il se revendique trumpiste, contre l’avortement et pour le port d’armes à feu. Avec la Républicaine Marjorie Taylor Greene, adepte de QAnon, c’est le conspirationnisme décomplexé qui s’invite au Congrès.

The Squad, back in the House

Mais revenons à nos bonnes nouvelles. Alexandria Ocasio-Cortez (New York), Ilhan Omar (Minnesota), Rashida Tlaib (Michigan) et Ayanna Pressley (Massachusetts) ont toutes été réélues au Congrès. Surnommées The Squad, les quatre représentantes démocrates, non blanches et résolument à gauche, sont régulièrement la cible d’attaques du président Donald Trump et de son camp républicain. L’an dernier, le président sortant les avait incitées à « retourner dans leur pays », ravivant les tensions raciales et idéologiques aux Etats-Unis. Avec ces élections, cette « bande » risque de s’agrandir, avec de nouveaux membres potentiels tels que Cori Bush, Jamaal Bowman ou encore Mondaire Jones.

Dépénalisation des drogues et avortement

Dans certains Etats, les électeurs étaient également appelés à s’exprimer sur des sujets de société. Le premier d’entre eux étant la légalisation du cannabis à usage récréatif. Quatre Etats l’ont adopté, à savoir le New Jersey, le Montana, l’Arizona et le Dakota du Sud. Le Mississippi l’a, quant à lui, autorisé à usage thérapeutique, faisant du cannabis l’autre grand gagnant de cet Election Day.

L’Oregon est allé encore plus loin, en se prononçant en faveur d’une décriminalisation des drogues dures et pour l’usage thérapeutique de champignons hallucinogènes. Une première. Cela ne signifie pas pour autant que la drogue y est légalisée. Le but ici est de se concentrer davantage sur le traitement, plutôt que sur des sanctions pénales inefficaces dans cet Etat confronté à d’importants problèmes d’addiction. Avec cette mesure, les consommateurs pourront choisir entre payer une amende de 100 dollars ou se rendre dans de nouveaux centres de désintoxication, financés par les recettes rapportées par l’industrie du cannabis déjà légalisée en 2014 dans cet État.

En Louisiane et dans le Colorado, il était également question du droit à l’avortement, avec des résultats diamétralement opposés. Dans le premier, le droit à l’avortement et son financement ne sont pas garantis, et ce dans aucune circonstance, par la constitution de l’Etat. Dans le second, l’un de sept Etats à ne pas avoir de limites dans le temps pour autoriser un avortement, les électeurs ont décidé de ne rien changer, rejetant l’interdiction de l’IVG après 22 semaines de grossesse, à moins d’un danger immédiat pour la vie de la mère, même en cas d’inceste ou de viol.

Nouveau drapeau

En marge du scrutin présidentiel, les citoyens du Mississippi ont dit adieu à leur drapeau, qui était le dernier à arborer l’emblème de la Confédération. La décision de remplacer ce symbole des Etats du Sud, opposés à l’abolition de l’esclavage lors de la guerre de Sécession, est intervenue en 2020, soit plus de 125 ans plus tard, alors que la vague de manifestations Black Lives Matter à travers le pays a pointé le racisme systémique aux Etats-Unis, et ailleurs. Le nouveau drapeau du Mississippi, approuvé à plus de 70% des votants, est désormais rouge, jaune et bleu, avec un magnolia en son centre, la fleur et surnom de l’État, sous laquelle est inscrite la phrase iconique « In God We Trust ».

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