Attentat en Autriche: la police connaissait les motivations du tueur

Un document de la police slovaque montre que cette dernière avait alerté son homologue autrichienne que le tueur avait essayé d'acheter des munitions d'AK 47.

Vienne en deuil - Belga

Le 2 novembre, Kujtim Fejzulai, un jeune austro-macédonien de 20 ans, abattait quatre personnes en plein centre de Vienne et faisait plusieurs blessés. Un document accablant pour la police autrichienne montre que cet attentat aurait aisément pu être évité si cette dernière avait pris en compte les alertes de la police slovaque envoyées au mois de juillet et si le jeune homme, qui sortait juste de prison, avait fait l’objet d’un suivi plus rigoureux.

Le document de la police slovaque a été dévoilé par l’ancien ministre autrichien de l’Intérieur, Herbert Kickl, qui est aussi le leader du FPÖ d’extrême-droite – et semble avoir toujours des informateurs au sein de la police… Le 23 juillet, la police slovaque avertissait la police autrichienne que Kujtim Fejzulai avait essayé deux jours plus tôt d’acheter des munitions d’AK 47 dans un magasin d’armement à Bratislava, situé à moins d’une heure de route de Vienne, où il habitait.

Belga

Assaillant connu des services de police

L’assaillant était pourtant déjà connu des services de police. Il sortait alors tout juste d’une période probatoire après une condamnation à vingt-deux mois de prison pour avoir essayé de rejoindre la Syrie. « Des poursuites ont déjà été engagées contre lui en raison de sa radicalisation. C’est un intégriste et il est favorable aux idées du djihad et de l’Etat islamique », note encore la police slovaque dans le document.

Dès 2016, alors qu’il n’avait que seize ans, le tueur avait été repéré par les services de sécurité parce qu’il fréquentait une mosquée radicale et avait des relations avec des islamistes jusqu’en Suisse. En 2018, il a essayé de rejoindre l’Afghanistan, puis la Syrie, mais a été renvoyé par les autorités turques et avait alors été condamné en Autriche en avril 2019. Moins d’un an après, il était en liberté conditionnelle. Et le 2 novembre, il tuait quatre personnes de sang-froid avant d’être abattu par la police. L’Etat islamique a revendiqué l’attentat.

Belga

Echec de la déradicalisation

En Autriche, ces révélations ont créé l’effroi. Chaque instance essaie de se rejeter la responsabilité. « Il y a eu un raté dans les échanges d’information », a avoué mercredi l’actuel ministre de l’intérieur, le conservateur Karl Nehammer, affirmant que le terroriste avait « trompé » toutes les autorités, notamment l’association chargée du suivi de sa déradicalisation, Derad. Celle-ci a répondu dans un communiqué que « son accompagnateur ne l’a jamais présenté comme déradicalisé », ajoutant que « ni le service de probation, ni un programme de déradicalisation, ni la justice n’ont les capacités des unités opérationnelles des services de renseignement de mettre des téléphones sur écoute ou de suivre des personnes ».

L’Autriche, qui pensait être un des pays les plus sûrs d’Europe, est ébranlée par cet attentat. L’enquête a mené les policiers jusqu’en Suisse. Seize personnes ont été arrêtées depuis l’attaque.

Plus d'actualité