À partir de ce 4 novembre, les femmes travaillent « gratuitement »

Ce mercredi, c’est l’ « Unequal Pay Day ». Une date symbolique pour dénoncer l’écart salarial entre hommes et femmes en Europe. En Belgique, le fossé salarial tend à baisser ces dernières années. Mais la pandémie de Covid-19 a montré qu’il restait encore beaucoup à faire.

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« Merci pour votre e-mail. Je serai absente du bureau à partir de ce 4 novembre et ce, jusqu’à la fin de l’année. Tout comme Francesca, Aisha, Ingrid, Fatima et toutes mes autres collègues de sexe féminin. Si votre demande est urgente, prière de la forwarder à Alexander, Abdul, Lucas, Jin ou un autre collègue, qui eux continueront à être payé d’ici là ». Voilà le mail fictif que PES Women mettait en avant le 4 novembre 2019 pour dénoncer l’écart salarial entre hommes et femmes en Europe.

Pile un an après, cette organisation membre du Parti socialiste européen (ou PSE, à tendance social-démocrate) aurait pu recycler sa communication telle quelle, tant la situation n’a pas évolué depuis. En partenariat avec la campagne Equal Pay Day (menée par zij-kant, un mouvement féminin progressiste flamand) PES Women proclame donc ce 4 novembre 2020 l’ « Unequal Pay Day », la Journée européenne de l’inégalité salariale.

Un mois plus tôt en Belgique

En prenant en compte les 16% (sur base annuelle) qu’elles gagnent en moins par rapport aux hommes, les Européennes travailleront « gratuitement », jusqu’au 31 décembre. Autrement dit : elles mettront plus d’un an à gagner ce que leurs homologues masculins auront empoché en 365 jours.

Par rapport à la plupart de nos voisins européens, la Belgique est plutôt une bonne élève en matière d’égalité salariale. En fonction des données utilisées, l’écart chez nous serait en effet de 6, à un peu moins de 10% entre hommes et femmes. Cependant, ces dernières sont généralement majoritaires dans les emplois à temps partiel. Sans correction liée à la durée de travail, l’écart salarial serait plutôt de l’ordre de 24%, sur base des salaires annuels bruts. Avec une différence de 24%, l’Unequal Pay Day aurait en réalité dû tomber un mois plus tôt en Belgique ; non pas ce mercredi, mais bien le 6 octobre dernier.

Partager les responsabilités

Notamment parce qu’elles assument tendanciellement plus la charge du foyer, les femmes sont davantage cantonnées aux temps partiels, ce qui a un impact direct sur leur rémunération. « Trop souvent, les femmes payent le prix de la parentalité, pointe Zita Gurmai, la présidente de PES Women. Cela mène à un taux d’emploi moins importants pour elles, et impacte négativement leur indépendance financière. Les femmes, et spécialement les mères, passent moins de temps que les hommes à travailler de manière rémunérée. Par contre, elle passe beaucoup plus de temps -13 heures de plus par semaine – à du travail non rémunéré, comme des activités domestiques ou de soins. Des activités qui sont tout autant importantes pour que la société continue de tourner ».

Pour PES Women et zij-kant, de nombreuses tâches au sein de la famille et des proches incombent encore trop souvent aux femmes, alors que les hommes seraient tout à fait en mesure de les accomplir. Soulignant que les enfants sont une responsabilité à partager, les deux organisations plaident en faveur d’un droit au travail à temps plein pour les femmes, et demandent notamment des quotas pour briser le « plafond de verre », selon l’expression consacrée, et retrouver davantage de femmes aux postes de direction. Ces associations demandent enfin l’application de la loi du 22 avril 2012, qui vise à lutter contre l’écart de rémunération entre hommes et femmes. 

Le révélateur Covid

Selon la campagne Equal Pay Day, la pandémie de Covid-19 a intensifié l’inégale répartition des responsabilités au sein des ménages. Le congé parental, mis en place en Belgique pour s’occuper des plus jeunes alors que les écoles étaient fermées, a en effet été majoritairement le fait des femmes (69%, contre 31% de demandeurs masculins). Des femmes qui ont pourtant tout donné, lorsqu’elles n’étaient pas forcées de rester à la maison auprès des enfants, pour maintenir le pays à flot alors que la première vague du virus déboulait.

Elles sont surreprésentées dans nombre de professions essentielles comme les soins de santé, le commerce d’alimentation, les crèches ou le nettoyage, où les paies n’atteignent pas des sommets. Selon les chiffres de Stabel, on retrouve, très bas sur l’échelle des salaires, les crèches et les garderies (98% de femmes). La rémunération y est de 2.317 euros bruts par mois lorsqu’on y travaille à temps plein, ce qui n’est pas toujours le cas.

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