Elections USA : une conspirationniste élue à la Chambre et une transgenre au Sénat

Tandis que les résultats définitifs se font attendre, deux nouvelles élues illustrent bien la division profonde du pays, à la fois ultra-conservateur et très progressiste.

Sarah McBride, première personne transgenre élue au Sénat américain - Belga

Il s’agit de deux nouvelles élues. Et tout les sépare… L’une a 46 ans, est blonde, républicaine et est adepte de QAnon, ce mouvement conspirationniste qui prend de plus en plus d’ampleur ; l’autre a 30 ans, est brune, démocrate et est la première personne transgenre élue au Sénat américain. Elles illustrent bien la faille béante qui divise l’Amérique, à savoir deux visions du monde tellement différentes qu’elles semblent inconciliables.

 

Marjorie Taylor Greene et la théorie du complot

 

Marjorie Taylor Greene a été élue à la Chambre en Géorgie, dans le vieux Sud. C’est la première candidate adepte du mouvement QAnon à devenir représentante du peuple. Inquiétant ? Quelque peu quand on sait que QAnon est un mouvement conspirationniste qui considère très sérieusement que l’Amérique « est contrôlée secrètement par une cabale, composée d’agents de l’Etat profond (« deep State »), de pédophiles, voire de satanistes », pour reprendre l’explication du Monde. Et dans cette Amérique, Donald Trump est considéré comme l’élu de Dieu, celui qui va défier les forces du mal et guider le peuple dans le droit chemin.

 

Ce mouvement est né pendant la campagne présidentielle de 2016. Ils étaient alors une poignée qui accusaient Hillary Clinton et les élites démocrates de protéger des réseaux pédophiles. Au fil des années Trump, QAnon a grossi, allant chercher des adeptes aux quatre coins du pays (principalement dans le grand Ouest et le Sud, chez les mères de famille – la théorie n’étant pas sans lien avec une certaine idée du protestantisme et du puritanisme) via les réseaux sociaux. Plusieurs personnalités comme l’actrice Roseanne Barr ou le chantre de la théorie du grand remplacement Alex Jones ont appuyé le mouvement qui s’est structuré, devenant de plus en plus visible aux meetings de Donald Trump à tel point qu’une frange (radicale) du parti républicain a ouvertement soutenu plusieurs membres ayant des chances de remporter un siège à la Chambre ou au Sénat. Ce qui est le cas de Marjorie Taylor Greene.

 

Belga

 

Cette femme de 46 ans a embrassé les thèses de QAnon dès 2017, propageant elle-même des théories conspirationnistes et faisant des déclarations racistes et xénophobes dans des vidéos publiées sur les réseaux sociaux. C’est comme ça qu’elle s’est fait connaître. Elle expliquait notamment que QAnon était «une opportunité unique d’anéantir cette cabale mondiale de pédophiles qui vénèrent Satan».

 

S’éloignant quelque peu du mouvement pendant sa campagne, elle a cependant continué avec les déclarations chocs, invitant notamment sous une photo d’elle avec un shotgun dans les mains, «les chrétiens conservateurs à partir à l’attaque contre les socialistes qui veulent déchirer le pays». Son slogan de campagne était : « Sauvez l’Amérique. Stop au socialisme ». Elle a remporté haut la main un siège à la Chambre dans le 14e district de Géorgie.

 

Sarah McBride et les droits des LGBTQI+

 

Sarah McBride n’est pas la première personne transgenre à être élue, quelques unes ont tracé la route lors d’élections locales depuis 2016, mais c’est la première à être élue au Sénat. Elle a obtenu 86% des voix dans le Delaware, petit Etat du Nord-Est traditionnellement démocrate. Elle est la preuve que l’Amérique n’est pas seulement conservatrice, mais reste aussi une terre progressiste.

 

Originaire de Wilmington, le fief de Joe Biden, Sarah McBriden a été stagiaire à la Maison Blanche sous Barack Obama, travaillant avec Beau Biden, le fils du candidat démocrate. Elle s’est fait connaître en militant pour les droits des LGBTQI+ et en donnant un discours lors de la Convention nationale démocrate pour la campagne des droits humains, la principale organisation de défense des droits des LGBTQI+ aux Etats-Unis, dont elle est la porte-parole.

 

«Nous l’avons fait. Nous avons remporté l’élection», a-t-elle écrit sur Twitter. «J’espère que cette victoire montre à un gamin LGBTQ que notre démocratie est aussi là pour eux». Avant elle, en novembre 2017, Danica Roem était devenue la première personne transgenre à intégrer la chambre basse d’un Etat américain, en Virginie. Le Victory Fund, une organisation qui milite pour l’élection de personnes transgenres, a qualifié sa victoire de «rappel puissant que les électeurs rejettent de plus en plus la politique d’intolérance et favorisent des candidats qui se battent pour la justice et l’égalité».

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