États-Unis : la cause des femmes

L’affaire Weinstein et #MeToo sont nés en Amérique. Mais toutes les luttes ne sont pas encore gagnées. Au contraire, certains acquis se voient même menacés.

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Octobre 2017. Coup de tonnerre à Hollywood. Le producteur de cinéma américain Harvey Weinstein est accusé de harcèlement sexuel, d’agression sexuelle et de viol par une douzaine de femmes. D’autres sortent alors du silence. De nombreuses personnalités publiques sont à leur tour pointées du doigt. C’est le début du  mouvement #MeToo, qui prendra une ampleur internationale et ouvrira le débat sur les violences faites aux femmes, leur occultation, et le statut des femmes dans la société.

Avec #MeToo, la parole se libère, devient médiatique, impossible à ignorer. “Cela suffit-il? Non. Est-ce un pas important? Oui”, avance Petra Meier, politologue à l’Université d’Anvers, spécialisée dans les questions de genre. En mars dernier, Weinstein est condamné à 23 ans de prison. “Cette condamnation a envoyé un message fort. Les gens se disent que ça vaut la peine de parler. C’est ce qui importe quand on sait que tant les plaintes que les poursuites et les condamnations sont rares. Mais j’hésite à dire que ça va rendre justice à tout le monde et sur le plan individuel. L’élan sociétal demeure une victoire, mais il faut rester modeste quant à ce que ça apporte pour les victimes.

Depuis 2017, certains États ont adopté des lois pour protéger les victimes d’accords de non-divulgation, des fonds de soutien financier et institutionnel ont vu le jour, plusieurs entreprises ont adopté des codes de conduite et des chartes de travail… La preuve que #MeToo n’était pas qu’une goutte d’eau dans l’océan. “Sur les questions de genre, les Américains sont plus éveillés que nous, constate Sarah Sepulchre, professeur de communication à l’UCLouvain. Pour différentes raisons, cela fait des années qu’ils sont davantage dans la contestation. Il y a une plus grande conscientisation des publics. C’est quand même aux USA qu’il y a eu les plus grandes marches”, rappelle-t-elle, faisant référence à la Marche des femmes, dont la première, en janvier 2017, avait rassemblé plusieurs centaines de milliers de personnes militant pour les droits des femmes dans plusieurs villes du pays.

Come-back misogyne

Car si le mouvement a trouvé rapidement écho chez nous, il a mis plus longtemps à atterrir. “Il a fallu attendre 2020 pour remettre en cause les César. Dans le théâtre, les choses commencent seulement à bouger, et on doit encore justifier le fait que ça a un intérêt de questionner la représentation des femmes. Il nous faut plus de temps pour enclencher les choses.” Mais tout n’est pas si rose au pays de la liberté individuelle. “La société américaine est profondément inégalitaire, rappelle Petra Meier. En Europe, et surtout en Belgique, nous avons un État providence qu’ils n’ont pas. En matière de protection de la femme, de licenciement abusif en cas de grossesse par exemple, de congés de maternité payés, de droit de pouvoir allaiter… Nous allons bien plus loin dans l’égalité.

Quand on élit pour président quelqu’un qui dit pouvoir faire “tout ce qu’il veut avec les femmes, notamment les attraper par la chatte”, on se dit que le combat pour le respect de l’intégrité corporelle, des droits et de la représentation des femmes est encore loin d’être gagné. Mais si #MeToo a pu éclater et des avancées concrètes être observées sous l’ère d’un président misogyne, la nomination de juges conservateurs à la Cour suprême a mis à mal ces victoires: Brett Kavanaugh en 2018 – accusé d’agression sexuelle – et Amy Coney Barrett, aujourd’hui tous deux “pro-armes” et “pro-vie”.

La Cour suprême a le pouvoir de changer certains droits. Or, en ce moment, on constate la montée d’une droite conservatrice. Elle défend des valeurs très traditionnelles et veut mettre un terme à des acquis de la deuxième vague féministe, dont ceux qui touchent à l’autonomie du corps”, explique la politologue.

Le droit à l’avortement, déjà interdit dans plusieurs États, est régulièrement remis en cause. Mais cette menace couve aussi sur l’Europe et ses gouvernements de plus en plus à droite. “Il est vain de penser que l’égalité des genres est une évolution naturelle. Mais que ça ne progresse plus ou que cela régresse, c’est le vrai danger.” Chez nous, il y a un an, Sophie Wilmès devenait la première femme Première ministre de Belgique. Aux USA, il y a quatre ans, Hillary Clinton avait mordu la poussière. “Les USA n’étaient visiblement pas prêts pour une femme présidente. Aujourd’hui, ils ne le sont pas davantage.”

 

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