États-Unis: un président à Noël?

L’inquiétude grimpe. Après une année 2020 chaotique, le scrutin pourra-t-il livrer un vainqueur incontestable dans  des délais raisonnables? Rien n’est moins sûr.

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Tous les indicateurs démocratiques de la fin de l’ère Trump sont au vert: les sondages, repensés et plus précis qu’en 2016, donnent Joe Biden vainqueur. Autre paramètre intéressant, le vote anticipé, historiquement favorable aux démocrates, a été plébiscité. Plus de 33 millions d’électeurs ont déjà déposé ou envoyé par la poste leur bulletin, pour éviter les files en période d’épidémie. Record absolu. En 2016, à la même époque, ils n’étaient que 5 millions.

Mais Donald Trump prépare ses arrières, comme le pointe Serge Jaumain, professeur d’histoire contemporaine à l’ULB et spécialiste de la politique américaine. “Il a tout intérêt à garder sa place à la Maison Blanche. Pour le prestige, mais surtout pour le préserver des nombreux procès qui l’attendent à la sortie, notamment en termes de fraude fiscale”. Résultat, Donald Trump a décidé de jouer la carte du déni. La situation semble surréaliste, et pourtant le candidat républicain à la présidentielle américaine a annoncé lors d’un meeting en Ohio: “J’accepterai totalement les résultats de cette grande et historique élection présidentielle… si je gagne”.

Sinon? L’actuel président américain n’a pas laissé de place au doute. Lors du premier débat face à Joe Biden, il a fustigé une nouvelle fois le vote par correspondance, accusant le système de faciliter la fraude. Ce qui est totalement faux. “C’est un système qui est bien rodé. Il n’y a aucun fondement à ces accusations, au contraire, les contrôles des votes par correspondance sont très stricts: les tricheries n’existent pas. Par exemple, si une signature ne correspond pas exactement à celle répertoriée dans les registres, le bulletin est annulé. Sur un milliard de votes analysés ces 20 dernières années, une enquête prouve qu’on arrive à 30 bulletins frauduleux. Autant dire rien.”

Les États décident qui vote

D’autres méthodes ont également été mises en place pour barrer les votes démocrates. Rappelons que les Américains n’ont pas automatiquement, au contraire des Belges, une carte d’identité. Pour voter, il faut donc par exemple avoir un permis de conduire. “Ce qui, évidemment, défavorise les populations les plus pauvres, qui n’ont pas la possibilité de passer leur permis. Chaque État a ses règles et une autre technique utilisée au Texas consiste à permettre aux détenteurs d’un permis de port d’arme de l’utiliser pour voter. Mais les universitaires ne peuvent pas utiliser leur carte d’étudiant… Ce sont les États qui choisissent qui vote. J’exagère en disant cela, mais à peine.

Certains États ont également décidé de modifier les frontières des districts électoraux de façon à diluer le vote des électeurs du parti opposé. “Ça s’appelle le Gerrymandering, du nom du gouverneur du Massachusetts, Elbridge Gerry, qui l’a créé en 1812. Il s’agit d’un découpage électoral partisan. Les républicains l’utilisent beaucoup, surtout quand ils sont au pouvoir des fameux “Swing States”.

La violence en embuscade

Il y a également un grand risque de ne pas avoir le résultat des élections dès le lendemain du       3 novembre. Les règles électorales variant d’un État à l’autre, les votes par correspondance ne seront pas traités de la même manière partout. Certains sont dépouillés avant le scrutin, d’autres vont attendre le jour J. Comptabiliser l’entièreté des votes prendra un certain temps. 24 heures? Une semaine? Personne ne le sait encore. “La question à mille euros, c’est de savoir ce que vont donner les résultats dans les urnes traditionnelles.

La tactique de Donald Trump sera donc de contester le résultat des élections si celles-ci le donnent perdant. Ce qui équivaut à une déclaration de guerre: il essaiera de rejeter tout résultat négatif dans les tribunaux, le Congrès ou les rues. Il a d’ailleurs explicitement déclaré qu’en cas de défaite, la Cour suprême – où il s’est hâté de cimenter une majorité conservatrice en nommant la juge Amy Coney Barrett suite au décès de Ruth Badger Ginsburg – devrait “examiner les bulletins de vote”.

“Il y a deux choses importantes à retenir: la première, c’est qu’il n’a jamais accepté de dire qu’il reconnaîtrait les résultats des urnes, ce qui est sidérant dans un système démocratique. La deuxième, c’est qu’il a demandé aux associations d’extrême droite qui le soutiennent de “se tenir prêtes”. Tout cela à une époque où les États-Unis sont plus divisés que jamais”, clôture Serge Jaumain. Il risque donc bien d’y avoir des affrontements et de la violence. Ce qui sera favorable à Donald Trump: plus il y aura de heurts, plus il pourra se positionner comme le garant de l’ordre

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