Terrorisme: La France prise pour cible

Trois personnes ont été tuées ce jeudi à la basilique Notre-Dame de Nice. Il s'agit du troisième attentat en un mois en France.

Devant la basilique Notre-Dame de Nice, le 29 octobre - Reuters

La France est à nouveau frappée par l’horreur, un mois après l’attaque près des anciens locaux de « Charlie Hebdo » à Paris et deux semaines seulement après l’assassinat de Samuel Paty. Alors que le pays se préparait à un nouveau confinement, une « attaque terroriste islamiste », selon les mots d’Emmanuel Macron, a visé jeudi la basilique Notre-Dame à Nice, faisant trois morts.

Les victimes sont une dame âgée de 60 ans que l’agresseur a tenté de décapiter à l’intérieur du bâtiment, le sacristain de l’église, un laïc d’environ 45 ans, père de deux filles, ainsi qu’une mère de famille d’une quarantaine d’années, réfugiée dans un café en face de l’édifice, où elle a succombé à ses blessures quelques minutes plus tard.

L’auteur présumé des coups de couteaux mortels, blessé par balle et transporté à l’hôpital, a rapidement été interpellé par la police. Il s’agit d’un Tunisien de 21 ans arrivé en France le 9 octobre après avoir débarqué sur l’île italienne de Lampedusa le 20 septembre, a précisé jeudi soir Jean-François Ricard, le procureur antiterroriste chargé de l’enquête. Son pronostic vital « reste engagé », a-t-il ajouté. La Tunisie, qui a condamné fermement l’attaque, a également annoncé l’ouverture d’une enquête sur cet homme, inconnu des services de renseignement français et italiens.

Macron ne cédera pas

« C’est la France qui est attaquée », a réagi depuis Nice le président français. « Si nous sommes attaqués, une fois encore, c’est pour les valeurs qui sont les nôtres, pour notre goût de la liberté, pour cette possibilité sur notre sol de croire librement et de ne céder à aucun esprit de terreur », a poursuivi Emmanuel Macron qui a défendu les caricatures du prophète de l’islam Mahomet, après la décapitation du professeur français, provoquant la colère du président turc Recep Tayyip Erdogan et d’autres pays musulmans. « Je le dis avec beaucoup de clarté, nous ne céderons rien », a insisté le chef d’Etat français.

Macron à Nice suite à l'attaque terroriste

Macron devant la basilique Notre-Dame de Nice, le 29 octobre – Reuters

Le Premier ministre français Jean Castex a, quant à lui, assuré que « la réponse du gouvernement sera ferme, implacable et immédiate ». Le plan Vigipirate est porté au niveau « urgence attentat » sur l’ensemble du territoire national, a-t-il également annoncé.

Lyon, Jeddah… et Avignon

Quasiment au même moment, à Lyon, un Afghan en tenue traditionnelle, armé d’un couteau et considéré comme menaçant, a été interpellé. L’homme de 26 ans « portait un couteau de 30 centimètres et semblait prête à passer à l’acte », a indiqué Pierre Oliver, le maire du 2e arrondissement de la ville. Déjà « signalé aux services de renseignement », il a été placé en garde à vue pour « port d’arme prohibé et menaces avec arme ». Il devrait subir une expertise psychiatrique.

Toujours jeudi, en Arabie Saoudite, un individu a été arrêté après avoir blessé avec un couteau un vigile du consulat français à Jeddah. « L’assaillant a été appréhendé par les forces de l’ordre saoudiennes immédiatement après l’attaque. Nous appelons nos compatriotes en Arabie saoudite à faire preuve d’une vigilance maximale », a écrit l’ambassade française dans un communiqué.

Quelques heures après le terrible attentat à Nice, une autre attaque a eu lieu à Avignon. Si les premières rumeurs de la journée ont fait état d’un autre attentat islamiste, il n’en est rien. La France a peut-être même échappé à une riposte de l’extrême droite. Vers 11h15, dans le quartier de Montfavet, un homme se revendiquant du groupe d’extrême droite Génération identitaire a été abattu par la police, après avoir menacé un commerçant maghrébin, puis les forces de l’ordre, avec une arme de poing.

Dilemme

En pleine deuxième vague de l’épidémie de Covid-19, ces attaques représentent un sérieux défi pour Emmanuel Macron. Début octobre, le président français avait présenté son plan contre « l’islamisme radical » et le séparatisme, notamment en contrôlant le financement des mosquées et en dissolvant des organisations accusées de fomenter le radicalisme et la violence. Cette lutte est délicate, tant elle risque d’enflammer une situation déjà bien tendue. Depuis 2015, la France subit une vague d’attentats sans précédent qui a fait 260 morts. Mais en normalisant le discours de l’extrême droite, Macron risque également de nourrir encore un peu plus les amalgames entre l’islam et le terrorisme, avec les dommages que l’on connaît déjà aujourd’hui: une diffusion virale de la haine.

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