Paula White, la vraie Première dame?

Elle fait même peur aux évangéliques conservateurs du sud des États-Unis. A la tête d'un réseau tentaculaire, la conseillère spirituelle du président Trump est aussi sa meilleure arme de séduction massive. Portrait.

Paula White @BelgaImage

C’est elle qui aurait (re)donné la foi et son salut à Donald Trump. Après avoir vécu, dit-elle, une expérience visionnaire lui intimant l’ordre de prêcher l’Évangile dans le monde entier lorsqu’elle avait 18 ans. C’est surtout elle qui a, en partie du moins, permis à Donald Trump d’être élu 45e président des États-Unis en 2016. Les évangéliques blancs l’ayant plébiscité à 81%. Mais qui est Paula White-Cain, la conseillère spirituelle personnelle du milliardaire? Née dans le Mississippi, cette blonde platine de 54 ans aux tailleurs rouge écarlate est un pur produit de l’évangélisme américain.

Ou plutôt de l’évangélisme capitaliste américain. Néocharismatique, une branche ultra conservatrice des évangéliques, Paula White est le fer de lance de la théologie de la prospérité, un sulfureux courant qui appelle ses fidèles à enrichir leurs pasteurs. Avec la promesse, bien entendu, d’une rétribution divine ultérieure. Chaque semaine, la grande prophétesse demande donc à ses disciples de lui envoyer de l’argent. Sommes que la loi américaine exempte de toutes taxes.

Lamborghini et jet privé

Et ça marche. Millionnaire, mariée à trois reprises, cette télévangéliste star a sa propre émission de télévision – Paula Today –, vit dans un immense ranch en Floride, roule en Lamborghini et voyage en jet privé. Un train de vie qui a déjà suscité les foudres des enquêteurs du Sénat américain. Et un profil qui ne pouvait que coller à celui du magnat de l’immobilier. «Trump est un candidat non conventionnel qui prétend ne pas faire partie de l’establishment politique, remarque André Gagné, professeur au département d’études théologiques de l’université de Concordia (Québec, Canada) et auteur du formidable livre-enquête Ces évangéliques derrière Trump (Editions Labor et Fides). Il en va de même pour Paula White-Cain. De nombreux chrétiens orthodoxes, y compris des baptistes du sud des États-Unis, la considèrent comme une hérétique, un charlatan, et sont choqués de voir cette femme aussi proche du pouvoir.»

Un euphémisme. Si le président et la conseillère spirituelle se connaissent depuis longtemps, leur relation prend du galon en 2015. Le 28 septembre de cette année, Paula White-Cain organise une réunion privée à la Trump Tower avec des dirigeants évangéliques d’allégeances et d’ethnies variées – dont les télévangélistes Gloria et Kenneth Copeland ou le pasteur Robert Jeffress – et réalise le tour de force de les rallier à sa cause et à celle du candidat républicain à la présidence. C’est le début de sa carrière politico-religieuse. A la cérémonie d’investiture du président Donald Trump en janvier 2017, elle est la première femme à prononcer une prière d’invocation lors de cette intronisation.

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Peine de mort, créationnisme et hégémonie chrétienne  

Le républicain lui offre un bureau à la Maison-Blanche. «White-Cain est le lien incontournable entre Trump et les évangéliques», constate encore André Gagné. A la tête de l’initiative Faith and Opportunity (foi et opportunité), qui assure la communication du président américain avec les différentes communautés religieuses, elle dirige aussi le très puissant réseau de prière One Voice Prayer Movement (OVPM), le bras politique de ces évangéliques. Ce réseau a pour mission d’énoncer d’une «seule voix» («one voice») les «enjeux nationaux qui importent à Dieu aux États-Unis».

Comprenez: interdiction de l’avortement, retour de la peine de mort dans tous les États, enseignement du créationnisme, prière obligatoire dans les écoles ou opposition aux droits des personnes LGBTQ+. Bref, que «la volonté divine soit faite sur la terre comme au ciel» ainsi que le martèlent ces évangéliques ultra. Le but ultime étant d’établir une hégémonie chrétienne aux États-Unis. «Avec White-Cain à la tête d’OVPM, ces charismatiques ont une occasion sans pareil. Ils ont réussi à déployer un réseau au cœur du pouvoir américain, jusque dans la Maison-Blanche, ce qui leur permet de peser comme jamais auparavant sur les politiques mises en œuvre par un président», poursuit ce professeur de théologie.  

Forces démoniaques

Selon ce réseau de prière infiltré à la Maison-Blanche, la société séculière et le président Trump seraient sous l’emprise de forces démoniaques et auraient besoin d’en être délivrée. Voilà pourquoi ces charismatiques adoptent un langage de «combat spirituel». Le 18 juin 2019, lors du lancement de la campagne de réélection de Donald Trump au Amway Center d’Orlando en Floride, relate encore André Gagné dans son livre, Paula White-Cain, devant une foule de 20.000 personnes, s’engage alors dans une prière de combat spirituel face à ces «forces démoniaques».

En voici de courts extraits: «Père, tu as élevé le président Trump pour un temps tel que celui-ci. Tu es un Dieu qui révèle les secrets. Alors révèle les choses profondes et secrètes au président Trump. (…) Maintenant, que chaque réseau démoniaque aligné contre les objectifs et contre l’appel du président Trump soit brisé et détruit dans le nom de Jésus! Que le conseil des méchants soit anéanti maintenant, selon Job, chapitre 12, verset 17. Je déclare que le président Trump surmontera toutes les stratégies de l’enfer, et chaque stratégie de l’ennemi, chaque stratégie, et il accomplira sa vocation et sa destinée. (…) Que le conseil secret de la méchanceté se change en folie maintenant.»

Entre les lignes, Paula White-Cain vise le «deep state» ou «l’État profond» (cible également des complotistes américains de QAnon), soit tous les acteurs juridiques ou politiques, républicains comme démocrates, qui nuisent à Donald Trump et à ses supporters. Un subtil glissement du discours religieux au politique que ne renierait pas le magnat de l’immobilier dont c’est également la coutume. Lors de ce premier mandat de Trump à la Maison-Blanche, la sulfureuse prédicatrice et son réseau influent ont réussi à mettre les pieds dans la porte du Bureau ovale. Sachant que l’évangélisme est la religion qui affiche aujourd’hui la plus grosse progression dans le monde, on imagine déjà son influence sur un hypothétique second round.

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