La pénurie de soignants met sous tension les hôpitaux

Avec la hausse constante des admissions, la situation est de plus en plus tendue dans les centres hospitaliers. Ceux-ci sont confrontés à un taux d’absentéisme grandissant au sein du personnel soignant, fatigué, malade ou en quarantaine.

©BELGAIMAGE-169403994

421 nouvelles admissions « Covid » ces dernières 24 heures : ce n’est pas un record, mais presque. Il faut en effet retourner mi-avril pour retrouver autant de nouvelles hospitalisations en Belgique. Entre le 15 et le 21 octobre, le nombre d’admissions a presque doublé (+88%), avec une moyenne de 319,1 admissions par jour. Le Hainaut, lui, a battu « ses » chiffres de la première vague, avec 97 admissions en un jour dans la province.

La situation épidémiologique se détériore, alors que dans le même temps, une partie des troupes manque à l’appel dans les hôpitaux. « Nous aurons bientôt davantage de patients que lors de la première vague, mais nous avons moins de personnel pour s’en occuper : ça ne va pas tenir » alertait en début de semaine dans La Libre Stephan Mercier, président de la fédération hospitalière Unessa et administrateur délégué du groupe Jolimont. Selon les données fournies au quotidien, le taux d’absentéisme varierait entre 15 et 30% au sein d’Unessa. Dans certains autres hôpitaux, il serait de 20%. Et aux Cliniques Saint-Luc (Bruxelles), de 6%, soit plus que les moyennes habituellement observées.

Plus de cas et moins de bras

La cause de ces carences ? Un personnel soignant fatigué après une première vague qui a laissé les équipes rincées, des reports de congés, des malades (Covid ou autre)… L’augmentation du nombre de tests par rapport au printemps joue également un rôle. Qui dit plus de testing dit plus de cas positifs, et donc plus de mises en quarantaine.

Difficile, dans ces conditions de faire autant avec moins. Débordés, plusieurs hôpitaux en province de Liège ont dû transférer des patients de l’autre côté de la frontière linguistique, à Hasselt, Tirlemont, Tongres ou Louvain. Le CHR de la Citadelle s’est résolu à lancer un appel au volontariat pour assurer en urgence des tâches administratives ou logistiques. Un peu partout, les déprogrammations d’interventions et de consultations considérées comme non urgentes se multiplient.

Et de nombreux soignants ont été réaffectés en unités Covid. « La semaine passée, nous avons procédé à un tirage au sort de médecins dans les autres services pour pouvoir prêter main forte dans les unités Covid. Ce sont des médecins qui sont sortis du cadre de leur spécialité pour participer à l’effort », racontait à Bel RTL le docteur Manfredi Ventura, directeur médical du Grand Hôpital de Charleroi.

Exode luxembourgeois

Aux carences ponctuelles causées par le Covid-19 viennent s’ajouter la pénurie structurelle de soignants en Belgique (l’Association belge des praticiens de l’art infirmier estime à 5.000 le nombre de postes à pourvoir) et le sous-financement qui mine les soins de santé depuis belle lurette. Début juin, le secteur avait fini par arracher un plan de 600 millions d’euros, qui, ajoutés aux 400 millions du fond blouse blanche, promettait une revalorisation des barèmes, une amélioration des conditions de travail et donc un remède aux problèmes de recrutement. Mais implémenter tout cela prend du temps. Il ne faudrait ainsi pas compter avec les nouveaux barèmes avant juillet 2021, a estimé dans La Libre Nathalie Lionnet, secrétaire fédérale du Setca non marchand.

Voilà qui, à court terme, ne devrait pas modifier l’exode massif du personnel infirmier actif en province du Luxembourg vers le Grand-Duché. Un exode d’autant plus difficile à concevoir alors que les hôpitaux belges manquent de bras face au Covid, mais qui s’explique par la politique salariale beaucoup plus attractive pratiquée chez nos voisins luxembourgeois. « Le phénomène s’est amplifié ces 3 à 4 dernières années. La crise du coronavirus n’a toutefois pas engendré de nouvelle recrudescence des départs. De début mars à juin, on a même constaté un ralentissement dû aux restrictions en matière de mobilité » a expliqué à Belga Bénédicte Leroy, directrice du département infirmier de l’intercommunale de soins de santé Vivalia. En 2020, Vivalia a enregistré 25 départs vers le Grand-Duché. Et 50 en 2019, soit l’équivalent de trois unités de soins à l’hôpital d’Arlon.

Plus d'actualité