Dans les maisons de repos, la crainte d’un reconfinement

En quelques jours seulement, le nombre d’infections au Covid-19 a fait un bond de 58% dans les établissements flamands. En Wallonie et à Bruxelles aussi, la vigilance est de mise.

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C’était un peu l’épidémie dans l’épidémie. Si mi-avril, la courbe des décès commençait à se stabiliser dans les hôpitaux, elle était encore loin d’avoir stoppé son ascension dans les maisons de repos. On le sait depuis, celles-ci ont payé le plus lourd tribut : fin août, une étude conjointe de l’ULB et de la VUB montrait que deux tiers des 9.878 personnes alors décédées du Covid-19 en Belgique étaient résidentes d’une maison de repos. Voilà pourquoi la situation y est scrutée presque en temps réel, alors que l’épidémie s’emballe à nouveau.

Vendredi, le virologue Steven Van Gucht se montrait plutôt rassurant, et estimait en conférence de presse que les centres de soins résidentiels résistaient bien à la multiplication du nombre de cas. En l’espace de quelques jours, le nombre d’infections suspectes en Flandre a depuis augmenté de 51% et les cas confirmés de 58%. Plus globalement, on observe depuis trois semaines environ une tendance à la hausse des décès en maisons de repos. La moyenne quotidienne sur les 7 derniers jours a en effet grimpé de 100% par rapport à la précédente période, passant de 3,7 à 7,4 décès en moyenne par jour.

« Pas la même déferlante »

Pour l’heure, la situation reste sous contrôle. Si un établissement n’est pas l’autre et que le nombre de clusters (foyers d’infections) continuent de monter, la proportion de maisons de repos dans lesquelles au moins dix résidents sont atteints est encore très très faible : 1,7% en Flandre, 2% en Wallonie et 3,8% à Bruxelles, selon les chiffres avancés vendredi par Yves Van Laethem. « Heureusement donc, la majorité des maisons du repos du pays restent sans cas Covid prouvé », s’est même réjoui le porte-parole interfédéral. Comme à Bruxelles, dans le home Albert Latour de Schaerbeek.

Tout en redoutant une deuxième vague, Pascale Wauters, la directrice de l’établissement, se sent mieux armée: « Malheureusement, on sait à quoi s’attendre, on a fait l’expérience du virus. S’il doit y avoir une deuxième vague chez nous, ça ne devrait pas être la même déferlante qu’en mars ». Quid des masques, des blouses et autres matériels indispensables, qui avaient cruellement manqué ? « On a constitué des réserves, on a du stock. Je touche du bois, il ne devrait pas y avoir de problème de ce côté-là ».

Concernant les visites des proches et les sorties aussi, les maisons de repos se sont adaptées à la vie au temps du Covid. Les sorties des résidents ont été limitées ou interdites, les visites extrêmement encadrées. Et des conventions avec les hôpitaux ou les laboratoires ont été passées. De quoi limiter au maximum les problèmes d’approvisionnements en respirateurs, les délais infernaux avant de recevoir le résultat du testing, ou le refus de la prise en charge des patients au niveau hospitalier.

L’ombre d’un nouveau confinement

« On a été positivement surpris lors de notre dernière campagne de tests. Au mois d’août, la sérologie a montré que 50% des résidents avaient développé des anticorps au Covid-19. Bien sûr, on n’est pas encore très sûr de combien de temps l’immunité dure, ni la quantité d’anticorps nécessaire, mais au moins, c’est déjà ça de pris ». Du coup, ce qui inquiète avant tout Pascale Wauters dans le regain de l’épidémie, ce sont les conséquences d’un nouvel confinement. « Le pire, ça serait de revivre ce qu’on a vécu en mars-avril, avec des résidents qui n’ont pas quitté leur chambre pendant de longues semaines, sans aucune visite. Leur moral a baissé, certains se sont laissés aller. Mais bon, si cela se justifie sur le plan épidémiologique, il faudra bien passer par un reconfinement. On s’y prépare en tout cas ».

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