Les nouvelles règles du débat présidentiel agacent Trump

J-14 avant la présidentielle américaine. Entre le dernier débat qui change ses règles et les sondages qui donnent Joe Biden vainqueur, Donald Trump est sur la défensive. Mais le président sortant n'a pas perdu toutes ses chances. Loin de là.

Joe Biden et Donald Trump lors du premier débat présidentiel - Reuters

Cette fois, ce ne sera pas chaotique. C’est en tout cas ce qu’espère la commission chargée d’organiser les débats présidentiels depuis 1988. Pour éviter la cacophonie qui a régné lors du premier duel télévisé entre les deux candidats à l’élection américaine, elle a adapté les règles. Lors du prochain et dernier face-à-face, les micros de Donald Trump et de Joe Biden seront partiellement coupés au début de chaque question, lorsqu’ils n’auront pas la parole. Le but étant de permettre à chacun d’entre eux de disposer de deux minutes ininterrompues, afin qu’ils puissent développer leur opinion et présenter leur programme. Passé ce laps de temps, les micros seront à nouveau ouverts pour le reste du segment de 15 minutes. Les candidats pourront alors échanger et s’interpeller mutuellement sur les six sujets qui seront abordés, à savoir le coronavirus, la famille, la question raciale, le changement climatique, la sécurité nationale et le leadership.

« C’est le souhait de la commission que les candidats soient respectueux de leur temps de parole respectif, ce qui fera progresser le débat public au bénéfice des spectateurs », a indiqué la commission sur les débats présidentiels, consciente que les équipes de campagne des candidats risquent de ne pas être « totalement satisfaites » de ce choix de procédure. Et c’est peu de le dire.

Trump crie à l’injustice

L’équipe de Donald Trump s’est opposée à ce changement, allant même jusqu’à envoyer à l’organisme indépendant une lettre dans laquelle elle qualifie de « totalement inacceptable » pour « une personne anonyme » de couper un microphone, rapporte le New York Times. À bord d’Air Force One, le président sortant a également jugé cette décision « très injuste », lui qui avait interrompu 71 fois son rival démocrate (contre 22 fois pour Joe Biden) lors du premier débat, selon le décompte d’Axios. Au point que l’ancien vice-président de Barack Obama avait fini par lancer un mémorable « Tu vas la fermer, mec?! »

Son directeur de campagne Bill Stepien a, lui aussi, dénoncé cette nouvelle règle, accusant la commission, pourtant non-partisane, de défendre le candidat démocrate. « Le président Trump est désireux de débattre avec Joe Biden, quels que soient les changements de dernière minute décidés par une commission partiale, dans une ultime tentative de fournir un avantage à son candidat favori », a-t-il réagi dans un communiqué. Plus tôt dans la journée, Bill Stepien avait affirmé que les organisateurs avaient « promis » que le prochain débat porterait notamment sur la politique étrangère. Une fausse déclaration, selon la commission, rappelant que les sujets étaient sélectionnés par la modératrice, Kristen Welker. Donald Trump n’apprécie d’ailleurs que très peu cette journaliste de NBC News et correspondante à la Maison Blanche. « Elle a toujours été lamentable et partiale, comme tous les journalistes des fake news », a-t-il tweeté, car ses parents ont fait des dons à certains politiciens démocrates, dont Joe Biden.

En retard, mais confiant

Après l’annulation du deuxième duel télévisé, tenu finalement à distance en raison de la contamination de Donald Trump au Covid-19, le débat prévu ce jeudi 22 octobre sera le dernier avant le scrutin du 3 novembre. Une dernière chance pour le candidat républicain pour rattraper son retard dans les sondages? À deux semaines des élections, Joe Biden devance son rival de neuf points au niveau national. Les Démocrates peinent toutefois à s’en réjouir, craignant de voir le scénario de 2016 se répéter.

Malgré son retard dans les intentions de vote, Donald Trump affiche quant à lui sa confiance et son optimisme. « Les sondages se sont trompés la dernière fois et ils se trompent encore plus cette fois », martèle-t-il. « La course est plus serrée » qu’annoncé, a assuré lundi son équipe de campagne. Pour espérer obtenir les 270 voix du collège électoral, synonyme de second mandat, il lui est impératif de conserver les Etats stratégiques de Floride, de l’Ohio et de Géorgie, ainsi que l’Iowa. En plus des bastions républicains du Midwest et du sud des Etats-Unis, le président sortant mise également sur l’Arizona, la Caroline du Nord, la Pennsylvanie et le Nevada, dans lesquels il est distancé par Joe Biden sans que son retard ne semble insurmontable. Tout n’est donc pas perdu pour Donald Trump.

Un vote anticipé sans précédent

Une inconnue brouille toutefois les lignes: l’impact de la pandémie. Pour éviter de devoir se rendre dans un bureau de vote le 3 novembre prochain, près de 30 millions d’Américains ont déjà voté de manière anticipée. Un record, qui représente également déjà plus de 20% de la participation de 2016. Bête noire du Républicain, qui l’accuse de faciliter la fraude électorale, ce système devrait, selon les analystes, profiter au candidat démocrate, même si le doute persiste. En tête du vote par correspondance se trouve le Texas, Etat traditionnellement conservateur particulièrement scruté cette année puisque les multiples sondages pointent vers un résultat serré. La perspective d’une victoire démocrate n’y est plus impossible. Ce qui offrirait à Joe Biden trois des Etats les plus peuplés du pays, et donc ceux possédant le plus de grands électeurs. Mais rien n’est encore gagné.

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