Biden mène mais rien n’est joué

À un mois des élections américaines, le candidat démocrate bénéficie toujours d’une large avance au niveau national. Mais à l’échelle des États, où se joue réellement l'élection, l'issue du scrutin est encore incertaine.

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Les mois se succèdent et se ressemblent dans les sondages. Depuis la victoire de Joe Biden aux primaires démocrates, celui-ci jouit d’une avance d’environ sept à neuf points sur Donald Trump chez l’ensemble des Américains. En 2016, Hillary Clinton n’a pu connaître une telle popularité qu’épisodiquement, pas de manière aussi constante. A priori, les chances du vice-président d’Obama de l’emporter dans un mois sont donc bonnes. Mais dans les faits, c’est beaucoup plus compliqué.

À première vue, de bonnes chances de ne pas avoir un 2016 bis

Car ce qui compte aux États-Unis, ce n’est pas le vote populaire national mais les grands électeurs obtenus par États. Il y a quatre ans, Hillary Clinton avait d’ailleurs remporté le plus de votes avec 48,2% contre 46,1% pour Donald Trump, mais elle n’avait eu que 227 grands électeurs contre 304 pour son opposant républicain. Ce dernier était arrivé légèrement en tête dans quelques États clés (les fameux «swing states») comme la Floride (+1,2% des votes par rapport à Hillary Clinton), la Pennsylvanie (+0,72%) ou le Michigan (+0,23%), remportant ainsi tous les grands électeurs de ces États peuplés selon la formule du «winner takes all» («le gagnant prend tout»). Résultat: Donald Trump est devenu président des États-Unis.
Cette année, si Joe Biden veut l’emporter, il faut impérativement qu’il évite de ne pas être assez populaire dans les swing states qui oscillent entre les camps démocrate et républicain.

Pour l’instant, les sondages sont encourageants à cet égard. Ils lui donnent une avance d’au moins 5% sur Donald Trump dans assez d’États pour obtenir 279 grands électeurs. Puisqu’il en faut 270 pour gagner, il en aurait déjà assez pour devenir le prochain président. Et c’est sans compter plusieurs États où il a une avance de moins de 5% sur Donald Trump comme la Floride et l’Arizona. Selon le site RealClearPolitics qui agrège les sondages, si on prend en compte même ses plus petites avances, Joe Biden peut prétendre à 375 grands électeurs, contre 163 pour Donald Trump.

Des sondages capricieux qui réduisent les certitudes

L’élection étant organisée dans même pas un mois, on pourrait se dire que l’affaire est pliée. Mais ce serait oublier qu’en 2016, le consensus plaçait Hillary Clinton dans la même position, à quelques détails près. Sous-estimant le profil particulier de l’électorat de Donald Trump, presque tous les sondages, sauf ceux du Los Angeles Times, se sont royalement plantés. Est-ce que Joe Biden risque de connaître le même sort? C’est la crainte de ce dernier. Mais vu le choc qu’a représenté 2016, on peut s’attendre à ce que les instituts de sondage américains fassent plus attention en 2020 à ne pas répéter leur erreur, ce qui les décrédibiliserait définitivement.

Dans le doute, on peut toujours analyser ces données de manière prudente, en regardant la base solide de Joe Biden. Il est quasiment certain qu’il remportera les bastions démocrates de la côte ouest et du Nord-Est. On peut aussi raisonnablement penser qu’il gagnera ailleurs, là où il a plus de 10% d’avance: dans l’Illinois, le Nouveau-Mexique et le Colorado. Cela lui donne déjà un bon socle de 199 grands électeurs (dans les États apparaissant dans la carte ci-dessous en bleu ou bleu foncé). Perdre ne serait-ce qu’un de ces États serait un véritable séisme puisque même Hillary Clinton les a tous acquis à sa cause. Sans ce scénario catastrophe, il faudrait 71 autres grands électeurs pour que Joe Biden l’emporte.

Les Grands Lacs dans l’œil du cyclone

C’est là que les choses deviennent vraiment sérieuses. Car si on se méfie des sondages ou si sa popularité s’effondre, on peut avoir un doute sur les capacités de Biden à acquérir les États où il a aujourd’hui entre 5% et 10% d’avance sur Donald Trump (ceux représentés en bleu clair dans la carte ci-dessous). Au total, cela représente 80 grands électeurs. Mais parmi ce groupe, le danger est variable pour le démocrate. En Virginie et dans le New Hampshire, Joe Biden peut être plus tranquille. Ces États ont déjà rejoint Hillary Clinton et il touche du doigt les 10% d’avance. Le Nevada avait fait de même en 2016, même si là, Joe Biden ne mène que de 5%.


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Mais s’il y a bien une région à surveiller le 3 novembre prochain, c’est celle des Grands Lacs. Tous les autres États affichant un net penchant pour Joe Biden se trouvent dans cette partie de l’Amérique, à savoir le Minnesota (+9% d’avance sur Donald Trump), le Wisconsin (entre +5,5% et 7%), le Michigan (environ +5,5%) et la Pennsylvanie (+5.5%). L’enjeu est capital parce que ces États sont assez peuplés et donc riches en grands électeurs. Si Joe Biden les remporte tous, il est pour ainsi dire assuré de vaincre Donald Trump. Pas étonnant de ce fait de voir le démocrate faire campagne dans le Michigan ce vendredi. Son adversaire républicain avait lui prévu de faire escale dans le Wisconsin ce samedi, avant d’être contaminé par le coronavirus. Les Grands Lacs sont donc la grande bataille de 2020.

Dans l’hypothèse où Joe Biden perdrait ne serait-ce qu’un de ces États, il n’aurait pas le choix: il faudrait impérativement trouver des grands électeurs ailleurs, à un endroit où il ne mène qu’avec moins de 5% dans les sondages. La plus importante prise serait alors la Floride et ses 29 grands électeurs. Avec elle, il pourrait par exemple se permettre de perdre le Wisconsin, le Minnesota et le Nevada en même temps. Les autres grosses bouées de sauvetage seraient l’Ohio (18 grands électeurs), la Géorgie (15) et la Caroline du Nord (15). Mais, d’une part, cela ne suffirait pas à combler la perte de la Pennsylvanie (20) voire du Michigan (16). Et d’autre part, l’avance de Biden y est minime, voire quasi inexistante. Il aurait a priori plus de chances de l’emporter dans un dernier État: l’Arizona (environ 3-4% d’avance et 11 grands électeurs). Cela lui permettrait de remplacer le Wisconsin, le Minnesota ou le Nevada (séparés cette fois). Ce serait l’ultime planche de salut de Joe Biden pour ne pas voir Donald Trump rempiler pour un second mandat. Seul un petit miracle dans un des deux États où Trump ne mène que légèrement dans les sondages pourrait sauver la mise, c’est-à-dire dans l’Iowa (6 grands électeurs) voire le sacro-saint Texas (38), qui a toujours voté républicain depuis 1980.

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