Trump hospitalisé: Une opportunité pour Biden?

À un mois de la présidentielle américaine, Donald Trump, testé positif au Covid-19, a été admis à l'hôpital. Avec quelles conséquences sur la campagne?

Donald Trump se rend à l'hôpital militaire Walter Reed, le 2 octobre - AFP

Coup de théâtre dans la campagne présidentielle américaine. Donald Trump, qui n’a cessé de minimiser la pandémie et multiplié les rassemblements souvent au mépris des règles sanitaires, a contracté le virus. Sans un mot et masqué, le président américain a quitté la Maison-Blanche vendredi pour rejoindre l’hôpital Walter Reed, dans la banlieue de Washington, officiellement « pour quelques jours » et « par mesure d’extrême précaution ».

Il est difficile de connaître l’état de santé réel de Donald Trump, tant le président a toujours été très discret sur son dossier médical. Mais son âge (74 ans) et son obésité le rendent a priori  vulnérable au coronavirus. Dans une courte vidéo enregistrée avant son départ, le président a tenté de rassurer. « Je pense que je vais très bien, mais nous allons nous assurer que les choses se passent bien », a déclaré le Républicain, qui continuera à exercer ses fonctions depuis les bureaux présidentiels de l’hôpital militaire.

Meetings annulés

À 30 jours de l’élection, cette annonce bouleverse totalement la campagne présidentielle. Les prochains meetings de campagne ont été annulés, comme ceux prévus vendredi en Floride et samedi dans le Wisconsin, soit deux des Etats décisifs qui feront pencher la balance dans un sens ou dans l’autre le 3 novembre prochain. Nul ne sait quand le candidat républicain pourra les reprendre, ni même s’il pourra participer au prochain débat prévu avec son adversaire démocrate Joe Biden, le 15 octobre.

Dans l’immédiat, le président sortant peut compter sur son bras droit, Mike Pence, testé négatif vendredi matin, pour continuer à faire campagne et rattraper son retard dans les sondages. Certains événements pourraient également se tenir de manière virtuelle, à défaut de pouvoir se déplacer, a annoncé vendredi le responsable de la campagne Trump, Bill Stepien, lui aussi testé positif.

Joe Biden

Moqué par Donald Trump pour sa prudence face au Covid-19, Joe Biden a été testé négatif et poursuit sa campagne. Son équipe a cependant retiré les publicités négatives visant le président. – AFP

Malgré ces solutions, on peut toutefois affirmer que le Covid-19 réduit temporairement – et pour une durée incertaine – la marge de manoeuvre du candidat. Ce qui inquiète fortement le camp républicain. Et si Donald Trump était incapable de participer à l’élection?

Elections reportées?

À un mois de la date fatidique, plusieurs scénarios peuvent être évoqués, si son état de santé venait à se dégrader, voire si la maladie lui était fatale comme plus de 200.000 autres Américains.

Tout d’abord, il est fort peu probable que l’élection soit reportée ou annulée. Le processus électoral est lancé, plus de deux millions de citoyens ont déjà voté, rien ne semble pouvoir l’arrêter. Selon la loi américaine, les élections ont toujours lieu le premier mardi après le premier lundi de novembre, et ce tous les quatre ans. Il faudrait un acte du Congrès, c’est-à-dire approuvé par la Chambre dominée par les Démocrates et le Sénat dominé par les Républicains, pour changer cette date.

Pire scénario

En cas de « destitution, décès ou démission », le célèbre 25e amendement de la Constitution américaine prévoit qu’un président en exercice sera remplacé par son vice-président. Ce texte donne aussi la possibilité au président de renoncer lui-même à ses pouvoirs qu’il estime qu’il est dans l’incapacité de les exercer. Dans l’histoire politique récente, deux présidents américains, Ronald Reagan et Georges W. Bush, ont déjà eu recours à cette disposition pour des raisons médicales, mais jamais aussi proche d’une élection.

Mike Pence et Donald Trump Donald Trump et son vice-président, Mike Pence – AFP

En théorie, Mike Pence devrait donc succéder à Donald Trump. Mais en pratique, aussi proche de l’élection, c’est bien plus compliqué. Le processus électoral étant déjà lancé, les Américains devraient choisir entre Trump et Biden, même si l’un d’eux venait à décéder avant le 3 novembre. Si ce drame se produisait après l’élection, mais avant l’investiture le 20 janvier, c’est le vice-président qui deviendrait président, selon le 20e amendement de la Constitution. Mais la question de savoir qui serait déclaré « président élu » impliquerait des discussions et probablement des batailles au niveau de l’État, du parti, du collège électoral et des tribunaux, plongeant le pays dans une crise politique sans précédent.

Ce n’est pas spécialement une mauvaise nouvelle

Ne parlons pas de malheur tout de suite. Même si Joe Biden, testé négatif vendredi, a l’avantage désormais de pouvoir se déplacer pour faire campagne, l’hospitalisation de Donald Trump pourrait également lui être bénéfique, entraînant effectivement un vent de sympathie en sa faveur. Cette hypothèse a été déjà observée au Royaume-Uni, lorsque, après avoir contracté le coronavirus, le Premier ministre Boris Johnson a vu sa cote de popularité grimper à la fin de sa convalescence, passant de 44% à 66%. D’autres, par contre, pourraient profiter de l’occasion pour lui reprocher sa mauvaise gestion de la crise sanitaire.

L’effet sur le vote du 3 novembre prochain est encore difficile à prévoir. Une troisième et dernière possibilité serait que la maladie de Donald Trump n’aurait aucun influence sur les intentions de vote, tant les positions sont rigides entre les démocrates et les républicains.

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