Pourquoi les projets agricoles de Colruyt inquiètent

Le groupe Colruyt a récemment annoncé son intention d'acheter des terres agricoles afin d'assurer une partie de l'approvisionnement de son réseau de distribution en produits locaux. Une menace pour l'autonomie des fermes, selon le secteur agricole.

- Belga

« Après avoir affaibli les agriculteurs et les agricultrices, les acteurs de la grande distribution voudraient maintenant les remplacer et les utiliser à leur service. » Les mots de la Fédération unie de groupements d’Éleveurs et d’Agriculteurs (FUGEA) sont forts, mais révélateurs de l’inquiétude que soulèvent les projets agricoles de Colruyt. Le groupe a récemment lancé Agripartners, une nouvelle société d’exploitation via laquelle il souhaite acheter des terres agricoles et charger les agriculteurs d’y cultiver des fruits et légumes pour son compte. Pour Colruyt, c’est une manière de garantir des produits locaux dans ses rayons « grâce à la coopération avec les agriculteurs locaux ». Pour le secteur, c’est une nouvelle perte d’autonomie pour les agriculteurs.

Un retour au Moyen-Âge

« Derrière cette communication peaufinée et ces objectifs à priori louables se cachent en réalité une mainmise dangereuse d’un groupe sur l’agriculteur dépourvu de toute autonomie décisionnelle sur la ferme », dénonce la FUGEA dans un communiqué, pointant des « pratiques d’un autre âge » qui « nous feraient presque penser au servage féodal ». Même inquiétude du côté de la Fédération wallonne de l’Agriculture, pour qui le modèle suggéré par Colruyt est en opposition avec le modèle d’agriculture familiale ancré en Belgique. Avec son projet d’achat de terres agricoles, l’enseigne se réserve, selon la Fédération, « le droit d’imposer à l’agriculteur exploitant les terres ses choix, tant de la nature de la production que du mode de production ». Les deux représentants agricoles rappellent que le bail à ferme, définissant la relation entre propriétaire et locataire, garantit pourtant la liberté de culture pour l’agriculteur.

Ce cas de figure n’a rien d’exceptionnel. Cela fait plusieurs années que le monde agricole dénonce une pression croissante de la grande distribution, et par conséquent aussi des consommateurs, évoquant une filière qui fonctionne désormais, non plus de la fourche à la fourchette, mais bien de la fourchette à la fourche.

Vers une augmentation des prix?

Surpris par ces réactions, le groupe Colruyt a assuré vouloir sécuriser ces terres à des fins agricoles, répétant son intention de collaborer avec des agriculteurs indépendants qu’ils considèrent plutôt comme des partenaires. Sans pour autant vouloir communiquer ses objectifs en termes de production et de surfaces achetées. Ce qui lève un autre vent de méfiance. Alors qu’il est déjà difficile voire impossible pour des jeunes agriculteurs de se lancer ou de reprendre l’exploitation familiale, l’arrivée sur le marché « d’acteurs aussi puissants que ladite enseigne risque fortement d’accroître encore davantage ce phénomène », redoute la FUGEA.  

« En menaçant l’autonomie des fermes, la question du prix juste et de l’accès à la terre, le modèle proposé par le groupe et sa société d’exploitation Agripartners, ne constitue pas une réponse aux enjeux d’une transition agricole favorable aux acteurs du secteur agricole et à l’environnement », dénonce la Fédération. Après tant d’années de prix non-rémunérateurs appliqués par la grande distribution à l’égard des producteurs et des productrices, le dialogue s’annonce difficile entre les deux parties.

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