Les Belges ont-ils téléchargé l’application Coronalert ?

Beau démarrage pour l'application Coronalert. L'outil qui vise à endiguer la propagation du coronavirus a été téléchargé plus de 400.000 fois, 24 heures après son lancement. Mais comment fonctionne-t-il?

L'application Coronalert, disponible depuis le 30 septembre. - BELGA

On a bien cru qu’elle ne verrait jamais le jour. Plusieurs mois après son annonce, l’application de traçage, développée par les autorités belges pour lutter contre la propagation du coronavirus, est enfin disponible. Un jour après son lancement, le compteur affichait déjà 403.600 téléchargements. Un démarrage encourageant. À l’échelle du pays, cela représente 3,7% de la population. Soit le même pourcentage que nos voisins français, qui ont lancé leur application StopCovid… en juin.     

Il reste toutefois du chemin à parcourir. Sur le plateau de la RTBF, le professeur en cybersécurité à l’UCLouvain et co-concepteur de Coronalert Axel Legay a estimé que la première étape sera d’atteindre 15% d’adhésion de la population. Nous n’y sommes pas encore.

Qu’est-ce que c’est?

Son principe est plutôt simple: permettre à une personne testée positive d’alerter automatiquement tous les utilisateurs avec lesquels elle a eu un « contact prolongé » récemment, à moins d’un mètre et durant plus de quinze minutes, afin que ces derniers se fassent tester à leur tour et qu’ils redoublent de prudence pour ne pas contaminer d’autres personnes.

L'application Coronalert

– BELGA

La protection de la vie privée

Envisagée comme un complément important à la stratégie de suivi de contacts déjà mise en place, Coronalert soulève depuis le début de la crise de nombreux fantasmes, interrogations et craintes, notamment sur le respect de la vie privée et la cybersécurité.

Puisque le défi principal autour de cette app consiste à gagner la confiance de la population, les autorités tentent de rassurer les citoyens: cette technologie est « sûre » et « strictement anonyme ». Pour sécuriser les données privées, Coronalert vous « anonymise » grâce à un « crypto-identifiant », soit une série de caractères aléatoires composées de lettres et de chiffres régénérée régulièrement. Ce sont ces codes invisibles et stockés pendant maximum 14 jours que s’échangent deux smartphones, via Bluetooth, dès lors qu’ils sont à proximité pendant plus de quinze minutes. À l’opposé d’applications comme Facebook ou Instagram, celle-ci ne sait donc pas qui vous êtes, ni où vous êtes. Si un des contacts se révèle positif, tous les utilisateurs avec lesquels il a échangé un code dans les deux semaines précédentes sont alertés, sans connaître la personne à l’origine de cette alerte. À l’inverse, si vous déclarez vous-même être positif, vous ne saurez pas qui est alerté.

Anonyme? Oui et non

Concernant ce test positif, chaque personne peut accepter – sans obligation – de partager cette information dans l’application. Ceci étant dit, cette partie pourrait rebuter certains car elle n’est pas totalement anonyme. En effet, le médecin chez qui la personne se fait tester doit indiquer un code aléatoire généré par l’application, qu’il transmet ensuite à Sciensano, en même temps que le numéro de portable et le numéro de registre national du patient. Ce qui permettra à Sciensano de communiquer le résultat du test par l’application et d’informer, si le test est positif et si le patient l’autorise, les contacts de ce dernier, toujours de manière anonyme. Tant que le test est négatif et que la personne a simplement téléchargé l’application, aucune donnée n’est envoyée.

Avec ces données, l’Institut de santé publique pourrait dès lors savoir qui utilise Coronalert ou non. Axel Legay rassure que ces informations personnelles sont nécessaires pour éviter de fausses déclarations. Et seulement ça. Sciensano ne pouvant en aucun cas céder ces données à une entreprise privée ou les utiliser à d’autres fins que celles visant à lutter contre la pandémie.

Plusieurs spécialistes des droits humains ont toutefois émis des doutes, craignant que ces données personnelles soient utilisées pour contrôler les quarantaines et sanctionner celles et ceux qui ne les respectent pas. Sur le plateau de la RTBF, Axel Legay a rappelé que des sanctions sont prévues en cas de non-respect de la quarantaine, « mais cela n’a rien à voir avec l’application », soulignant que ce suivi numérique fonctionne grâce à un système décentralisé et sur base volontaire. À vous donc d’en juger.

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