Albert et Delphine: Retour sur une longue et douloureuse saga

Ce jeudi, Delphine Boël a été officiellement reconnue princesse de Belgique, fille légitime d'Albert II. Cette reconnaissance met fin à un combat judiciaire qui a secoué la royauté belge durant plus de sept ans.

Delphine Boël, en décembre 2019 - BELGA PHOTO DIRK WAEM

Nous sommes en octobre 1999. La publication d’un livre sur la reine Paolo provoque une tempête médiatique: le jeune auteur Mario Danneels y fait allusion à une relation extra-conjugale du prince Albert dans les années 60, de laquelle serait née une fille. Son nom? Delphine Boël. À Londres, où elle vit avec sa mère la baronne Sybille de Sélys Longchamps depuis son enfance, l’artiste, âgée alors de 31 ans, voit sa vie basculer de l’anonymat à la lumière. Dans un premier temps, elle est enthousiaste à l’idée de « ne plus devoir vivre dans le secret », mais déchante rapidement face « aux inconvénients de la situation ». « Je ne suis pas devenue célèbre parce que j’étais une star de la musique pop. Je suis devenue célèbre parce que j’étais en quelque sorte le linge sale du roi Albert II », expliqua-t-elle plus tard, lors d’une exposition de ses oeuvres à Knokke.

Une lutte juridique datant de 2013

Pendant ce temps-là, le roi nie en bloc. Après une tentative de conciliation qui échoue, Delphine Boël veut rétablir la vérité et entame une double procédure judiciaire en 2013: en contestation de paternité, contre Jacques Boël, et en reconnaissance de paternité, envers Albert II. Une longue bataille juridique semble engagée. Dans l’intervalle, la presse multiplie les révélations. Quatre ans plus tard, en première instance, le tribunal juge que Jacques Boël est bien le père légal de Delphine, compte tenu du fait qu’ils se sont comportés en père et fille durant des années. Mais en appel, la Cour décrète au contraire, en octobre 2018, qu’il n’est pas le père de Delphine – test ADN à l’appui – et qu’Albert doit soumettre à une analyse génétique. Ce que l’ancien souverain refuse catégoriquement. Ses avocats introduisent un pourvoi en cassation en février.

Delphine Boël

Delphine Boël pose à côté de ses oeuvres, lors d’une exposition à Knokke – BELGA PHOTO JAMES ARTHUR GEKIERE

Un test ADN tant attendu

Contraint et forcé, Albert II se soumet finalement au test ADN le 28 mai 2019. Le 13 décembre, la Cour de Cassation rejette les derniers pourvois du roi. Les résultats, qui devaient rester confidentiels jusqu’à la fin de la procédure en cassation, peuvent enfin être dévoilés. Le 27 janvier 2020, le roi l’annonce lui-même: il est bien le père biologique de Delphine Boël. Dans son communiqué, sa majesté affirme avoir décidé « de mettre un terme dans l’honneur et la dignité à cette procédure pénible », et regrette qu’elle n’ait « pas respecté la vie privée des parties ». Pour Delphine Boël, c’est un « soulagement », même si « rien ne pansera » sa « blessure affective ».  

Delphine de Saxe-Cobourg-Gotha

Dernière étape dans sa quête de vérité et de reconnaissance: être une enfant légitime, au même titre que les autres. Pour cela, une dernière audience devant la cour d’appel de Bruxelles a eu lieu le 10 septembre dernier. Après sept années de bataille judiciaire, le verdict est tombé ce jeudi. Delphine Boël est officiellement princesse de Belgique. À 52 ans, l’artiste change donc de nom et s’appelle désormais Delphine de Saxe-Cobourg-Gotha.

« Elle se réjouit de cette décision de justice qui met fin à une longue procédure particulièrement douloureuse pour elle et sa famille », ont réagi ses avocats. « Une victoire judiciaire ne remplacera jamais l’amour d’un père mais offre un sentiment de justice, renforcé encore par le fait que nombre d’enfants qui ont traversé les mêmes épreuves pourront y trouver la force de les affronter. » Les enfants de l’artiste, Joséphine et Oscar, deviennent, eux aussi, princesse et prince de Belgique. Leur patronyme sera précédé de SAR ou « Son Altesse Royale ». Bien qu’elle cherchait avant tout « une reconnaissance affective », Delphine pourra bénéficier d’une partie de l’héritage de son père. En revanche, elle ne pourra pas recevoir d’argent de l’Etat ou entrer dans l’ordre de succession. La fille légitime d’Albert II s’exprimera sur cette longue affaire, en présence de ses avocats, ce lundi 5 octobre.

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