Pénurie des enseignants : selon l’OCDE, la situation s’est aggravée en Belgique

Le dernier rapport Pisa, publié ce mardi, souligne une fois de plus le problème chronique dont souffre notre système éducatif. En 2018, près de la moitié des directeurs d’écoles pointaient un déficit de profs dans leur établissement.

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C’est un peu le bulletin des bulletins. Tous les trois ans, l’Organisation pour la coopération et le développement (OCDE) mesure dans son enquête internationale Pisa les « performances » des systèmes éducatifs. Les résultats de Pisa 2018, publiés l’an dernier, ont confirmé une tendance déjà constatée en 2015 : la baisse du niveau de lecture en Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB). Avec un score moyen de 481, les élèves francophones se classaient sous la moyenne OCDE (487) et loin derrière la Communauté Flamande (502).

En plus de tester les compétences de lecture, l’OCDE remet chaque année des rapports complémentaires. Le volume V de l’enquête internationale 2018 est sorti ce mardi. Le rapport, intitulé « Politiques efficaces et écoles à succès » s’intéresse notamment à la question de l’école numérique. Ses résultats montrent que la Belgique a encore du travail en la matière : en 2018, seuls 47% (soit moins que la moyenne OCDE) des élèves belges avaient accès à une plateforme d’apprentissage en ligne à l’école.

Plus que la moyenne de l’OCDE

Le rapport met également en exergue le déficit d’enseignants dans notre pays (sans pour autant livrer de données distinctes pour la Flandre et pour la FWB). Près de la moitié (43,5%) des directeurs d’école en Belgique faisaient état d’un manque de profs dans leur établissement en 2018, contre 29,3% en moyenne dans l’OCDE. La situation semble donc se dégrader, puisqu’en 2015, ce chiffre était de 33,9%. Toujours selon les données de l’OCDE, un quart des directeurs d’école en Belgique estimaient que 25% de leurs enseignants n’étaient pas assez qualifiés pour leur poste. Ces données, même si elles gagneraient à être ventilées entre les différentes Communautés du pays, viennent renforcer un constat : le manque chronique de profs chez nous.

En février dernier, la Fédération des associations de parents de l’enseignement officiel (Fapeo) sondait 500 familles. Verdict ? 4 familles sur 10 indiquaient que leur enfant ratait entre 3 et 5 heures de cours/semaine. Pour 1 sur 10, c’était plus de 6 heures par semaine. Ce qui, calculait la Fapeo, représentait 192 heures de cours en moins sur l’ensemble de l’année scolaire. Pour la Fapeo, le principal facteur explicatif était, outre « les raisons organisationnelles », la pénurie d’enseignants.

Favoriser la mobilité des profs ?

Le peu d’attractivité du métier, notamment en matière salariale, est généralement évoqué pour expliquer le déficit de profs. En juin, la Fondation pour l’enseignement plaidait ainsi pour renforcer l’attractivité de la carrière d’enseignant, afin de lui « rendre ses lettres de noblesses ». Mais dans une carte blanche récente, plusieurs sociologues et spécialistes en sciences de l’éducation affirmaient au contraire que « la pénurie serait moins causée par un déficit massif de candidats que par un (trop) grand nombre d’enseignants sortant précocement du métier. Ils sont poussés vers la sortie par des conditions d’emploi et de travail souvent peu enviables en début de carrière, et par une régulation du marché de l’emploi qui les encourage peu à la mobilité entre écoles, du fait que l’avancement dans la carrière se joue à l’ancienneté acquise dans le périmètre des pouvoirs organisateurs ».

Et les signataires d’avancer des solutions, passant certes par une « amélioration des conditions statutaires des enseignants débutants », mais aussi par « l’assouplissement des frontières des sous-marchés du travail enseignant », afin de favoriser « la mobilité [des profs NDLR] entre pouvoirs organisateurs et entre réseaux ».

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