La longue et pénible route vers le gouvernement De Croo

Ca y est ! Seize mois après les élections, la Belgique a un nouveau gouvernement. Retour sur un an et demi de vide politique.

Magnette et De Croo, les chefs d'orchestre de la Vivaldi - Belga

Dieu que le chemin fut long ! Semé d’embûches, de décisions, de contre-décisions et de retours sur décisions. Après seize mois de négociations et une pandémie, le gouvernement De Croo I s’apprête pourtant à voir le jour. Comment en est-on arrivé là ?

26 mai 2019. Aux urnes, citoyens ! La Belgique est appelée à voter pour renouveler le Parlement fédéral, mais aussi aux Régions et aux Européennes. A la fin de la journée, c’est la débandade. Les grands vainqueurs, au nord du pays, sont le Vlaams Belang qui remporte 18 sièges et la N-VA qui, même en perte de vitesse, reste le plus grand parti du pays avec 24 sièges. Au sud, ce sont les Verts qui se détachent, doublant quasiment leur score de 2014 avec 13 sièges. Ajouté aux 8 sièges de Groen, les Verts deviennent la quatrième couleur politique du Royaume. Le PS, malgré l’offensive du PTB (12 sièges) reste le premier parti en Wallonie avec 19 sièges. En résumé, la Flandre vote de plus en plus à droite et la Wallonie-Bruxelles de plus en plus à gauche. Allez former un gouvernement après ça !

30 mai 2019. Le Roi envoie en mission Didier Reynders (MR) et Johan Vande Lanotte pour débroussailler le chemin. Parlez d’un honneur ! Elio Di Rupo (PS) a déjà affirmé qu’il ne gouvernerait pas avec la N-VA qui lui rend bien. Le MR ne veut pas du PTB et personne ne veut du Vlaams Belang. Durant tout l’été et jusqu’au 7 octobre, le duo ne cessera d’affirmer qu’il est nécessaire que le PS et la N-VA s’entendent. Tout en considérant que de ce côté, c’est vraiment pas gagné.

20 juin 2019. Les nouveaux parlementaires prêtent serment. Le gouvernement Michel II, en affaires courantes depuis le départ de la N-VA fin 2018, est désormais ultra-minoritaire : 38 sièges à la Chambre sur 150 députés. Allez gouverner avec ça ! D’autant plus que le Premier est appelé à diriger le Conseil européen à partir de décembre. Il serait effectivement temps de former un gouvernement…

18 juillet 2019. Le gouvernement bruxellois est formé. Voyez que c’est pas si compliqué !

21 juillet 2019. Le jour de la Fête nationale, Elio, grand prince, annonce qu’il est prêt à discuter avec la N-VA ! Mais l’est-il vraiment ?

13 septembre 2019. Le gouvernement wallon est formé avec Elio Di Rupo à sa tête et une coalition PS-MR-Ecolo. Paul Magnette devient l’homme fort du PS.

2 octobre 2019. Accord est trouvé pour former un gouvernement flamand autour d’une coalition N-VA-Open VLD-CD&V.

8 octobre 2019. Suite au rapport Reynders-Vande Lanotte, le Roi demande à Geert Bourgeois et Rudy Demotte de préparer le terrain pour que PS et N-VA se parlent enfin ! Le rapport arrivera en décembre. Malgré quelques tentatives, le dialogue entre les deux formations est impossible.

27 octobre 2019. Charles Michel part à l’Europe et laisse sa chaise à Sophie Wilmès qui devient, sans l’avoir demandé, la première Première ministre belge de l’Histoire. Mais savait-elle alors ce qui allait l’attendre?…

5 novembre 2019. Paul Magnette est nommé informateur par le Roi. Le nouveau président du PS favorise une solution sans la N-VA. Il avance vers une coalition arc-en-ciel (socialistes, libéraux, écolos) ou Vivaldi (avec les chrétiens-démocrates), fait des avancées, mais voilà, la N-VA est offusquée ! Si bien que le CD&V, pas trop rassuré de ses chances sans la N-VA, l’est aussi. Les deux tirent à boulets rouges sur l’Open VLD, leur partenaire à la Région flamande, qu’ils considèrent comme coupables de haute trahison ! L’arc-en-ciel est en berne, Magnette jette l’éponge le 9 décembre.

10 décembre 2019. Enter Gloub! Georges-Louis Bouchez, tout fraîchement élu à la tête du MR et Joachim Coens, de même au CD&V, prennent le relais et tentent la Vivaldi (une arc-en-ciel avec les chrétiens-démocrates, donc). La réforme de l’Etat n’est plus un tabou, les choses avancent, et puis, finalement, non. Au CD&V, c’est jamais sans la N-VA. C’est comme ça.

31 janvier 2020. Le Roi appelle Koen Geens (CD&V) à la rescousse. Lequel relance l’idée d’une entente PS/N-VA. Il semblerait que Koen Geens soit resté endormi pendant six mois. Une mission morte dans l’oeuf.

17 février 2019. On repart de zéro avec le duo libéral Dewael-Laruelle qui rend visite à tous les partis disposés à monter au Fédéral. Las !, ça discute entre nouveaux présidents de partis, mais rien ne bouge vraiment. Alors, le mouvement viendra d’ailleurs, d’un virus nommé SARS-CoV-2.

16 mars 2020. La Belgique n’a pas de gouvernement mais elle est sur le pied de guerre. L’épidémie est sur nos terres, le gouvernement Wilmès qui ne devait faire que passer obtient des pouvoirs spéciaux pour faire face au virus et protéger les citoyens devant une menace invisible, mais qui se fait durement sentir. Pendant ce temps, la politique politicarde est rangée au placard…

20 juillet 2020. Cette fois, ça suffit. Le Roi force les sieurs Magnette et De Wever à s’entendre et former un gouvernement. Y en a marre ! Et le miracle fut… Enfin presque. Un accord PS/N-VA était bien sur les rails, mais cette fois, ce sont les libéraux qui disent pas question. Georges-Louis Bouchez devient la nouvelle tête de turc de Bart De Wever.

17 août 2020. La balle est donc dans le camp des libéraux et du président du VLD Egbert Lachaert qui reprend l’idée de la Vivaldi. Cette fois, le CD&V est prêt à lâcher la N-VA (l’affaire Chovanec est passée par là). Au loin, on voit poindre un filet de lumière…

23 septembre 2020. Même si Georges-Louis Bouchez semble passablement énerver les autres (et tente le coup de bluff pour essayer de garder le poste de Premier), la Vivaldi se met en place. Le binôme Magnette-De Croo est appelé à former un gouvernement. L’objectif de cette mission est que le prochain Premier ministre puisse prononcer son discours de politique générale le 1er octobre suivant. Mercredi 30 septembre, alléluia, la lumière fut ! La Vivaldi résonne, Alexander De Croo est son Premier ministre.

Avec ça, on a perdu le compte, mais il semblerait bien que notre beau pays ait battu son propre record du monde du nombre de jours sans gouvernement de plein exercice (si on ne prend pas en  compte les pouvoirs spéciaux alloués au gouvernement Wilmès). Belgium, 10 points !

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