Qui est Amy Coney Barrett, l’anti-RBG?

Pro-armes et pro-life, la juge conservatrice Amy Coney Barrett, nommée par Donald Trump, est aux antipodes de celle qu'elle est appelée à remplacer à la Cour Suprême, Ruth Bader Ginsburg. Portrait.

Amy Coney Barrett deviendra à son entrée en fonction la plus jeune juge de la Cour suprême - AFP

« Je la garde en réserve pour Ginsburg », avait prévenu Donald Trump en 2019. Plus d’un an plus tard, le président américain a tenu sa promesse. Pour sa troisième nomination à la plus haute instance juridique du pays, son choix s’est porté sur Amy Coney Barrett afin de succéder à l’icône féministe Ruth Bader Ginsburg, dans un climat de vives tensions à six semaines de l’élection présidentielle. « Ce soir, j’ai l’honneur de nommer l’une des juristes les plus brillantes et les plus douées du pays à la Cour suprême », a déclaré samedi le locataire de la Maison Blanche, louant le profil de cette juge conservatrice, opposée au droit à l’avortement et au mariage homosexuel.

Vision originaliste du droit

Professeure de droit reconnue à l’université catholique Notre-Dame dans l’Indiana, où elle a étudié et exercé durant quinze ans, Amy Coney Barrett, déjà surnommée ACB, a également travaillé pour l’ancien juge conservateur de la Cour suprême Antonin Scalia – prédécesseur de Brett Kavanaugh, lui aussi nommé par Donald Trump -, avec qui elle partageait une vision « originaliste » du droit. Celle-ci impose de lire la Constitution comme elle a été pensée lors de son écriture, plutôt que de se baser sur des jurisprudences. À 48 ans, sa seule faiblesse tient à sa courte expérience en tant que juge fédérale: elle siège à la Cour d’appel des États-Unis pour le septième circuit depuis seulement 2017, nommée cette fois encore par Donald Trump.

Donald Trump et Amy Coney Barrett

Si la nomination d’Amy Coney Barrett est confirmée, six des neuf juges de la Cour Suprême seront catholiques, alors que cette communauté ne représente qu’un cinquième des Américains. – AFP

La Servante Écarlate

Peu importe, ce qui intéresse le Républicain, c’est son image de conservatrice afin de galvaniser son électorat religieux. Mère de sept enfants, cette fervente catholique est membre d’un groupe religieux controversé, People of Praise, tout droit sorti de la série The Handmaid’s Tale. Dans cette communauté fondée en 1971 à South Bend, berceau de l’université catholique Notre-Dame, les époux appelés « chefs » ont autorité sur leurs femmes, et les femmes célibataires sont guidées par d’autres femmes leaders, appelées les « servantes » jusqu’en 2018. Comparé parfois à une secte, le groupe pratique la glossolalie, le fait de prier à haute voix en psalmodiant de manière incompréhensible et chaque membre doit faire don de 5% de ses revenus à la communauté.

Opposée à l’avortement et à l’Obamacare

Ses intenses convictions religieuses inquiètent les démocrates. « Le dogme religieux vit bruyamment en vous », avait déjà déclaré la sénatrice démocrate Dianne Feinstein en 2017 à propos d’Amy Coney Barrett, lors de sa confirmation comme juge à la cour d’appel, faisant d’elle une icône pour la droite religieuse. Pour se défendre, la magistrate avait assuré faire la distinction entre sa foi et « ses responsabilités de juge ». Mais ses détracteurs ne sont pas convaincus. À la cour d’appel fédérale de Chicago, elle a notamment défendu le port d’armes à feu et s’est plusieurs fois opposée au droit à l’avortement, à l’accès à la contraception, aux mesures d’aide pour les migrants, ainsi qu’à la loi sur l’assurance santé Obamacare que les Républicains veulent démanteler. Lors d’un discours, prononcé devant des étudiants de Notre Dame en 2006, elle n’a pas non plus caché ses convictions: « Si vous parvenez à garder à l’esprit que votre but fondamental, dans la vie, n’est pas d’être avocat mais de connaître, aimer et servir Dieu, vous deviendrez un avocat d’un type vraiment différent. » Et d’ajouter: « Gardez à l’esprit que votre carrière juridique n’est qu’un moyen pour une fin […] et cette fin est la construction du royaume de Dieu. »

Trump veut assurer ses arrières

Quelques minutes seulement après l’annonce de la nomination d’Amy Coney Barrett, Joe Biden a à nouveau appelé le Sénat à ne pas se prononcer avant l’élection du 3 novembre. Il y a peu de chances que sa demande soit respectée. Le chef de la majorité républicaine au Sénat Mitch McConnell a déjà annoncé qu’un vote se tiendrait « cette année ». Les auditions sont prévues à partir du 12 octobre, pour un vote de confirmation à la fin du même mois, soit seulement quelques jours avant le scrutin. Sauf grande surprise, cette étape ne devrait pas poser problème puisque le Sénat est contrôlé par les républicains.

Ces derniers semblent déterminés à asseoir la domination conservatrice sur la Cour suprême. Et ce, avant l’élection présidentielle et les législatives qui pourraient les faire basculer dans le camp démocrate. « Dans le cas de figure d’une Cour comptant une vraie majorité de six juges conservateurs, on assistera sans doute à la fin des contre-pouvoirs au bénéfice d’une présidence toute-puissante, à la fin de la séparation de l’Église et de l’État et à un recul pour les États-Unis qui basculeront plusieurs décennies en arrière en termes de libertés, de droits civiques et de garanties en matière de procédure pénale », redoute Anne E. Deysine, spécialiste des questions politiques et juridiques aux Etats-Unis. Avec une Cour Suprême conservatrice, Donald Trump assure ainsi ses arrières afin de garder le pouvoir. Le président sortant répète en effet depuis plusieurs mois que, s’il n’est pas élu, c’est parce que les démocrates auront truqué les élections grâce au vote par correspondance. Et menace alors de rejeter le résultat de l’élection.

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