Contre la flambée de l’immobilier, le coliving gagne du terrain

Encore peu connues, les entreprises de coliving séduisent de plus en plus de jeunes citadins en quête d’une forme de cohabitation plus attractive. Une alternative qui plaît dans un contexte économique défavorable.

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C’est la crise mais pour l’instant, le marché immobilier belge ne donne pas de signe de faiblesse. Sur les six premiers mois de 2020, le SPF Finances note que les prix n’ont cessé de grimper dans le secteur, et ce dans toutes les régions du pays et pour tous les biens. La palme revient aux appartements bruxellois, avec une hausse de +9% et un coût moyen de 221.750€. La cerise sur le gâteau, c’est sans surprise Ixelles, où une maison se vend généralement autour des 720.000€, et de façon globale tout le sud-est de la capitale.

Pour les jeunes qui commencent dans la vie active, autant dire qu’acheter dans le quartier universitaire est un doux mirage, sachant que la commune la moins chère du pays est Hastière (72.000€ pour une maison). Dans ce cadre-là, une possibilité attrayante a émergé ces dernières années pour répondre à leurs attentes: le coliving.

Coliving, késako?

Littéralement, coliving veut dire cohabitation, mais en réalité c’est beaucoup plus que cela. Ici, il n’est pas question de particuliers qui proposent des chambres avec de simples pièces communes. Ce sont des entreprises qui rachètent la plupart du temps des maisons de maître ou des hôtels pour les rénover et créer un lieu entièrement adapté à une vie communautaire épanouie. L’ensemble peut contenir un espace de coworking, une bibliothèque, une terrasse voire une salle de sport ou de yoga.

Bref, un cadre tout confort pour plaire aux millenials en quête d’un premier logement en ville, ou plutôt certains millenials… Car il faut quand même souvent débourser à Bruxelles de 500€ à 750€ de loyer mensuel sans charges (qui peuvent être lourdes). Il est d’ailleurs intéressant de remarquer que les expatriés assez aisés sont nombreux dans ce type de logement. Le prix offre néanmoins un cadre de vie stimulant, plus flexible au niveau du contrat, et qui tient la route par rapport aux locations classiques.

Un marché en pleine expansion

En Belgique, le coliving a véritablement émergé avec deux sociétés créées en 2016: Ikoab et Cohabs. Elles se sont d’abord implantées dans les quartiers jeunes de la capitale (Ixelles, Saint-Gilles, Etterbeek, Bruxelles-centre). Aujourd’hui, chacune s’épanouit à sa façon. Du côté d’Ikoab, on mise sur la Wallonie avec des propriétés à Charleroi et Liège (bientôt Mons et Arlon). Chez Cohabs, on préfère viser l’international, par exemple avec des implantations à New York, même si elle n’oublie pas Bruxelles. La société vient d’ailleurs de frapper un grand coup en annonçant la transformation des étages du Passage du Nord en espace de coliving avec 65 chambres d’ici 2022.

Si on ajoute à ces deux leaders d’autres nouveaux venus -Colive, Morton Place, CoLiving ou plus récemment Xior- le marché commence à bien s’étoffer. Le reflet d’un nouveau phénomène de société qui est appelé à croître, surtout si les prix de l’immobilier continuent de grimper…

Un sujet de société

Mais l’enjeu de ce nouveau modèle de logement va encore plus loin selon ses acteurs. Le but, c’est aussi de rendre aux jeunes la possibilité de s’établir dans des quartiers qui ne leur seraient pas accessibles autrement et donc d’amener un nouveau souffle en ville. C’est un argument que ne manque d’ailleurs pas de rappeler Youri Dauber, co-fondateur de Cohabs, dans le cadre de son projet au Passage du Nord. «C’est un projet qui va redynamiser le quartier, surtout acquis aux bureaux et aux commerces, qui y ramènera de la vie», dit-il à La Libre. Il précise aussi qu’un effort sera fait pour diversifier cette population au sein même du coliving, histoire de ne pas attirer qu’une majorités d’expatriés. «Des chambres seront réservées à des personnes en transition, des mères célibataires ; d’autres, dont le loyer plafonnera à 450 euros, à des locataires plus fragilisés».

Un obstacle semble pourtant freiner le mouvement: le manque de cadre juridique en la matière. Youri Dauber compte bien sensibiliser la région bruxelloise à son fonds de commerce pour changer les choses. En Wallonie aussi, les autorités doivent encadrer ce phénomène naissant. À Charleroi, l’ex-échevine du Logement, Ornella Cencig, avait évoqué le problème à la DH fin 2018. Selon elle, il faudrait faire évoluer le statut de colocataire pour réguler le marché efficacement. «Le monde change, les pratiques évoluent, nos lois doivent s’y adapter», expliquait-elle alors.

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