L’Afrique, modèle à suivre pour lutter contre le Covid-19 ?

L'OMS cherche à comprendre les raisons de la résistance africaine face à l'épidémie de coronavirus.

Belga

En Occident, on a coutume de s’inquiéter pour l’Afrique. C’était prédit, le SARS-Cov-2, une fois atteint les côtes africaines, allaient faire un ravage sur le continent. Or, dix mois après l’apparition du virus en Chine, force est de constater que l’Afrique s’en sort particulièrement bien. Le ravage du continent n’a pas eu lieu. A ce jour, 1,4 million de cas y ont été recensés et 35.000 personnes sont décédées du Covid-19. C’est, à l’échelle de ce continent immense, à peine 3,5 fois plus que pour notre petite Belgique !

L’Organisation Mondiale de la Santé cherche aujourd’hui à comprendre pourquoi l’Afrique s’en sort à si bon compte comparé à l’Europe, aux Etats-Unis, à l’Amérique latine, et même à l’Asie (les Africains ne sont pas tracés au plus proche de l’intimité et peuvent sortir de chez eux sans se risquer à de sérieuses représailles…). Ce 24 septembre, l’OMS détaillait les premières pistes de recherche pour tenter d’expliquer cette situation. Et faire de l’Afrique un exemple pour les autres continents.

Pour commencer, après étude d’échantillon, le virus qui attaque l’Afrique et l’Europe sont similaires. Il n’est donc pas question de dire qu’il est plus virulent en Europe. Alors, qu’est-ce que l’Afrique a de plus que nous ? Plusieurs pistes ont été lancées.

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Les raisons de la résistance africaine

Tout d’abord, l’Afrique n’en est pas à sa première épidémie de maladie infectieuse. Elle en est au contraire habituée. On a entendu parler d’Ebola, du paludisme, mais il y en a bien plus Ces cinq dernières années, le continent a dû faire face à… 500 épidémies de maladies infectieuses, la plupart n’étant pas du tout médiatisées. Les conséquences de cela sont diverses.

– D’abord, d’un point de vue structurel, si l’Afrique ne dispose pas d’un système hospitalier performant et équipé comme en Europe, l’OMS a mis en place des petites structures de santé locales avec une faculté de surveillance, de suivi des populations locales et de réactivité. Ainsi, des mesures ont été prises très tôt pour faire face à l’épidémie (confinement, dépistage, port du masque… des laboratoires de référence situés à Dakar et en Ethiopie ayant permis l’acheminement rapide de matériel nécessaire).

– Ensuite, d’un point de vue immunitaire, certains chercheurs se demandent si le fait d’avoir été confrontés à diverses maladies infectieuses et notamment d’autres coronavirus n’a pas amené les Africains à développer plus de résistance aux bactéries pathogènes. Selon la professeure Francisca Mutapi, infectiologue à l’université d’Édimbourg : « Nous venons  de commencer une grande étude sur l’immunité croisée au Zimbabwe pour savoir si l’exposition à six autres coronavirus protège la population au SARS-CoV-2 ».

La jeunesse de la population (20 ans d’âge médian sur le continent) joue évidemment sur la résistance au coronavirus et fait que le taux de létalité du virus est bien moindre qu’ailleurs dans le monde. Ainsi, selon le Dr Matshidiso Moeti, directrice de l’OMS en Afrique, « dans la plupart des pays d’Afrique, environ 3% de la population a plus de 65 ans. Il y a des pays qui ont un taux de mortalité plus élevé en Afrique. L’Algérie, par exemple, où l’on voit que près de 10% de la population a plus de 65 ans ». Selon l’OMS, 80% des cas de Covid-19 en Afrique sont asymptomatiques, contre 40% à 50% en Europe.

La manière de vivre en Afrique est également une piste : en extérieur, dans les champs, sans bouger sans cesse d’une ville à l’autre, mais aussi vivre en famille réunie dans une maison familiale (à l’opposé du modèle occidental où les personnes âgées se retrouvent dans des homes).

– Le fait que l’Afrique reste à la périphérie du réseau de la mondialisation, ce qui limite la mobilité internationale, semble aussi jouer un rôle.

Toutes ces pistes seront étudiées de plus près et les résultats devraient nous parvenir d’ici quelques semaines. Une certitude, en tout cas, est que l’Afrique est bien plus résistante que l’Europe et l’Amérique au SARS-Cov-2. Alors qu’on n’arrive pas à se dépêtrer du marasme, le nombre de cas continue de baisser sur le continent noir, sans que le coronavirus l’ait fait trembler.

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