Coalition Vivaldi : cette fois, c’est la bonne ?

Le Roi a nommé mercredi Paul Magnette et Alexander De Croo co-formateurs. Objectif : dégager un accord de gouvernement pour le 1er octobre. Une note de travail est sur la table. Son contenu, vague, doit encore être affiné. Et la question du locataire du 16, rue de la Loi, n’est pas encore réglée.

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486 jours. Il aura donc fallu 1 an, 3 mois et 28 jours après les élections de mai 2019 pour s’approcher de l’étape décisive de la formation d’un gouvernement fédéral. Pas un record, certes (les 541 jours qui ont séparé Leterme II de Di Rupo tiennent toujours), mais rien de bien glorieux tout de même. Mercredi, le Roi a reçu les préformateurs Egbert Lachaert (Open Vld) et Conner Rousseau (SP.A/Vooruit). Qui lui ont indiqué avoir dégagé une entente globale entre les 7 de la future coalition Vivaldi (PS/Vooruit/MR/Open Vld/Ecolo/Groen/ CD&V).

Dans la soirée, le duo a donc cédé la place à deux autres hommes : Paul Magnette (PS) et Alexander De Croo (Open Vld), chargés de négocier un accord de majorité. Ils feront rapport au Roi le 28 septembre. Avec le 1er octobre comme cap, date à laquelle un nouveau gouvernement devra être mis en place.

Du moins, si tout se passe comme prévu. Car, les derniers épisodes du feuilleton Vivaldi l’ont encore montré, ce qui est acquis le mercredi ne le reste pas forcément le jeudi. Ainsi, alors que les négociateurs semblaient enfin sur des rails la semaine passée, l’interview donnée le week-end au magazine flamand « Humo » par Georges-Louis Bouchez a laissé des traces. En se plaignant d’une coalition penchant selon lui trop à gauche, le président du MR a crispé une fois de plus ses partenaires de la Vivaldi.

Le MR finalement de la partie

D’aucuns ont vu dans le chef du libéral la volonté de faire trainer l’avancée des travaux, et de maintenir le plus longtemps possible le gouvernement Wilmès (minoritaire, on le rappelle) aux affaires, un gouvernement qui compte 6 ministres MR, en plus de la Première. Seul contre tous, ou presque, Georges-Louis Bouchez a finalement dû se résoudre à abandonner son jeu de Zwarte Piet (valet puant), pour ne pas endosser la responsabilité de l’échec des négociations. La perspective pour le MR de se voir potentiellement remplacé par le cdH dans la Vivaldi, voire dans les exécutifs régionaux et communautaires, aura peut-être également joué. 

Deux hommes pour une place

Voilà que tout est rentré dans l’ordre, ou presque. Il reste encore, pour les négociateurs, plusieurs écueils à éviter. À commencer par le choix d’un nouveau Premier ministre. Traditionnellement, le formateur nommé par le Palais royal hérite du job dans la foulée. Problème : avec deux co-formateurs, le trône a encore trop de prétendants. Et chacun a des arguments à faire valoir. Paul Magnette est président du parti qui électoralement parlant, pèse le plus lourd du côté francophone.

Mais nommer Alexander De Croo au 16, rue de la Loi garantirait un certain équilibre politique entre francophones et néerlandophones, d’autant que cela fait dix ans que le poste n’a plus été occupé par un Flamand. « Je pense que ce serait utile d’avoir un Premier ministre flamand dès lors qu’il y a une majorité du côté francophone et pas chez nous. Dans un gouvernement, il faut un équilibre », s’est positionné jeudi Maggie De Block (Open Vld) sur l’antenne de La Première.

La compétition entre CD&V et Open Vld d’un côté, et entre PS et MR de l’autre, promet bien des marchandages. « Le CD&V ne veut pas d’un premier ministre Open Vld et vice-versa, explique à la Libre Dave Sinardet, politologue à la VUB. Ils préfèrent un Premier ministre francophone. Le MR ne veut surtout pas d’un Premier ministre PS et vice-versa. Ils préfèrent plutôt un Premier ministre flamand. Les partis flamands se bloquent entre eux, du moins deux d’entre eux. Pareil pour les francophones. Soudainement, Maggie De Block dit qu’il faut un flamand. L’Open Vld, soudainement, redevient un parti-pro flamand. Et de l’autre côté, le CD&V, qui est un parti plus flamand dit “non, non, ce serait bien que ce soit Magnette ».

Fixer un programme commun

Une fois la place de Premier ministre attribuée, il restera un autre caillou dans la chaussure de la Vivaldi. Le seul, au fond, qui intéresse les électeurs : le programme. Pour aboutir, les co-formateurs ont reçu des mains de leurs prédécesseurs Egbert Lachaert et Conner Rousseau une note de pré-accord gouvernemental. Ses grandes lignes ont fuité : la pension à 1.500 euros, la revalorisation des prestations sociales les plus basses, un refinancement des soins de santé « le plus important depuis la création de la sécurité sociale », le respect du calendrier de sortie du nucléaire, etc. Chaque parti a reçu un trophée à arborer devant sa base. Mais bons nombres de détails doivent encore être précisés, budgétés. Arbitrés, même : par exemple, les 1.500 euros de pension promis seront-ils bruts, ou nets ? Pas sûr que socialistes et libéraux, notamment, s’entendent sur la question.

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