CNS: L’événementiel, entre joie et déception

Totalement à l'arrêt depuis plus de six mois, l'événementiel espérait une bouffée d'oxygène avec le Conseil National de Sécurité de ce mercredi. Résultat en deux temps.

À la manifestation pour la culture à Bruxelles, le 6 septembre - BELGA

Commençons par la bonne nouvelle. Ce mercredi, outre le port du masque et la bulle sociale, le Conseil national de sécurité s’est aussi montré plus souple pour certains types d’événements privés. À partir du 1er octobre, les rassemblements pris en charge par des professionnels, comme les mariages, pourront accueillir plus de personnes, en fonction de la capacité des lieux et pour autant que les protocoles sanitaires soient respectés. Comme dans l’horeca, en somme. « Une première bouée de sauvetage », selon l’Alliance des Fédérations belges de l’événementiel. « On remarque que le gouvernement et le Celeval croient en notre professionnalisme », confie le porte-parole du secteur Bruno Schaubroeck, à la fois positif et mitigé.    

Statu quo

Mitigé car pour le reste, rien n’a changé. Les événements publics sont toujours limités à 200 personnes à l’intérieur et à 400 à l’extérieur. Deux semaines après la manifestation #stillalive, ayant rassemblé 1.200 acteurs et défenseurs de la culture, le secteur est toujours à l’agonie. « Notre spectrum événementiel est très grand. Il y a encore des acteurs très importants de notre métier qui n’ont pas de perspective d’avenir », regrette le porte-parole. « On a encore quelques grandes batailles à mener avec le gouvernement. »

La plus urgente: l’aide financière. À la demande de l’organisation Confederation Events, le bureau d’études et de conseil Deloitte a récemment réalisé une étude sur l’impact de la crise sur le vaste secteur de l’événementiel. Triste résultat: quelque 777 millions d’euros sont nécessaires pour sauver ce dernier. Selon Deloitte, les 2.274 entreprises actives dans l’événementiel représentent un chiffre d’affaires estimé à 5,8 milliards d’euros. « Nous apprécions les efforts des différents gouvernements pour soutenir le secteur. Les mesures et politiques ont permis à la plupart des entreprises de survivre, mais dans le contexte actuel, des mesures de soutien supplémentaires sont nécessaires pour aider le secteur à survivre à cette pandémie », réclame Emile de Cartier, président de l’organisation.

Car, dans l’état actuel des choses, les mesures imposant une participation limitée empêchent les entreprises d’être rentables. « Imaginons qu’un boucher peut ouvrir mais peut accueillir seulement cinq clients, ou un boulanger peut vendre seulement dix pains par jour. Ce n’est pas vivable. C’est pourtant la réalité du secteur événementiel. Nous voulons bosser, mais c’est impossible », regrette Bruno Schaubroeck, conscient que « refaire des événements comme en 2019 est impensable ». « Ce n’est pas un problème. Le secteur a l’habitude de se réinventer. Ce sont des créatifs. Seulement, il faut que le gouvernement donne un feu vert pour pouvoir organiser des événements économiquement rentables », poursuit-il, appelant les politiques à regarder aux possibilités plutôt qu’aux obstacles. Certains acteurs proposent ainsi de réfléchir à une limite de participants en fonction de la capacité de chaque salle, dénonçant par la même occasion la nouvelle différence de traitement entre les événements publics et privés, organisés par des professionnels. 

Lueur d’espoir

Jeudi dernier, le gouvernement bruxellois a décidé d’accorder quelque 30 millions d’euros d’aides aux secteurs de l’événementiel, du monde de la nuit, du tourisme et de la culture via la mise en place d’une nouvelle prime. Une mesure bien accueillie mais insuffisante selon les acteurs du secteur. Bruno Schaubroeck applaudit toutefois le changement de discours des politiques lors du dernier CNS. « Ils semblent faire confiance aux citoyens, et ne les traitent plus comme des enfants », se réjouit-il, rappelant que « la grande majorité des citoyens prend ses responsabilités et apprend à vivre dans cette nouvelle réalité Covid ». Ce qui lui donne une lueur d’espoir pour la suite.

La Première ministre a par ailleurs annoncé mercredi que les règles seront bientôt adaptées. « Nous avons demandé au Celeval de se concerter avec les ministres compétents des différents secteurs de manière à revoir les règles. Le but étant d’offrir à tous les secteurs une certaine stabilité et une prévisibilité mais, et c’est important aussi, il faut permettre à ces secteurs de se relever après la période de pandémie tout en protégeant la santé des personnes. »

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