Pourquoi la succession de Ruth Bader Ginsburg fait trembler l’Amérique

Donald Trump a promis de nommer d'ici la fin de la semaine une nouvelle juge à la Cour suprême pour succéder à Ruth Bader Ginsburg. À un mois de l'élection, ce remplacement déchaîne les passions politiques, tant ses enjeux sont majeurs.

- Reuters

Elle refusait de prendre sa retraite. À 87 ans, et malgré un cancer qui l’affaiblissait depuis des années, la doyenne de la Cour Suprême et icône féministe Ruth Bader Ginsburg ne voulait pas lâcher son poste, consciente de l’enjeu capital que représentait sa succession sous Trump. Quelques jours avant sa mort, ce vendredi 18 septembre, celle qui était qualifiée de « machine » avait même dicté ses dernières volontés à sa petite-fille: « ne pas être remplacée tant qu’un nouveau président n’aura pas prêté serment ». Un voeu que Donald Trump risque ne pas respecter. Lundi, le président en pleine campagne a fait savoir qu’il désignerait « probablement » samedi, voire vendredi, un nouveau juge pour succéder à « RBG » à la plus haute instance juridique du pays. Ou plutôt une nouvelle juge puisqu’il a promis de nommer une « femme talentueuse », assez jeune pour occuper le poste pendant des décennies.

Amy Coney Barrett, la favorite

Hasard – déplacé – du calendrier, le milliardaire avait mis à jour le 9 septembre dernier sa liste de potentiels candidats à la Cour suprême. Un geste de campagne destiné à mobiliser ses électeurs, notamment ceux opposés au droit à l’avortement et fervents défenseurs du port d’armes. Cette liste a récemment été réduite à cinq finalistes, a-t-il déclaré sur Fox News.

Parmi ceux-ci se trouve la juge Amy Coney Barrett. À 48 ans, cette catholique anti-choix et anti-Obamacare fait figure de favorite. « Je la garde en réserve pour [remplacer] Ginsburg », avait déjà déclaré Trump en mai 2019 à son propos. Moins controversée, Barbara Lagoa, 52 ans, est également pressentie pour ce poste. Première juge hispanique de la Cour suprême de Floride, l’un des États-clés pour le 3 novembre prochain, cette Américano-Cubaine a été nommée il y a un an par Donald Trump à la cour d’appel fédérale d’Atlanta en Géorgie. On parle également d’Allison Jones Rushing, propulsée à l’âge de 35 ans à la quatrième cour d’appel de Richmond, en Virginie, en 2018, ou encore Joan Larsen, magistrate de 51 ans siégeant à la cour d’appel de Cincinnati, opposée à l’extension des droits des homosexuels.

Pourquoi Trump est-il si pressé?

Si cette nomination devait aboutir, ce serait la première fois dans l’histoire américaine qu’un ou une juge prenne ses fonctions si près d’une élection présidentielle. En février 2016, après la mort du conservateur Antonin Scalia, le chef républicain du Sénat Mitch McConnell avait refusé d’organiser l’audition du candidat proposé par le président de l’époque, Barack Obama, sous prétexte qu’il fallait attendre l’élection présidentielle neuf mois plus tard « car le peuple américain devait avoir son mot à dire dans le choix du prochain juge ». Quatre ans plus tard, celui que ses ennemis surnomment « Dark Vador » retourne sa veste et autorise Trump à nommer la remplaçante de Ruth Bader Ginsburg, cette fois six semaines avant l’élection présidentielle et les législatives.

Mitch McConnell et Donald Trump

Mitch McConnell écoutant le président Donald Trump, en mai dernier – Brendan Smialowski / AFP

Les deux Républicains sont prêts à tout pour nommer « sans délai » un nouveau juge et s’assurer une Cour conservatrice, au cas où les Américains venaient à élire un président et un Sénat démocrates. Après Neil Gorsuch et Brett Kavanaugh, le milliardaire pourrait ainsi désigner son troisième juge en un seul mandat, faisant pencher la balance de la Cour suprême davantage en faveur des républicains, avec six juges conservateurs contre trois progressistes. Ce déséquilibre fait craindre le pire aux démocrates, tant la plus haute juridiction des États-Unis tranche des questions décisives sur l’avortement, l’assurance maladie, les droits des personnes LGBT+, le climat ou encore l’immigration.

L’arbitre de la prochaine élection?

Ce n’est pas tout. Outre l’enjeu majeur de la Cour suprême pour des questions de société, le choix du successeur de RBG pourrait également jouer un rôle crucial dans le résultat des élections, si celui-ci venait à être contesté. Ce à quoi nous prépare depuis plusieurs mois le président sortant en cas de défaite, à force de répéter que le vote par correspondance va « truquer » le scrutin. Ces contestations pourraient finalement aboutir… à la Cour suprême. Si Donald Trump parvient à nommer son troisième juge avant l’élection ou l’investiture, celle-ci, à majorité conservatrice, pourrait pencher en sa faveur. Le scénario catastrophique de 2000 pourrait ainsi se produire, lorsque la Cour suprême de l’époque (dont sept juges sur neuf avaient été nommés par des présidents républicains) avait donné la victoire à George W. Bush contre Al Gore, au terme d’un processus interminable de recomptages.

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