Décès de Ruth Bader Ginsburg, l’icône féministe de la Cour suprême américaine

La championne de la cause des femmes et des minorités est morte ce vendredi à l’âge de 87 ans. Deux films récents ont raconté son destin exceptionnel. Ruth Bader Ginsburg était la doyenne de de la Cour suprême américaine. Elle siégeait depuis 1993 dans la plus haute juridiction du pays. La mort de cette farouche opposante à Trump ouvre une intense bataille politique à six semaines de la présidentielle.

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« I dissent » (je ne suis pas d’accord). À contre-courant de la majorité de ses pairs de la Cour suprême, Ruth Bader Ginsburg n’avait pas hésité à marquer son opposition à l’élection de George Bush. La phrase, un classique du jargon juridique américain, était depuis restée accolée à la juge, comme un symbole de son esprit d’indépendance. Cette « révolutionnaire en habits de cour », doyenne de la plus haute juridiction du pays, est morte vendredi à 87 ans, des suites d’un cancer du pancréas. D’abord championne de la cause des femmes, cette brillante juriste a par la suite mené d’autres combats, comme la défense des homosexuels ou des migrants. En 2018, le biopic Une femme d’exception (avec Felicity Jones) et le long-métrage documentaire RBG ont raconté son parcours exceptionnel de pionnière.

Les hommages se sont multipliés à l’annonce du décès de celle qui était devenue une véritable icône pour la gauche- elle avait gagné le surnom de « notorious RBG », en référence au rappeur Notorious BIG, assassiné en 1997. « Ruth Bader Ginsburg s’est battue pour nous tous, et elle était très aimée », a souligné le candidat démocrate, Joe Biden. « Chaque femme, chaque fille, chaque famille en Amérique a bénéficié de son intelligence éclatante », a déclaré la chef des démocrates au Congrès, Nancy Pelosi. « On a perdu une géante de l’histoire du pays », a renchéri la star montante du parti, Alexandria Ocasio-Cortez.

Combattante, jusqu’au bout

Née dans une famille juive de Brooklyn, le 15 mars 1933, elle est encouragée à poursuivre des études par sa mère. « Elle m’a dit de devenir une lady, et pour elle, ça voulait dire être soi-même et indépendante », avait l’habitude de raconter la magistrate. En 1956, elle entre à la prestigieuse université de Harvard, où elle n’est que l’une des neuf femmes sur près de 500 étudiants en droit. Elle termine ensuite son cursus à Columbia, major ex-aequo de sa promotion. Pourtant, à sa sortie, les plus grands cabinets d’avocats de New York refusent de l’embaucher. « J’avais trois choses contre moi. Un, j’étais juive. Deux, j’étais une femme. Mais, le plus grave, c’était que j’étais la mère d’un enfant de quatre ans ».

Ruth Bader Ginsburg se lance alors dans la lutte pour les droits des femmes. Elle lance le premier journal américain dédié à la cause, fonde une association. Dans les années 1970, elle plaide devant la Cour suprême, dans six affaires de discrimination basée sur le sexe. Elle en remporte cinq. Quinze ans plus tard, elle retrouve la Cour, cette fois en tant que juge. Nommée en 1993 par Bill Clinton, elle devient la deuxième femme à siéger à la Cour suprême.

De santé fragile depuis plusieurs années, elle a tenu, jusqu’au bout, à siéger, et n’a jamais manqué une occasion de faire entendre sa voix dans les débats de l’époque. Interrogée en 2018 sur le mouvement#MeToo, elle commentait : « Il était temps. Les femmes sont restées silencieuses trop longtemps, parce qu’elles pensaient qu’elles ne pouvaient rien faire ».

Un tournant dans la campagne ?

Réagissant à la mort de Ruth Bader Ginsburg, Donald Trump a salué dans un communiqué un « esprit brillant », un « colosse du droit » qui « a prouvé qu’on peut être en désaccord sans être désagréable ». Le président américain a eu beau jeu de rendre hommage à la juge progressiste. En nommant un successeur avant l’élection du 3 novembre, Donald Trump a une occasion en or de faire pencher la Cour suprême un peu plus vers la droite. Droit des minorités, port d’armes, peine de mort, avortement… la Cour est l’arbitre ultime des grands sujets de sociétés aux États-Unis. La nomination (à vie) des juges qui y siègent est donc un enjeu politique important. Cinq des neuf juges actuels ont été nommés par un président républicain, quatre (en comptant Ruth Bader Ginsburg) par un démocrate.

Avant même le décès de la doyenne des « sages », Donald Trump avait déjà publié une liste de juges conservateurs, dans laquelle il devrait piocher pour la remplacer. Jamais dans l’histoire américaine, un juge n’a été nommé à la Cour suprême aussi près d’une élection présidentielle. Quelques jours avant sa mort, Ruth Bader Ginsburg aurait confié à sa petite fille : « Mon vœu le plus cher est de ne pas être remplacée tant qu’un nouveau président n’aura pas prêté serment ». Des dernières volontés que l’actuel locataire de la Maison Blanche sera sans doute peu tenté de respecter. Pour Donald Trump, se lancer dans une bataille d’une nomination à la Cour pourrait en effet être le parfait moyen pour jouer sur la fibre conservatrice de son électorat et occulter les aspects peu reluisants de son bilan, comme sa gestion de la crise sanitaire.

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