Asile : l’Europe vers un modèle plus solidaire?

L’incendie du camp de Moria a illustré une fois de plus l’échec de la politique d’asile européenne. Sous la pression, la Commission dit vouloir mettre en place « un mécanisme fort de solidarité » entre les 27, et a appelé à agir dans « l’unité ». Le doute est permis.

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12. C’est le nombre de mineurs étrangers non accompagnés (Mena) que la Belgique accueillera après l’incendie du camp de Moria, sur l’île de Lesbos. Un chiffre pour le moins dérisoire face aux 13.000 demandeurs d’asile (dont 4.000 enfants) qu’abritait le camp ravagé par les flammes. Un « effort » pourtant conforme à la clé de répartition établie entre dix États de l’UE pour accueillir 400 Mena issus de Moria, s’est défendue Maggie De Block (Open-VLD). Et la ministre, en charge de l’asile et de la migration, d’annoncer dans un communiqué que la Belgique, après concertation avec la Grèce, prendrait en charge 100 à 150 migrants supplémentaires, des « personnes vulnérables », soit des femmes isolées, des mères ou des familles avec enfants.

Mais au-delà du cas belge, ce sont les manques de l’Europe toute entière qui se voient révélés par l’incendie de Moria. « Les images du camp de Moria nous rappellent douloureusement que l’Europe doit agir dans l’unité. Nous devons intensifier nos efforts en la matière et prendre nos responsabilités », a jugé Ursula von der Leyen lors de son discours sur l’état de l’Union, ce mercredi. « Je peux annoncer que nous allons abolir le règlement de Dublin et le remplacer par un nouveau système européen de gouvernance de la migration », a déclaré la présidente de la Commission européenne.

Une annonce qui risque de susciter attentes et circonspection un peu partout dans l’UE, tant « Dublin » cristallise depuis des années les tensions et les divergences entre les 27. Pour rappel, Dublin III est le règlement qui confie le traitement de la demande d’asile au premier pays de l’UE par lequel le demandeur est arrivé. Initialement, l’objectif du règlement était de permettre un accès rapide à la procédure d’asile, et déterminait un seul État en charge de l’examen, afin d’éviter les demandes d’asile multiples.

Pas de quotas

Dans les faits, le règlement est perçu comme inégalitaire par les pays du sud comme Malte, l’Italie, la Grèce, et dans une moindre mesure l’Espagne. Vu leur situation géographique, ces pays sont des points d’entrée en Europe pour les migrants et sont surchargés par le traitement des demandes. D’autant que Dublin III prévoie la possibilité de renvoyer un demandeur dans le premier pays européen où ses empreintes ont été enregistrées.

Par le passé, l’idée de quotas obligatoires de répartition  a été évoqué, afin d’alléger la charge pesant sur les pays du sud. Le groupe de Visegrad (Pologne, Hongrie, République tchèque, Slovaquie), peu porté sur l’accueil d’étrangers, avait tout fait pour couler la proposition. Les mêmes auront probablement peu goûté les propos d’Ursula von der Leyen. « Il y aura des structures communes pour l’asile et le retour. Et il y aura un nouveau mécanisme fort de solidarité » a-t-elle annoncé, sans donner plus de détails.

Plus de précisions sont attendues lors de la présentation du Pacte européen sur la migration et l’asile, qui doit être dévoilé mercredi prochain. Mais quoi qu’elle puisse être, la réforme de la procédure d’asile européenne sera in fine conditionnée à l’accord des 27. « L’unité » chère à la Commission pourrait ne pas être de mise.

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