Microplastiques: Comment le monde du football perturbe le débat

Alors que l'Europe tente d'interdire certains microplastiques, les fédérations de football interviennent en force pour faire valoir leurs intérêts. Au cœur de la discorde: les terrains synthétiques.

La fin des pelouses synthétiques? Pas si sûr. - BELGA

Nous sommes en janvier 2019. L’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) vient de proposer la restriction la plus importante depuis sa création en 2007: interdire un certain type de microplastiques. Chaque année, ce sont plus de 176.000 tonnes de ces particules de plastique de petite taille qui se dispersent dans la nature européenne, a calculé l’agence basée à Helsinki. Leur course se termine dans les fonds marins, contaminant les poissons et fruits de mer qui se retrouveront ensuite dans nos assiettes… et nos organismes.

Des petites billes toxiques

Parmi les microplastiques visés par cette proposition se trouvent les granulés de caoutchouc issus de pneus usés, composants essentiels des terrains synthétiques. Utilisées dans le football, le rugby ou encore l’athlétisme, ces petites billes noires de 2 mm d’épaisseur amortissent les chocs des sportifs, mais elles contiendraient aussi de nombreuses substances toxiques potentiellement cancérigènes, notamment des métaux lourds et des hydrocarbures aromatiques, susceptibles d’être inhalées ou ingérées. Sur un seul terrain, on peut en déverser 120 tonnes, soit l’équivalent de 20.000 pneus broyés, révélait une enquête de la RTBF en 2018. Chaque terrain étant drainé, l’eau emporte ensuite une partie de ces microplastiques, les répandant finalement dans l’environnement. Faute d’étude menée sur le long terme, de nombreuses inconnues planent toutefois quant à leur impact sur la santé et l’environnement. Quoiqu’il en soit, les doutes et les inquiétudes devraient suffire à faire valoir le principe de précaution. Ce n’est pas le cas. Selon l’ECHA, l’Europe compterait environ 32.000 pelouses artificielles, dont plusieurs centaines en Belgique.  

Des granulés de caoutchouc sur une pelouse artificielle

© Belga/NATALIA KOLESNIKOVA

Certaines villes, conscientes de la dangerosité potentielle de ces granulés de caoutchouc, ont toutefois décidé de s’en débarrasser, optant pour des alternatives sous la forme de liège, de fibres de coco ou encore de noyaux d’olives broyés.

Les fédérations de football font bloc

Plus généralement encore, ce sont « les microplastiques ajoutés intentionnellement » dans les produits auxquels s’attaque la proposition de l’ECHA. Applaudie par les associations écologiques, cette dernière s’est pourtant heurtée à l’intense lobbying des industriels: « des fabricants et du lobby du pneu, mais surtout, et c’est plus inhabituel dans la gestion des risques liés aux produits chimiques, de clubs et fédérations de football, comme LaLiga espagnole ou la fédération anglaise de football, et surtout l’Union européenne des associations de football », explique Le Monde. Dans un courrier adressé au quotidien français, l’UEFA a prédit « des effets négatifs importants sur le football et la société dans son ensemble » et un coût de 96 milliards d’euros. Un montant qualifié de « surestimé » par l’ECHA.

Sur les quatre options envisagées, le choix de l’agence s’est porté sur « la mise en place de mesures techniques pour prévenir la migration des miettes de pneus à l’aide de filtres dans les évacuations d’eau, de stations de nettoyage des chaussures, de paillassons-grilles et autres pièges à granulés », rapporte Le Monde. La facture s’élèverait à 1,28 milliard d’euros, selon l’ECHA… contre 960 millions pour l’interdiction totale des microplastiques. Sachant toutefois que cette option nécessiterait d’inventer chaque année un nouveau destin à plus d’un million de tonnes de pneus usagés.

Sous la pression des industriels, l’ECHA est également accusée d’avoir modifié la taille minimale des particules de plastique autorisée et d’avoir rallongé les délais de certaines mesures. La transparence n’est également pas requise. Les industriels auraient désormais 36 mois – au lieu de 12 – après l’entrée en vigueur de la restriction pour envoyer leurs données, mais ils ne seraient plus tenus de déclarer l’identité des polymères ni les quantités précises, rapporte Le Monde. La version finale de la proposition de l’agence sera publiée à la fin de l’année.

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