Les troubles alimentaires, effet pervers du confinement

Le confinement a aggravé les troubles alimentaires de nombreuses personnes, mais aussi réveillé ceux d'anciens malades.

Le stress lié au confinement peut affecter nos émotions, et modifier notre rapport à l’alimentation. © Helena Lopes/Unsplash

Sept mois après le début de la pandémie, l’impact du confinement sur notre santé se révèle progressivement. Pour les personnes souffrant de troubles alimentaires, le stress et l’isolement engendrés par cette période si particulière ont fait des dégâts non-négligeables. Pour évaluer ces derniers, des scientifiques britanniques ont interrogé 129 personnes souffrant d’anorexie, de boulimie ou d’hyperphagie. Résultat: près de 87% d’entre eux rapportent une aggravation de leurs symptômes. Même constat en Australie, où une étude portant cette fois sur 5.469 personnes a révélé que 64,5% des sondés ayant des antécédents de troubles alimentaires ont déclaré limiter davantage leur consommation de nourriture depuis la pandémie, tandis que 35,5% ont fait état d’une augmentation de leur frénésie alimentaire.

Le confinement, ce perturbateur

Pour la majorité des citoyens, la pandémie a considérablement changé la vie quotidienne, et perturbé leurs émotions. Ce qui est assez problématique pour les personnes souffrant de troubles de l’alimentation, l’imposition d’une routine étant souvent vitale pour la guérison et la prévention des rechutes. Il faut y ajouter que le confinement induit une réduction du champ des autres stratégies habituellement utilisées pour faire face au stress: moins de diversité des activités, restriction de la liberté de déplacement… Les suivis médicaux ont également été soit compliqués, soit annulés. « Les changements imposés aux personnes qui souffrent de TCA ont également conduit de nombreuses personnes à déclarer un manque de contrôle – un facteur connu pour être lié aux symptômes des troubles de l’alimentation. Pour certains, s’engager dans un trouble alimentaire leur a permis de retrouver un certain sentiment de contrôle », expliquent deux chercheuses en psychologie et autrices de l’étude, Dawn Branley-Bell et Catherine Talbot.

Le poids des réseaux sociaux

Autre problème: les réseaux sociaux, sources de complexes supplémentaires. Durant le confinement, de nombreuses « blagues » ont circulé à propos d’une potentielle prise de poids, tandis qu’une pratique sportive régulière était encouragée comme étant essentielle à notre santé physique et mentale. Un dangereux cocktail pour les personnes vulnérables. La plus grande exposition aux médias induite par cette période de confinement a pu aussi contribuer à renforcer, chez certaines personnes, l’adhésion à un idéal de minceur, et à modifier leur comportement alimentaire.

Et après?

Loin d’être la fin de leurs problèmes, le déconfinement est même une nouvelle épreuve pour les patients. Les repères acquis durant le confinement sont perdus, et l’incertitude est toujours omniprésente. « Notre étude souligne que nous ne devons pas sous-estimer les effets à long terme de la pandémie. Les conséquences pourraient être graves pour les personnes souffrant de troubles de l’alimentation », avertissent les deux autrices. « Il est important que cela soit reconnu par les services de santé, et au-delà, afin d’offrir les ressources nécessaires pour soutenir cette population vulnérable maintenant et de façon continue. »

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