Une Vivaldi pour l’automne ?

La mission du préformateur Egbert Lachaert a été prolongée d'une semaine. La piste avancée est une coalition Vivaldi, soit les quatre couleurs politiques au pouvoir et la N-VA dans l'opposition. Est-ce vraiment une bonne idée ?

Egbert Lachaert à la sortie du Palais royal - Belga

462 jours après les élections, enfin une ouverture. Selon le président du VLD Egbert Lachaert, des progrès ont été accomplis et « une piste » est suivie, à savoir une coalition Vivaldi avec les libéraux, les socialistes, les verts et les chrétiens-démocrates. Ce qui mènerait donc à un gouvernement sans la N-VA, premier parti de Flandre et de Belgique, et par ailleurs minoritaire côté flamand. Prochaine étape, vendredi 4 pour en savoir un peu plus. Et notamment si tous les partis sont d’accord pour se lancer dans la partition, ce qui est loin d’être fait.

« Il y a encore du travail de fond sur le projet, mais nous espérons avoir des nouvelles d’ici une semaine et ensuite vraiment passer à l’étape suivante », a notamment déclaré le président du VLD à la sortie de son entretien avec le Roi, précisant que tous les partis n’avaient pas indiqué qu’ils souhaitaient rejoindre une telle coalition.

Des fausses notes à craindre

De fait, celle-ci pose plusieurs questions. Tout d’abord, elle avait déjà été tentée par l’informateur Paul Magnette au sortir des élections fin 2019. Le CD&V avait alors refusé d’y participer, jugeant qu’un gouvernement sans la N-VA n’aurait aucun sens. Mais neuf mois plus tard, la position du CD&V pourrait changer. Le parti démocrate-chrétien n’a en tout cas dit ni oui ni non à une telle option.

La différence avec novembre dernier ? L’affaire Chovanec est venue empêtrer la N-VA et notamment son numéro 2, Jan Jambon, actuel ministre-président flamand qui était ministre de l’Intérieur à l’époque des faits. C’est d’ailleurs un membre CD&V, Pieter De Crem, qui a mis Jambon face à ses incohérences. Bref, de ce côté, les choses pourraient se décoincer. Mais ce n’est pas le seul souci de la Vivaldi…

Le PS, dont le président Paul Magnette était presque parvenu à un accord avec l’ennemi juré Bart De Wever, ne paraît pas particulièrement enthousiaste à monter dans un gouvernement avec les libéraux. Les socialistes ont déjà fait savoir que la note de l’informateur était trop à droite. Tout comme les Ecolos, soit dit en passant. Pour Egbert Lachaert, « il doit y avoir des accents pour tout le monde de toute façon, mais il faut aussi être capable de faire un budget durable. Il doit y avoir du respect pour les sensibilités des autres ». Certes…

Risquer de faire le lit des extrêmes ?

La grosse question reste la pertinence d’un gouvernement de quasi coalition nationale, à sept ou huit partis (avec ou sans le CDH), qui laisserait dans l’opposition la N-VA et le Vlaams Belang, soit le premier parti de Flandre au sortir des élections et le premier parti de Flandre dans les sondages.  Rappelons que les deux partis nationalistes avaient engrangé à eux deux près de la moitié des voix de l’électorat flamand alors que les partis traditionnels avaient tous perdu des plumes… Vu de Flandre, une majorité Vivaldi n’aurait simplement aucun sens.

De plus, avec la N-VA, le Vlaams Belang, mais aussi le PTB dans l’opposition, cela promet une véritable guerre des tranchées au Parlement (ce qu’a déjà promis la N-VA…). Ce qui risque encore plus de faire le lit des extrêmes. Surtout si on considère qu’un gouvernement Vivaldi, s’il se met en place (et c’est un grand si), serait sans doute un des gouvernements les plus faibles et fragiles de l’histoire de la Belgique. L’Union fait la force, qu’ils disaient…

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