Donald Trump, la stratégie du chaos

Lors de la convention républicaine qui a officialisé la candidature de Donald Trump à sa réélection, le président des Etats-Unis s'est posé en candidat de « la loi et l'ordre ». Une stratégie réfléchie, car le chaos, qu'il l'alimente ou qu'il l'exagère, lui sera bénéfique.

Belga

Donald Trump se lance dans la campagne électorale « comme s’il était en croisade pour la loi et l’ordre », titre le New York Times ce matin. La stratégie de Donald Trump est simple, claire et précise. Alors que le pays est sous tension et plus divisé que jamais, il est le seul à pouvoir y remettre de l’ordre. Joe Biden ? « Le cheval de Troie de l’extrême-gauche » qui « plongera le pays dans le chaos ». Quant à ses responsabilités face à cette situation de gouffre dans lequel les Etats-Unis risquent de tomber ? Pas vu, pas pris.

Le fait est que les tensions et la violence servent la rhétorique de Donald Trump. Selon les analystes, le pays se divise (grossièrement) entre 40% de républicains purs et durs et 40% de démocrates qui ne voteront jamais autre chose. Reste 20%  de « modérés » à convaincre alors que cette division s’exprime désormais dans la rue entre les manifestations Black Lives Matter qui tournent en émeutes, violences policières à répétition envers les Noirs et, venant s’ajouter dans le chaudron, l’extrême droite qui sort de l’ombre – comme il y a deux jours quand un jeune militant de 17 ans a tué deux manifestants noirs dans le Wisconsin. Un cocktail explosif sur lequel surfe Donald Trump.

« American Way of Life »

De son côté, Donald Trump a expliqué lors de son discours que « votre vote décidera : soit nous protégeons les Américains respectueux de la loi, soit nous donnons toute liberté aux anarchistes violents, agitateurs et criminels qui menacent nos citoyens. Et cette élection décidera si nous défendons l’American way of life ou si nous permettons à un mouvement radical de le démanteler complètement et de le détruire. Cela n’arrivera pas ».

Bien sûr, Donald Trump joue sur la division entre l’Amérique noire et l’Amérique blanche et la peur séculaire des Noirs dans la société conservatrice américaine – la figure de l’Afro-Américain étant toujours synonyme de danger, de violence, une image d’Epinal qui traîne depuis l’esclavage et a été savamment entretenue par la droite depuis la fin de l’esclavage (par les mots et les lois). Mais il ne visera jamais directement les Afro-Américains. D’ailleurs, il est soutenu par Ben Carson, le seul Noir qui fait partie de son cabinet, qui a rapidement expliqué que ceux qui pensent que Donald Trump est raciste « ne peuvent pas avoir plus tort ».

Mais le président fait des allusions bien comprises de son électorat. Comme jeudi lors de son speech devant la Maison Blanche… « Quel est le nom de ce bâtiment ? Attendez, je vais vous le dire autrement : c’est nous qui y sommes, pas eux. C’est un endroit merveilleux, et nous nous y sentons comme chez nous. Comme à la maison ». Autrement dit, les Afro-Américains ne font pas partie du peuple américain. Comme c’était le cas lors de la Déclaration d’Indépendance en 1776…

Rien n’est joué

De son côté, Joe Biden se pose en candidat rassembleur qui va ramener le calme. Mais pour les conservateurs, le parti démocrate a la main trop douce. Il suffit de lire la presse conservatrice pour s’en rendre compte, c’est un tout autre son de cloche que dans le New York Times… Pour la première fois de la campagne, Joe Biden a utilisé le mot « violence » pour parler des émeutes qui ont lieu un peu partout dans le pays à la suite du mouvement Black Lives Matter. « La violence qui n’est pas nécessaire ne va pas nous guérir » a dit le Démocrate. « Trop peu, trop tard », pour le New York Post.

Dans les sondages, Donald Trump est toujours en retard de six à sept points par rapport à Joe Biden. Mais les élections de 2016 ont prouvé que cela ne signifie pas grand-chose et qu’il faudra attendre  le jour des élections pour savoir. Il reste un peu plus de deux mois et les candidats entrent réellement en campagne aujourd’hui. Rien n’est encore joué. Pendant ce temps, le pays continue de brûler.

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