Jacob Blake: Le monde sportif se lève contre les violences policières

Le mouvement de contestation contre l'injustice raciale aux Etats-Unis a franchi un nouveau palier, alors que le monde du sport se met à l'arrêt et que deux manifestants ont été tués par un jeune militant d’extrême droite. 

Le parquet d'Orlando vide, après le boycott des Bucks. - Belga/Ashley Landis

C’est un mouvement de grève inédit. Mercredi, les joueurs des Bucks de Milwaukee ont refusé de jouer leur match de playoffs pour protester contre l’interpellation violente de Jacob Blake, cet Afro-Américain grièvement blessé par la police. « Au cours des derniers jours dans notre Etat, le Wisconsin, nous avons vu la terrible vidéo de Jacob Blake et les tirs supplémentaires sur les manifestants. Malgré le plaidoyer écrasant pour le changement, il n’y a pas d’action, donc nous ne pouvons pas nous concentrer aujourd’hui sur le basket », ont justifié les joueurs des Bucks. En quelques heures, le boycott lancé par les basketteurs s’est propagé à travers le monde sportif américain, remuant la NBA, le baseball, le football et même le tennis, sport individuel habituellement plus « détaché ».

« En tant que femme noire, j’ai l’impression qu’il y a des questions beaucoup plus importantes qui nécessitent une attention immédiate, plutôt que de me regarder jouer au tennis », a déclaré la Japonaise Naomi Osaka, après avoir refusé de disputer sa demi-finale du tournoi de Cincinnati, incitant les organisateurs à reporter tous les matchs d’une journée. « Tout cela dépasse le basket. Tous ceux qui ne comprennent pas ça font partie du problème », a lancé Demar Derozan, joueur des Spurs. Les joueuses des Washington Mystics ont, elles aussi, refusé de jouer ce mercredi soir, vêtues d’un t-shirt avec chacune une lettre du nom de Jakob Blake sur le devant. Au dos, sept impacts de balles ensanglantés.  

Après la pose du genou à terre pendant l’hymne national, les slogans politiques sur leurs maillots et les nombreuses prises de parole en soutien au mouvement Black Lives Matter, les basketteurs ont décidé d’agir encore plus fort, jusqu’à menacer la fin de saison NBA. Les Lakers et Los Angeles Clippers ont déjà voté pour l’arrêt pur et simple de celle-ci, avec en premier rang Lebron James. « Nous demandons le changement, on en a marre », a tweeté la superstar, elle aussi, traumatisée par le sort de Jacob Blake. Ce père de famille de 29 ans est probablement paralysé à vie, après avoir été la cible de sept tirs policiers dans le dos, alors qu’il essayait, après avoir résisté à son interpellation, d’entrer dans sa voiture où se trouvaient trois de ses fils âgés de 3, 5 et 8 ans.

Double meurtre

Trois mois après la mort de George Floyd, cette nouvelle bavure policière a relancé une vague d’émotion et de rage aux Etats-Unis, et plus précisément à Kenosha, où les faits se sont déroulés dimanche 23 août. Depuis, la ville du Wisconsin est devenue le théâtre de manifestations et de heurts entre les forces de l’ordre et celles et ceux qui réclament justice pour Jacob Blake. Dans la nuit de mardi à mercredi, la violence a franchi un cran, avec le meurtre de deux manifestants par un jeune militant d’extrême droite, Kyle Rittenhouse. Des vidéos publiées sur les réseaux sociaux montre cet Américain de 17 ans, fusil d’assaut à la main, tirant sur ses opposants avant de quitter les lieux du drame, levant les mains en l’air devant des véhicules de police et disparaissant sans être inquiété. La fusillade est survenue lors d’affrontements entre les manifestants antiracistes et leurs opposants, armés et organisés en quasi-milice, désireux de « protéger » la ville. Le jeune homme, pro-Trump et défenseur du mouvement « Blue Lives Matter » pour la vie des policiers, a finalement été arrêté par la police à son domicile et poursuivi pour meurtres.

En pleine convention républicaine, Donald Trump ne risque pas d’apaiser ce climat de tension extrême, préférant mettre l’accent sur les débordements commis par les manifestants que dénoncer la violence de l’extrême droite. « Nous ne tolérerons pas les pillages, les incendies criminels, la violence et l’anarchie dans les rues américaines. J’enverrai des policiers fédéraux et la garde nationale à Kenosha pour rétablir la LOI et l’ORDRE ! », a prévenu le président américain, qui en a fait l’un des thèmes de sa campagne de réélection pour la présidentielle du 3 novembre.

Plus d'actualité