Ces entreprises belges qui se sont lancées dans la production de masques

Face à l’absence de fabricants belges de masques chirurgicaux, plusieurs entreprises de secteurs très variés se sont lancées dans cette aventure. Parfois très loin de leurs domaines de prédilection.

AV Inbev a fabriqué des masques pour ses employés et les cafés.

C’est loin d’être un secret. Lors que la crise sanitaire a frappé la Belgique, nous n’étions pas prêts. Surtout, nous étions peu équipés. Les masques, notamment, ont manqué partout. Aucune société belge n’en produisait. Face à ce constat, plusieurs entreprises du pays se sont intéressées à leur fabrication.

Curieusement, aucune d’entre-elle ne travaille dans le secteur pharmaceutique. Ce lundi, Le Soir en recensait une dizaine, parlant même d’une nouvelle « filière belge du masque » avec une capacité de plusieurs centaines de millions de ces protections buccales par an.

Nous avons voulu savoir ce qui avait poussé certaines de ces entreprises de secteurs variés et de tailles très différentes à se lancer dans ce nouveau domaine qu’est le masque chirurgical.

La plus surprenante de la liste est probablement Cartamundi, fabricant majeur dans le secteur des cartes à jouer et jeux de société au niveau mondial. Si elle est présente dans de nombreux pays, elle reste avant tout belge avec un siège social situé à Turnhout. Et si la société s’est lancée dans la fabrication de masques, c’est parce que, selon elle, ça correspond à ses valeurs.

« Nous croyons que pour avoir du succès, il faut amener quelque chose à la société, rester pertinent. C’est vrai avec nos jeux, qui prônent le partage, qui rassemblent les gens, qui rendent le monde plus joyeux, mais aussi dans la vie », explique Marco Van Haaften, marketing director. « Confrontés à la crise sanitaire, nos actionnaires, des familles belges notamment, nous ont demandé de trouver des opportunités d’aider. Nous avons commencé aux USA, en fabriquant des visières pour les hôpitaux au Texas dans une de nos usines. Nous avons ensuite fait un brainstorming pour voir comment être utile ailleurs. »

Voyant le manque de masque FFP2 et 3 dans les hôpitaux, l’entreprise flamande a lancé une nouvelle société Medimundi, en partenariat avec l’Université d’Anvers, qui a désigné un modèle de masque unique, mais avec toutes les certifications requises.

Le masque Medimundi.

« Nous avons de l’expérience dans la transformation de matières premières, mais nous n’avons pas les machines nécessaires pour la confection de masques. La société Cloostermans, de Hamme, est de train de finaliser un prototype, que nous pourrons bientôt faire fonctionner. Pour les emballages, par contre, c’est la même machine que pour les cartes Pokémon !»

La société préfère ne pas divulguer sa capacité de production, mais annonce « que ces masques sont à destination des travailleurs de première ligne, dans les soins de santé, dans la police et autres secteurs qui en ont vraiment besoin. Medimundi compte répondre à une partie significative de ce besoin. On parle donc de millions de masques. »

8 emplois ont déjà été créés par cette société, « et ce n’est qu’un début ». Si Cartamundi s’était déjà diversifiée dans la fabrication de jeux de sociétés ou de pâte à modeler, c’est la première fois qu’elle s’éloigne du secteur des jeux et jouets.

Confiance envers les partenaires

La société Ducaju, d’Erpe-Mere, se spécialise, elle, dans les emballages en carton recyclables, pour la nourriture et la pharmacie essentiellement. L’idée de se diversifier avec les masques lui est venue d’un de ses fournisseurs.

« Notre partenaire principal pour nos machines est chinois et propose dans sa gamme une machine de production de masques. Comme il s’agit d’un partenaire de confiance, nous avons saisi l’opportunité », explique Jens Van Loo, directeur commercial. « Ensuite, nous sommes habitués à respecter de nombreuses normes et réglementations. Nous avons donc pris la décision mi-mars et vers mai, les premiers masques étaient produits. »

La société produisait jusqu’à maintenant des masques dits de confort, qui protègent à 90% des bactéries, mais vient d’obtenir les certifications permettant de produire des masques chirurgicaux de type 2, avec une protection à 98%.

Ducaju vend ses masques aux particuliers et professionnels, notamment à la police fédérale. Du coup, la société regrette que le Fédéral préfère passer commande à l’étranger plutôt que soutenir « les entreprises belges qui prennent ce risque ».

« On a été étonné de pouvoir proposer des prix similaires aux chinois avec un haut niveau de qualité. C’est donc dommage que notre gouvernement ne nous ait pas consultés avant de commander des millions de masques en Chine ».

Miser sur le made in Belgium

Chez Altifort-Boart, à Nivelles, fabricant de meules et autres outils abrasifs, comme beaucoup d’entreprises, on a d’abord voulu aider la population, notamment en fabricant des visières.

« On a commencé par là parce qu’on avait les équipements pour. On en a distribué à un niveau local. Mais on s’est rendu compte qu’aucune société belge n’était présente dans ce secteur et qu’il y avait quelque chose à exploiter à ce niveau-là », affirme Manon Ducarme, responsable Ventes et Relations Client pour Belgium Mask, la nouvelle société créée par Altifort-Boart.

Le but : proposer des masques made in Belgium, à base de matériaux européens. « Le savoir-faire belge n’est pas assez mis en avant. On peut s’affranchir des productions étrangères et fonctionner uniquement avec le local et faire vivre les travailleurs belges, surtout en cette époque où on prône le circuit court. »

Belgian Mask a déjà engagé 15 personnes à temps plein, pour la fabrication comme pour le côté administratif. « On voit loin avec ce projet, il n’est pas éphémère pour la durée de la crise. Ce besoin de masques sera toujours là en Belgique, surtout dans les hôpitaux, pour respecter les normes d’hygiènes. »

Si la société travaille surtout en b2b, plusieurs pharmacies du pays proposent leurs masques et l’étiquette made in Belgium séduit. « Les gens sont réceptifs. Lorsqu’ils ont le choix, ils préfèrent se tourner vers les productions belges. Il y a une certaine solidarité. »

La jeune société vise une fabrication de 2,5 millions de masques par mois.

Pour les cafés

Enfin parmi les acteurs surprenants dans le nouveau secteur du masque belge, on retrouve le géant AB Inbev. Si on se doute que l’entreprise ne manque pas de fonds pour se permettre de se diversifier, la démarche reste étonnante.

« La sécurité de nos employés et collaborateurs est notre priorité numéro 1 », explique Pascaline Van de Perre, en charge de la responsabilité sociétale de l’entreprise. « Nous avons donc investi dans une machine de fabrication de masques buccaux au sein d’une PME de Lokeren afin de garantir à tout moment la qualité et la disponibilité de masques buccaux pour nos employés et nos collaborateurs en Europe. »

C’est la société de literie Somnis Bedding qui fabrique donc les masques d’AB Inbev, avec une capacité d’au moins 300.000 masques par mois. La moitié est à destination des employés du groupe, l’autre pourra être commercialisée par la société de Lokeren.

Mais les premiers 300.000 masques ont été offerts par la multinationale à ses partenaires les plus essentiels : les bars ! « Si, par la suite, des exploitants de cafés sont intéressés par l’achat de masques, nous les vendrons au prix que nous payons pour la production et distribution. »

 

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