Non, la chloroquine ne protège pas des accidents de trottinettes

Des chercheurs français ont publié un article loufoque sur les supposés bienfaits de l’hydroxychloroquine, dans « Asian Journal of Medicine and Health ». Le canular visait à dénoncer le manque de sérieux de certaines revues scientifiques.

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« La combinaison HCQ [hydroxychloroquine, NDLR] et azithromycine devrait être utilisée pour prévenir les accidents de trottinettes dans le monde », voire « tous les problèmes du monde ». Voilà les conclusions, catégoriques, d’un article paru dans Asian Journal of Medicine and Health (AJMH), samedi 15 août. Un canular, évidemment, que les responsables de cette revue médicale de second rang n’ont pourtant pas perçu comme tel. Du moins pendant une trentaine d’heures, le temps que la Toile s’esclaffe un bon coup. En raison « de signalements [relatifs à une] fraude scientifique », l’article a finalement été dépublié. La version originale, tout comme sa traduction restent toutefois consultables ici et ici

Dès la présentation des prétendus auteurs, un lecteur un tant soi peu attentif aurait dû sentir que quelque chose clochait. Sylvano Trottinetta portait vraiment trop bien son nom, Nemo Macron (du nom du chien du président français), Didier Lembrouille ou Willard Oodendijk et son Belgian Institute of Technology and Education (BITE), situé à Couillet ( !), en Belgique, ça ne faisait décidemment pas très sérieux.

Un protocole des plus particuliers

Pareil pour la suite : nos quatre spécialistes annonçait la couleur, avec le titre de leur pseudo-étude : « Contrairement aux attentes, le SARS-CoV-2 plus létal que les trottinettes: est-ce-que l’hydroxychloroquine pourrait être la seule solution ? » Un clin d’œil au controversé professeur Didier Raoult, qui avait intitulé l’une de ses chronique médicales « Coronavirus: moins de morts que par accident de trottinette ».

Pour répondre à leur question, les auteurs assurent avoir mis au point un protocole des plus particuliers. Alors qu’ils assurent que leur article se base sur trois études, ils indiquent avoir conduit les deux premières depuis « leurs chaises de bureau (IKEA) ». La troisième aurait, elle, été menée sur le « parking d’une usine abandonnée de Montcuq », une commune française qui, par ailleurs, existe bel et bel.

Pour appuyer leurs « résultats », les auteurs expliquent avoir administré l’hydroxychloroquine aux participants de « l’étude », avant de leur demander de dévaler une pente en ligne droite de 500 mètres sur une trottinette, en direction d’un mur de briques, et de freiner au dernier moment.

Payer pour publier

Les auteurs de cette farce sont quatre chercheurs et médecins français. Leur objectif était de mettre en lumière le fonctionnement de certaines revues scientifiques, dites « prédatrices ». Celles-ci fonctionnement sur le modèle économique du chercheur-payeur, puisque ce sont les auteurs qui doivent apporter une contribution financière- ici 85 dollars- pour être publiés.

De jeunes chercheurs, pousser à publier à tout prix pour se faire un nom, se laissent parfois attrapés par de telles revues. Ce qui au final appauvri le corpus scientifique, parasité par des milliers d’articles trop vite écrits et aux assises méthodologiques trop faibles.

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